Boris Johnson, du clown inconstant à la légitimité

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Le Premier ministre britannique Boris Johnson devant sa résidence du 10 Downing Street, le 24 janvier 2020 à Londres
Le Premier ministre britannique Boris Johnson devant sa résidence du 10 Downing Street, le 24 janvier 2020 à Londres
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© AFP, Ben STANSALL

, publié le dimanche 26 janvier 2020 à 10h44

Boris Johnson a rempli sa promesse. En réalisant le Brexit après trois mois de psychodrame, le Premier ministre britannique s'affranchit de son image de clown inconstant pour se parer de légitimité.

Le charismatique mais clivant chef de gouvernement conservateur de 55 ans a misé tout son avenir politique sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Et a réussi là où sa prédécesseure Theresa May s'est cassé les dents.

C'est sur cet engagement à honorer à tout prix le résultat du référendum de juin 2016 sur le Brexit, voté par 52% des Britanniques, que le bouillonnant "Bojo" s'est hissé au pouvoir en juillet dernier, réalisant l'ambition d'une vie.

Quelques mois plus tard, c'est la consécration aux législatives de décembre. Les tories décrochent une majorité d'ampleur inédite depuis le Dame de fer, Margaret Thatcher, dans les années 1980. 

- "Roi du monde" -

Loué pour son non-conformisme ou fustigé pour ses mensonges, l'ancien maire de Londres, reconnaissable à sa tignasse ébouriffée, n'hésite pas à se présenter en homme de terrain proche du peuple, même s'il a étudié dans les écoles les plus prestigieuses. 

Alexander Boris de Pfeffel Johnson est né à New York dans une famille cosmopolite et compte un arrière-grand-père qui fut ministre de l'Empire ottoman, une origine qu'il ne manque pas d'évoquer lorsqu'on accuse son parti d'islamophobie.

Depuis tout petit, il veut être le "roi du monde", a confié sa sœur Rachel à son biographe, Andrew Gimson. Aîné d'une fratrie de quatre, il suit le parcours classique de l'élite britannique: Eton College puis l'université d'Oxford, après un passage par Bruxelles, enfant, où son père était fonctionnaire européen.

Il entame ensuite une carrière journalistique au Times, qui le licencie à peine un an plus tard pour une citation inventée. Le Daily Telegraph le repêche et l'envoie à Bruxelles, de 1989 à 1994. A coup d'outrances et d'approximations, il s'échine à tourner les institutions européennes en ridicule.

"Il ne faut jamais laisser les faits arrêter une bonne histoire", confie-t-il alors au correspondant bruxellois du quotidien français Libération, Jean Quatremer, selon ce dernier.

Ses apparitions dans des émissions télévisées britanniques, snob empoté parfois irrévérencieux, en font une figure populaire.

- "Romantisme" du Brexit -

Elu député en 2001, Boris Johnson ravit la mairie de Londres aux travaillistes en 2008, une performance lui valant une stature internationale. 

Avec quelques réussites emblématiques, comme l'organisation des Jeux olympiques. Et des échecs, comme son projet de pont-jardin sur la Tamise, qui aura coûté des dizaines de millions de livres sans aboutir.

En 2016, il choisit le camp du Brexit au dernier moment. "La seule chose à laquelle croit Boris Johnson, c'est Boris Johnson", confie Pascal Lamy, l'ancien patron de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), qui connaît la famille Johnson.

"Il pensait qu'il allait perdre et c'est pour cela qu'il a fait le choix" de le soutenir, a affirmé l'ex-Premier ministre conservateur David Cameron. "Il ne voulait pas renoncer à la chance d'être du côté romantique, patriotique et nationaliste du Brexit". 

Dans la campagne de 2016, il promet au Royaume-Uni, débarrassé des "entraves" de l'UE, un avenir radieux, où il contrôlera son immigration et récupèrera les millions versés à l'UE pour les consacrer à son système de santé --un engagement basé sur un chiffre faux. 

Le Brexit voté, Downing Street semble lui tendre les bras, mais Boris Johnson, trahi par son meilleur allié Michael Gove qui se met sur les rangs avant lui, renonce. Il récolte les Affaires étrangères. 

Pourtant, le costume de diplomate semble bien mal taillé pour le tempérament imprévisible de ce coutumier des gaffes et des provocations, qui n'hésite pas à se donner en spectacle. Il y reste deux ans, sans se priver de savonner la planche à Theresa May avant de finalement prendre sa place.

Même s'il refuse systématiquement d'en parler, Boris Johnson fait aussi parler de lui pour sa vie privée et ses amours tumultueuses. Après l'échec de son premier mariage, il renoue avec une amie d'enfance, Marina Wheeler, avec qui il aura quatre enfants - la presse lui prête aussi un cinquième enfant illégitime. Depuis leur séparation en 2018, Boris Johnson fréquente Carrie Symonds, une spécialiste en communication de 24 ans sa benjamine.

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