Bolivie: les pro-Morales dans la rue, l'Eglise catholique appelle au "dialogue"

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Des supporters de l'ancien président Evo Morales manifestent le 18 novembre 2019 à Cochabamba
Des supporters de l'ancien président Evo Morales manifestent le 18 novembre 2019 à Cochabamba
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© AFP, RONALDO SCHEMIDT

, publié le mardi 19 novembre 2019 à 04h55

Les partisans de l'ex-président de gauche bolivien Evo Morales ont manifesté et bloqué des routes lundi pour exiger le départ de la présidente par intérim de droite, alors que l'influente Eglise catholique appelait au "dialogue" pour pacifier le pays sud-américain.

Dans la soirée, la police a annoncé la mort après plusieurs jours d'agonie d'un de ses agents, lynché par une foule hostile lors de l'invasion d'un commissariat, ce qui porte à 24 le nombre de morts en presque un mois de confrontations.

Aux cris de "Jeanine Añez démission!", ils étaient plusieurs milliers à défiler dans le calme à La Paz pour exiger le départ de celle qui a pris les rênes du pays andin la semaine dernière, 48 heures après la démission d'Evo Morales.

Amérindiens, comme Evo Morales, dans leur immense majorité, certains brandissaient la "Wiphala", la bannière multicolore des indigènes andins. Selon eux, la démission de leur champion a été un "coup d'Etat".

"Respectez la vie! Non aux balles", pouvait-on lire sur une pancarte, en référence à la mort vendredi de neuf cultivateurs de coca à Sacaba, près de Cochabamba (centre), le fief d'Evo Morales, lors de heurts avec la police et l'armée.

"Il n'y a plus de démocratie", s'indignait Carmen qui manifestait à Sacaba aux côtés de "cocaleros", que les forces de l'ordre empêchaient d'entrer dans Cochabamba, à 18 km de là. "Nous avons bien vu que cette présidente (Jeanine Añez, ndlr) a fait tirer sur le peuple de Bolivie pour le faire taire".

- "Permis de tuer" -

La colère des manifestants est alimentée par un décret pris par Mme Añez qui exempte de poursuites pénales les forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions. Pour certains Boliviens, ce texte s'apparente à un "permis de tuer". Amnesty international a exigé lundi qu'il soit abrogé.

Les premières manifestations à secouer la Bolivie ont eu lieu fin octobre à l'initiative de l'opposition. Elle accusait alors Evo Morales de "fraude" lors de la présidentielle du 20 octobre qu'il assurait, lui, avoir remportée dès le premier tour.

Acculé, lâché par l'armée, il a jeté l'éponge il y a huit jours et est parti en exil au Mexique. Ses partisans ont alors organisé des manifestations qui ont parfois donné lieu à des heurts avec les forces de l'ordre.

Pour tenter de calmer le jeu, Jeanine Añez a promis dimanche soir qu'elle convoquerait "très vite" des élections présidentielle et législatives "transparentes".

- "Dialoguer" pour "pacifier" -

De son côté, l'influente Eglise catholique de Bolivie avait convié le gouvernement intérimaire, tous les partis et la société civile à un "dialogue" à 14H30 (18H30 GMT). "Le dialogue est le chemin le plus approprié pour surmonter les différences entre Boliviens", a déclaré le secrétaire général de la Conférence épiscopale de Bolivie, Mgr Aurelio Pesoa. Dans la soirée rien n'avait filtré de ce dialogue.

En Bolivie, 75% des habitants se disent catholiques, selon un sondage du quotidien Pagina Siete paru en septembre.

Le nouveau ministre de l'Intérieur Arturo Murillo a tendu un peu plus le jeu politique en affirmant, sans apporter de preuves, qu'"un groupe criminel veut s'en prendre à la présidente".

"Au lieu de pacifier", s'est indigné sur Twitter Evo Morales depuis son exil mexicain, les nouvelles autorités "ordonnent de diffamer et de réprimer nos frères qui dénoncent le coup d'Etat".

Le parti du premier président indigène de Bolivie, le MAS (Mouvement vers le socialisme), qui a la majorité dans les deux chambres du Parlement, a proposé à des groupes parlementaires minoritaires une réunion lundi pour "travailler, dialoguer, débattre au sujet de la situation politique" et ainsi "pacifier" le pays, a expliqué la députée Betty Yañiquez.

Le gouvernement de Mme Añez doit négocier avec le MAS pour organiser les scrutins présidentiel et législatif. Car, selon la Constitution, le Congrès doit désigner six des sept membres du Tribunal suprême électoral. Et les précédents magistrats de l'organe électoral ont été arrêtés pour "irrégularités" lors de la présidentielle.

Les invitations au dialogue et la perspective d'élections prochaines n'ont en rien éteint la fronde des partisans d'Evo Morales.

Six syndicats de "cocaleros" (cultivateurs et récoltants de coca) de Chapare, près du fief d'Evo Morales, ont donné 48 heures samedi soir à Mme Añez pour démissionner. Ils ont aussi exigé du pouvoir législatif qu'il approuve une loi "qui garantisse la tenue d'élections nationales d'ici à 90 jours".

Pour se faire entendre, certains manifestants bloquent les routes qui mènent de La Paz (800.000 habitants) aux régions agricoles qui nourrissent la capitale administrative. A El Alto, ville-jumelle de La Paz, ils bloquent la raffinerie de Senkata, provoquant des pénuries dans les stations-service.

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