Birmanie: nouvelle salve de sanctions internationales, les manifestations continuent

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Photo diffusée le 22 mars 2021 par une source anonyme via Facebook montrant un lâcher de ballons par des habitants de Hlaing, une banlieue de Rangoun, en Birmanie, avec des messages appelant l'ONU à l'aide
Photo diffusée le 22 mars 2021 par une source anonyme via Facebook montrant un lâcher de ballons par des habitants de Hlaing, une banlieue de Rangoun, en Birmanie, avec des messages appelant l'ONU à l'aide
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© AFP, Handout, FACEBOOK

publié le lundi 22 mars 2021 à 18h27

Les Etats-Unis et l'Union européenne ont sanctionné lundi des responsables de la junte au pouvoir en Birmanie pour la répression meurtrière des opposants au coup d'Etat militaire, qui continuent à manifester dans tout le pays.

Depuis le coup d'Etat du 1er février qui a renversé la dirigeante civile Aung San Suu Kyi, plus de 2.600 personnes ont été arrêtées et quelque 250 tuées, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Le bilan des victimes pourrait être plus lourd, souligne cette organisation locale de défense des droits de l'homme.

Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne ont approuvé des sanctions contre le chef de la junte, le général Min Aung Hlaing, ainsi que neuf des plus hauts gradés des forces armées et le président de la Commission électorale. Ils se voient interdire de se rendre dans l'UE ou d'y transiter et imposer un gel de leurs avoirs ou de leurs ressources dans l'Union. 

Les violences atteignent un niveau "absolument inacceptable", a estimé le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas.

Il s'agit des premières sanctions depuis le putsch décidées par l'UE, qui avait déjà sanctionné en 2019 quatorze militaires et policiers pour les persécutions contre la minorité musulmane des Rohingyas.

Les Etats-Unis ont quant à eux sanctionné Than Hlaing, chef de la police, et Aung Soe, un responsable de l'armée, pour leur participation à la "la campagne de violence et d'intimidation" menée "contre les manifestants pacifiques et la société civile".

Deux divisions de l'armée sont elles aussi sanctionnées, accusées d'avoir participé "à l'assassinat de manifestants".

"La junte continue d'essayer de renverser les résultats d'une élection démocratique en réprimant brutalement des manifestants pacifiques et en tuant des personnes qui demandent simplement à avoir leur mot à dire sur l'avenir de leur pays", a déclaré dans un communiqué le secrétaire d'Etat Antony Blinken.

Les sanctions visent à empêcher les responsables birmans d'accéder au système financier international ou d'entretenir des relations commerciales avec les Etats-Unis, et gèlent les avoirs qu'ils peuvent posséder dans le pays.

De son côté, la BBC a annoncé la remise en liberté de son journaliste birman Aung Thura, interpellé vendredi dans la capitale Naypyidaw. Quarante journalistes ont été interpellés depuis le putsch, précise le média britannique sur son site. 

Un deuxième journaliste, travaillant pour le média local Mizzima et également interpellé vendredi à Naypyidaw, Than Htike Aung, reste détenu.

En Birmanie, les connexions internet mobiles sont coupées ainsi que plusieurs réseaux wifi et seuls les journaux d'Etat sont actuellement disponibles. Les médias locaux indépendants, dont Mizzima, ont vu leurs licences révoquées.

Les opposants au coup d'Etat ont décidé de manifester de jour, mais aussi de nuit, nouveau défi à la répression.

- Manifestations au petit matin -

A Mandalay (centre), capitale culturelle et deuxième ville du pays, des manifestants dont des enseignants ont comme la veille défilé en nombre avant l'aube lundi, avec pour certains des pancartes appelant l'ONU à intervenir.

Huit personnes ont été tuées dimanche et une cinquantaine blessées dans cette ville, a indiqué à l'AFP une source médicale.

Des tirs d'armes automatiques ont pu être entendus dans un quartier jusque vers 23H00 locales (16H30 GMT). "Les gens étaient complètement effrayés et se sont sentis dans l'insécurité toute la nuit", a expliqué un médecin par téléphone à l'AFP.

Pour s'élever contre la brutalité de la répression, un groupe de médecins de Mandalay a organisé une "manifestation de pancartes" alignées dans la rue comme autant de manifestants virtuels, a rapporté le média indépendant Voice of Myanmar. Des moines ont tenu une manifestation similaire.

A Rangoun, capitale économique et principale ville du pays, des manifestations se sont également déroulées tôt lundi dans certains quartiers. Des automobilistes klaxonnaient en signe de soutien.

- Appels à l'ONU -

A Hlaing, banlieue de Rangoun, des habitants ont lancé de centaines de ballons rouges munis d'affiches réclamant une intervention de l'ONU, selon des médias locaux.

La situation reste très tendue à Rangoun où deux des cinq millions d'habitants sont soumis à la loi martiale.

A Monywa (centre), des centaines de personnes ont manifesté lundi au lendemain de la mort d'un manifestant, selon des médias locaux.

Les condamnations internationales s'enchaînent, laissant jusqu'à présent les généraux de marbre.

Avant cette nouvelle salve de sanctions, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne avaient pris des mesures punitives.

Les voisins de la Birmanie élèvent aussi la voix au sein de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est), à laquelle appartient la Birmanie et qui n'interfère habituellement pas dans les affaires d'un Etat membre.

L'Indonésie et la Malaisie ont appelé à une réunion d'urgence des dix pays de l'Asean pour discuter de la crise birmane. Le ministre des Affaires étrangères de Singapour, Vivian Balakrishnan, entame lundi à Brunei --qui préside cette année l'Asean-- une tournée qui le conduira aussi en Malaisie et en Indonésie.

Le groupe français d'électricité EDF a annoncé dimanche la suspension d'un projet de barrage hydroélectrique en Birmanie, un investissement de 1,51 milliard de dollars dans l'Etat Shan (est), à la suite du coup d'Etat, une décision saluée par les ONG Info Birmanie et Justice for Myanmar.

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