Boris Johnson, le champion du Brexit mis à terre par le coronavirus

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Photo fournie par les services du Premier ministre de Boris Johnson, le 2 avril 2020 quand il applaudit le personnel soignant depuis sa résidence au 10 Downing Street
Photo fournie par les services du Premier ministre de Boris Johnson, le 2 avril 2020 quand il applaudit le personnel soignant depuis sa résidence au 10 Downing Street
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© AFP, Pippa FOWLES, 10 Downing Street

, publié le lundi 06 avril 2020 à 22h59

Après être celui qui a réussi à sortir le Royaume-Uni de l'impasse du Brexit, Boris Johnson est confronté au défi historique du nouveau coronavirus. Et doit pour commencer vaincre personnellement la maladie avant de pouvoir mener son pays hors de la crise.

Fidèle à son personnage d'excentrique, le Premier ministre britannique de 55 ans n'hésitait pas, alors que la pandémie était déjà bien installée début mars, à narguer le virus en prétendant continuer à "serrer la main à tout le monde". Lundi soir, il a été placé en soins intensifs après avoir été hospitalisé la veille.

Sa gestion de la crise a été fortement critiquée pour le retard pris à décider le confinement de ses concitoyens et il ne sera pas parvenu à acquérir la stature de son modèle Winston Churchill, Premier ministre combatif du Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale.

Le charismatique mais clivant chef de gouvernement conservateur a cependant à son actif d'avoir atteint son but de mettre en oeuvre la sortie de son pays de l'Union européenne (UE), décidée par 52% des Britanniques en juin 2016 à l'issue d'un référendum dans lequel il aura joué un rôle moteur.

C'est sur cet engagement à honorer à tout prix le résultat du référendum que le bouillonnant "Bojo" s'est hissé au pouvoir en juillet dernier, mettant fin aux atermoiements du précédent gouvernement de Theresa May et réalisant l'ambition d'une vie.

Quelques mois plus tard, c'est la consécration aux législatives de décembre, où il décroche une majorité d'ampleur inédite depuis la Dame de fer, Margaret Thatcher, dans les années 1980. 

- "Roi du monde" -

Apprécié pour son non-conformisme ou fustigé pour ses mensonges, l'ancien maire de Londres, reconnaissable à sa tignasse blonde savamment ébouriffée, joue à coup de blagues la proximité avec le peuple, même s'il a étudié dans les écoles les plus prestigieuses.

Alexander Boris de Pfeffel Johnson est né à New York dans une famille cosmopolite et férue de politique: son père Stanley fut député, son frère Jo, député et ministre et sa soeur Rachel, militante... anti-Brexit.

Depuis tout petit, il veut être le "roi du monde", a confié Rachel à son biographe, Andrew Gimson. Aîné d'une fratrie de quatre, il suit le parcours classique de l'élite britannique: Eton College puis l'université d'Oxford, après un passage par Bruxelles, enfant, où son père était fonctionnaire européen.

Il entame ensuite une carrière journalistique au Times, qui le licencie à peine un an plus tard pour une citation inventée. Le Daily Telegraph le repêche et l'envoie à Bruxelles, de 1989 à 1994. A coup d'outrances et d'approximations, il tourne en dérision les institutions européennes.

- "Romantisme" du Brexit -

Elu député en 2001, Boris Johnson ravit la mairie de Londres aux travaillistes en 2008 et en fait une plate-forme pour se tailler une stature internationale. 

En 2016, il choisit le camp du Brexit au dernier moment. "La seule chose à laquelle croit Boris Johnson, c'est Boris Johnson", confie Pascal Lamy, l'ancien patron de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui connaît la famille Johnson.

"Il pensait qu'il allait perdre et c'est pour cela qu'il a fait ce choix", a affirmé l'ex-Premier ministre conservateur David Cameron. "Il ne voulait pas renoncer à l'occasion d'être du côté romantique, patriotique et nationaliste du Brexit". 

Pendant la campagne du référendum, il promet au Royaume-Uni, débarrassé des "entraves" de l'Union, un avenir radieux, où il contrôlera son immigration et récupèrera les millions versés à l'UE pour les consacrer à son système de santé --un engagement basé sur un chiffre faux. 

Le Brexit voté, Downing Street semble lui tendre les bras, mais Boris Johnson, trahi par son meilleur allié Michael Gove qui se met sur les rangs avant lui, renonce. Il récolte les Affaires étrangères. 

Pourtant, le costume de diplomate semble bien mal taillé pour le tempérament imprévisible de ce coutumier des gaffes et des provocations. Il y reste deux ans, sans se priver de savonner la planche à Theresa May avant de finalement prendre sa place.

Sa vie privée est aussi colorée que le personnage: après deux mariages et autant de divorces, Boris Johnson prend pour compagne Carrie Symonds. Cette  spécialiste en communication de 24 ans sa benjamine, qui attend un enfant de lui pour l'été, a elle aussi subi les symptômes du Covid-19.

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