Brésil : dernières heures de liberté pour l'ex-président Lula

Brésil : dernières heures de liberté pour l'ex-président Lula

Luiz Inácio Lula da Silva à bord d'une voiture, à Sao Paulo (Brésil) jeudi.

leparisien.fr, publié le vendredi 06 avril 2018 à 07h47

Lula da Silva, condamné pour corruption, a jusqu'à 22 heures pour se rendre de lui-même en prison.

Les portes du pénitencier bientôt vont se fermer... L'ex-président brésilien Lula n'est plus, ce vendredi, qu'à quelques heures de la prison. Le juge anticorruption Sergio Moro, son grand ennemi, a émis jeudi un mandat de dépôt contre Luiz Inácio Lula da Silva. L'ancien président a jusqu'à 17 heures (heure locale, 22 heures, heure française) pour « se présenter volontairement à la police fédérale de Curitiba (Sud) ».

Le juge Moro a toutefois interdit « l'utilisation de menottes dans tous les cas de figure » et a précisé qu'une « salle réservée » a été prévue dans les locaux de la police pour l'ancien métallo devenu président, « à l'écart des autres prisonniers sans aucun risque pour son intégrité morale ou physique ».

Jeudi, Lula se trouvait jeudi à Sao Paulo, à environ 400 km de Curitiba. Pourquoi cette ville ? C'est là qu'exerce le juge Moro, qui a condamné l'icône de la gauche latino-américaine en première instance en juillet, un jugement confirmé en appel à la mi-janvier. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la Cour suprême brésilienne a rejeté la demande d'habeas corpus de Lula, qui lui aurait permis de rester en liberté jusqu'à l'épuisement de tous les recours. Les débats ont duré onze heures.

Lula, 72 ans, qui a présidé le Brésil de 2003 à 2010, a été condamné pour avoir reçu un luxueux appartement en bord de mer de la part d'une entreprise de bâtiment en échange de faveurs dans l'obtention de marchés publics surfacturés (lire ci-dessous). Six autres procédures judiciaires à son encontre sont en cours. L'intéressé nie, invoquant l'absence de preuves, il dénonce un complot visant à l'empêcher de se présenter à la présidentielle d'octobre.

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Peu après l'annonce de l'émission du mandat de dépôt, le Parti des Travailleurs (PT), fondé par Lula dans les années 1980, a annoncé une « mobilisation générale » contre son incarcération. Plusieurs milliers de sympathisants se sont rassemblés jeudi soir au siège du syndicat des métallurgistes, à l'extérieur de Sao Paulo. L'ancienne présidente Dilma Rousseff a pris la parole tard dans la nuit. « Lula est innocent et il n'y a pas de crime plus grave que de condamner un innocent », a-t-elle lancé depuis la plate-forme d'un camion.

Lava Jato, ou la chute de deux présidents Sous l'égide du juge Sergio Moro, l'opération « Lava Jato » a commencé en mars 2014. Cette enquête de la police fédérale vise le groupe pétrolier Petrobras, accusé d'avoir corrompu de nombreuses personnalités politiques brésiliennes et certaines vénézuéliennes en leur donnant commissions ou avantages en nature, ou en finançant les partis, en échange de leur aide à obtenir des contrats publics surfacturés. Les fraudes porteraient sur 3,5 Mds$ (2,86 Mds€).

De nombreuses personnalités brésiliennes ont été condamnées et/ou incarcérées dans cette affaire : des dirigeants d'entreprises, des policiers, des politiques. Les partis les plus concernés sont le Parti progressiste (droite), le Parti du mouvement démocratique brésilien (centre) et le Parti des travailleurs (gauche), celui de Lula et de Dilma Rousseff, qui avait été destituée par le Parlement. L'actuel président, Michel Temer, est lui aussi sous le coup du soupçon.

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