Bolivie: arrestation de l'ex-présidente Añez, accusée d'avoir renversé Morales

Chargement en cours
L'ex-présidente bolivienne par intérim Jeanine Anez le 24 novembre 2019 à La Paz
L'ex-présidente bolivienne par intérim Jeanine Anez le 24 novembre 2019 à La Paz
1/3
© AFP, AIZAR RALDES

, publié le dimanche 14 mars 2021 à 06h59

L'ex-présidente par intérim de Bolivie, Jeanine Añez, visée par un mandat d'arrêt pour "sédition" et "terrorisme", a été arrêtée samedi dans le cadre de l'enquête sur un présumé coup d'Etat contre l'ancien chef de l'Etat socialiste Evo Morales.

"J'informe le peuple de Bolivie que Mme Jeanine Añez a déjà été interpellée et se trouve actuellement dans les mains de la police", a annoncé le ministre bolivien de l'Intérieur Carlos Eduardo del Castillo sur Twitter et Facebook.

La télévision bolivienne a montré des images de l'ancienne dirigeante à son arrivée à l'aéroport de El Alto à La Paz, en présence du ministre de l'Intérieur et de plusieurs policiers. Elle a aussitôt qualifiée sa détention d'"illégale" devant la presse.

Sur les réseaux sociaux, l'ancienne présidente par intérim conservatrice, à la tête de la Bolivie de novembre 2019 à novembre 2020, a dénoncé un "acte abusif et de persécution politique". 

Le gouvernement "m'accuse d'avoir participé à un coup d'Etat qui n'a jamais eu lieu", a écrit Mme Añez, arrêtée dans la localité amazonienne de Trinidad, à 600 kilomètres de la capitale. Une fois à La Paz, elle a été emmenée dans les bureaux du ministère public pour y être interrogée. 

"Le MAS (le parti d'Evo Morales) a décidé de revenir aux habitudes de la dictature", avait affirmé l'ancienne dirigeante peu avant son arrestation. 

Evo Morales (2006-2019) a dénoncé à son tour la "dictature" du gouvernement de Mme Añez, pendant lequel il avait lui-même été visé par une enquête pour sédition et terrorisme. Il a réclamé que soient "sanctionnés" les responsables du "coup d'Etat" de novembre 2019. 

A l'issue de l'élection présidentielle d'octobre 2019, au cours de laquelle Evo Morales briguait un quatrième mandat, et de la confusion qui avait entouré les résultats le donnant vainqueur, l'opposition avait crié à la fraude. Des troubles et des violences avaient suivi le scrutin, finalement annulé.

Sur fond de manifestations au cours desquelles au moins 35 personnes avaient été tuées, la police et l'armée avaient retiré leur soutien à M. Morales. Ce dernier avait finalement démissionné avant de s'exiler au Mexique puis en Argentine.

Jeanine Añez, deuxième vice-présidente du Sénat, avait prêté serment le 12 novembre 2019. Le parti d'Evo Morales avait alors dénoncé un "coup d'Etat".

M. Morales est revenu en Bolivie après la victoire de son dauphin Luis Arce à l'élection présidentielle d'octobre 2020.

- Deux ex-ministres arrêtés -

Avant Mme Añez, deux anciens membres de son gouvernement ont été arrêtés à Trinidad, les ex-ministres de l'Energie et de la Justice, Rodrigo Guzman et Alvaro Coimbra.

L'enquête du parquet fait suite à une plainte déposée en décembre par Lidia Patty, une ancienne députée du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d'Evo Morales et de Luis Arce.

Elle accuse Mme Añez et d'anciens ministres, responsables militaires et policiers d'avoir renversé M. Morales en novembre 2019 et a déposé plainte pour "sédition", "terrorisme" et "conspiration". 

Le mandat d'arrêt concerne trois autres anciens ministres du gouvernement intérimaire: Yerko Nuñez (Présidence), Arturo Murillo (Intérieur) et Luis Fernando López (Défense). Ces deux derniers ont quitté la Bolivie en novembre. Il cible également aussi les anciens commandants militaires William Kaliman et Sergio Orellana, ainsi que l'ex-chef de la police Yuri Calderon. 

La plainte vise également le dirigeant régionaliste de Santa Cruz (est), Luis Fernando Camacho, qui a joué un rôle clé dans les manifestations ayant conduit au départ d'Evo Morales. Elu gouverneur le 7 mars, il ne fait toutefois pas l'objet d'un mandat d'arrêt.

L'influente conférence épiscopale de Bolivie a réclamé dans un communiqué "la mise en liberté immédiate des personnes arrêtées". Les évêques "ne peuvent rester passifs alors que l'on poursuit des citoyens qui ont servi la Bolivie" dans "des moments difficiles de son histoire", a-t-elle écrit.

Deux ex-présidents boliviens, Carlos Mesa (2003-2005) et Jorge Quiroga (2001-2002), ont séparément dénoncé les arrestations et les mandats d'arrêt. "Nous sommes dans un processus de persécution politique pire que dans les dictatures", a déclaré le centriste Carlos Mesa sur Twitter.

- "Transparence" -

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé au respect "de procédures équitables et d'une transparence totale", dans un communiqué de son porte-parole.

L'Union européenne a elle aussi réagi par la voix de son chef de la diplomatie, Josep Borrell, qui a tweeté: "Les accusations pour les événements de 2019 doivent être résolues dans le cadre d'une justice transparente et sans pression politique, dans le respect de l'indépendance des pouvoirs. Le dialogue et la réconciliation sont essentiels. L'UE continuera à soutenir la Bolivie".

Depuis une caserne de la police de La Paz où elle est détenue, Mme Añez a adressé une lettre à l'UE et à l'Organisation des Etats américains (OEA). Dans cette missive dont l'AFP a obtenue une copie, elle demande aux deux organisations d'envoyer des observateurs en Bolivie.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.