Birmanie : une faction rebelle s'empare d'une base militaire, raids aériens de l'armée

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Photo fournie par le média Karen Kawthoolei Today, prise et diffusée le 27 avril 2021, montrant un incendie dans une base militaire birmane prise par la rébellion Karen, le long du fleuve Salouen marquant la frontière avec la Thaïlande (vue depuis la ville thaïlandaise de Mae Sam Laep)
Photo fournie par le média Karen Kawthoolei Today, prise et diffusée le 27 avril 2021, montrant un incendie dans une base militaire birmane prise par la rébellion Karen, le long du fleuve Salouen marquant la frontière avec la ...
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© AFP, Handout, KAWTHOOLEI TODAY

publié le mardi 27 avril 2021 à 21h40

Une des principales factions rebelles de Birmanie, très virulente contre la junte depuis le coup d'Etat, s'est emparée mardi d'une base de l'armée qui a riposté par des frappes aériennes.

Les tensions entre les militaires et certains des nombreux groupes ethniques présents sur le territoire birman se sont intensifiées depuis le putsch du 1er février qui a renversé Aung San Suu Kyi.

Mardi à l'aube, "nos troupes ont pris une base militaire" dans l'Etat Karen (sud-est) près de la frontière thaïlandaise, a dit à l'AFP Padoh Saw Taw Nee, l'un des responsables de l'Union nationale Karen (KNU). Il n'a pas précisé s'il y avait eu des victimes.

Le porte-parole de la junte, Zaw Min Tun, a confirmé à l'AFP l'attaque, avertissant que "des actions allaient être entreprises".

Peu après, l'armée a procédé à des frappes aériennes, d'après le gouverneur de la province thaïlandaise frontalière de Mae Hong Son, Sithichai Jindaluang.

Une femme apatride qui vit non loin de là a été touchée à la jambe dans les affrontements, a-t-il ajouté, précisant que la Thaïlande ne prenait pas part au conflit mais était prête à fournir une aide humanitaire.

"Beaucoup de personnes ont fui", a déclaré Hkara, une habitante du village thaïlandais de Mae Sam Laep. 

La KNU, forte de plusieurs milliers d'hommes, se montre particulièrement remontée contre la junte depuis le putsch.

Elle assure abriter sur le territoire qu'elle contrôle au moins 2.000 opposants au coup d'Etat qui ont fui la répression.

- Milliers de déplacés -

Fin mars, cette faction s'était déjà emparée d'une base militaire, tuant dix soldats.

L'armée avait répliqué par des raids aériens contre des places-fortes de ce groupe, une première en une vingtaine d'années dans cette région. Quelque 24.000 civils ont été déplacés à la suite de ces combats, d'après des ONG locales.

Depuis l'indépendance de la Birmanie en 1948, de nombreuses factions ethniques sont en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d'autonomie, l'accès aux nombreuses richesses naturelles ou une part du lucratif trafic de drogue.

Les militaires avaient conclu ces dernières années un accord national de cessez-le-feu (ANC) avec dix d'entre elles, dont la KNU.

Mais, depuis le coup d'Etat, plusieurs ont menacé de reprendre les armes face à la répression sanglante orchestrée par la junte.

Plus de 750 civils sont tombés sous les balles de la police et de l'armée ces trois derniers mois, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Mardi, le bilan s'est encore alourdi : une personne a été tuée par un tir mortel à l'estomac des forces de sécurité qui tentaient de démanteler des barricades installées par des manifestants à Loikaw (est), selon un témoin. Plusieurs autres ont été blessées ou interpellées.

Et à Mandalay (centre), la deuxième plus grande ville du pays, Nay Myo Linn, le rédacteur en chef du média indépendant Voice of Myanmar, a été arrêté, selon son épouse et un de ses collègues.

- Craintes pour les LGBTQI -

L'AAPP, que la junte considère désormais comme une organisation illégale, craint de plus en plus d'exactions envers la communauté LGBTQI, signalant le cas d'une femme transgenre humiliée et battue au moment de son arrestation.

Manifestations, grèves, veillées aux bougies : la mobilisation et la campagne de désobéissance civile se poursuivent malgré les représailles.

Mardi, des centaines de personnes ont défilé à Rangoun, l'un des plus importants rassemblements depuis des semaines dans la capitale économique. Les manifestants ont scandé : "La démocratie est notre cause !", marchant rapidement dans le centre-ville pour éviter une éventuelle confrontation avec les forces de sécurité déployées en nombre.

Des militants ont en outre diffusé des photos sur les réseaux sociaux de leur visage peint de slogans : "Libérez les détenus !", "Respectez nos votes !".

Pour tenter de justifier son coup d'Etat, le chef de l'armée, le général Min Aung Hlaing, a allégué des fraudes aux législatives de novembre, massivement remportées par la Ligue nationale pour la démocratie (LND) d'Aung San Suu Kyi.

Il a effectué ce week-end son premier déplacement à l'étranger depuis le putsch, participant à un sommet avec les responsables de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean) à Jakarta.

Les dix Etats membres de l'organisation ont rédigé au cours de cette rencontre un texte en cinq points pour tenter de mettre fin aux violences et promouvoir le dialogue entre les parties.  

Les autorités birmanes ont assuré mardi qu'elles allaient "examiner attentivement les suggestions constructives" de l'Asean "lorsque la situation sera redevenue stable dans le pays".

La junte a jusqu'à présent fait la sourde oreille aux multiples condamnations internationales, profitant des divisions au sein de l'ONU.

Car si les Etats-Unis, l'Union européenne et le Royaume-Uni ont sanctionné le régime, la Russie et la Chine, alliées traditionnelles des généraux birmans, s'opposent à toute mesure coercitive des Nations unies.

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