Brésil : la justice allège la peine de l'ex-président Lula

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L'ex-président Lula (c) escorté par des policiers à son arrivée au siège de la Police fédérale à Curitiba (sud du Brésil) après avoir assisté aux funérailles de son petit-fils à Sao Paulo, le 2 mars 2019
L'ex-président Lula (c) escorté par des policiers à son arrivée au siège de la Police fédérale à Curitiba (sud du Brésil) après avoir assisté aux funérailles de son petit-fils à Sao Paulo, le 2 mars 2019
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© AFP, Franklin De FREITAS

AFP, publié le mardi 23 avril 2019 à 23h38

Les juges du Tribunal supérieur de justice du Brésil (STJ) ont accordé mardi à l'ex-président Lula un allègement significatif de sa peine de prison pour corruption, qui laisse entrevoir un aménagement de sa peine.

Après le rejet de moult recours déposés par sa défense, le chef historique de la gauche brésilienne de 73 ans, emprisonné depuis plus d'un an, voit enfin une éclaircie, même si ses démêlés avec la justice sont très loin d'être terminés.

Les quatre magistrats du STJ siégeant à Brasilia ont décidé à l'unanimité de réduire la peine du prisonnier le plus célèbre du Brésil -- de 12 ans et un mois de prison à huit ans et 10 mois.

Cette décision ouvre la voie à un aménagement de peine de Lula, deux fois président (2003-2010), tombé dans les filets de l'enquête "Lava Jato" (Lavage express) autour du gigantesque scandale de corruption lié à l'entreprise pétrolière étatique Petrobras.

"Maintenant Lula va avoir le droit de passer au régime semi-ouvert en octobre, parce qu'il aura effectué un sixième de sa peine", a expliqué à l'AFP Lenio Streck, professeur de droit constitutionnel. "Cela va totalement changer ses perspectives".

Ce régime autorise un condamné à avoir un emploi ou à suivre une formation à l'extérieur de la prison mais l'oblige à rentrer le soir dans sa cellule pour y dormir.

"Le plus probable serait que ce soit à Sao Paulo (sud-est), parce qu'il a un institut (là-bas), et parce qu'un ancien chef d'Etat a quelques prérogatives", a ajouté le juriste.

Incarcéré depuis avril 2018 à Curitiba (sud), l'ex-chef d'Etat avait été condamné en deuxième instance pour avoir bénéficié d'un triplex à Guaruja (littoral de l'Etat de Sao Paulo, sud-est) de la part d'un groupe du BTP en échange de contrats avec Petrobras.

- "Prisonnier politique" -

Les nombreux recours déposés par ses avocats ont tous été rejetés, mais mardi le STJ, une cour connue généralement pour son conservatisme, a totalement changé la donne pour Lula en se prononçant sur un recours en annulation deposé par les mêmes avocats.

Des scénarii très divergents avaient été envisagés par les juristes. Le STJ pouvait aussi confirmer la condamnation à 12 ans et un mois de prison de Lula, la réduire avec une possibilité de résidence surveillée, ou libérer le prisonnier.

En novembre, le juge Felix Fischer, du STJ, avait rejeté un "recours spécial" de Lula, mais sa défense a demandé qu'un collège de magistrats examine ce pourvoi.

Lula estime qu'il a été condamné sans preuve et n'a cessé de dénoncer une persécution politique pour empêcher son Parti des Travailleurs (PT) de revenir au pouvoir. 

"On n'a jamais présenté de preuve contre moi. Je suis un prisonnier politique, exilé dans mon propre pays", a récemment écrit l'ex-président qui avait été empêché de se présenter à un troisième mandat fin 2018 alors qu'il était le grand favori des enquêtes d'opinion.

Ses avocats demandent son acquittement. Dernièrement, ils ont proposé que les accusations de blanchiment d'argent soient requalifiés en crime électoral, ce qui pourrait réduire la peine afférente.

La situation de Lula dans les prochains mois et années semble promise à de nombreux rebondissements.

L'ex-président a en effet été condamné en février à une autre lourde peine de prison, de 12 ans et 11 mois, par un tribunal de première instance pour avoir fait financer des travaux dans une autre propriété, également en échange de son intercession dans des contrats. 

Et il est au total mis en cause dans une demi-douzaine d'affaires.

Le président d'extrême droite Jair Bolsonaro, farouche ennemi de la gauche, a promis une lutte sans merci contre la corruption en arrivant au pouvoir en janvier. Il a souhaité à Lula de "pourrir en prison".

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