Birmanie: l'avocat d'Aung San Suu Kyi en mission "pour la défense de la démocratie"

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L'avocat d'Aung San Suu Kyi, Khin Maung Zaw (c), devant le tribunal de Naypyidaw, le 16 février 2021 en Birmanie
L'avocat d'Aung San Suu Kyi, Khin Maung Zaw (c), devant le tribunal de Naypyidaw, le 16 février 2021 en Birmanie
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© AFP, STR

, publié le mardi 23 février 2021 à 14h09

Chargé de la défense d'Aung San Suu Kyi, il change de domicile toutes les nuits pour ne pas prendre le risque de se faire arrêter. Pour Khin Maung Zaw, le procès de l'ex-cheffe du gouvernement civil sera l'occasion de voir si les Birmans redeviennent "esclaves" de l'armée.

Il y a trois semaines, des soldats ont investi au petit matin la maison d'Aung San Suu Kyi et l'ont placé en résidence surveillée, mettant brusquement fin à une expérience démocratique de 10 ans.

La cliente de Khin Maung Zaw devra répondre de plusieurs chefs d'accusation obscurs, dont la détention illégale de talkies-walkies et violation des restrictions liées au coronavirus.

"La Birmanie est à un moment crucial de son histoire", déclare-t-il à l'AFP par téléphone depuis Naypyidaw, la capitale administrative du pays.

- "Gagner cette bataille" -

"Si nous perdons, nous deviendrons esclaves de la junte militaire pendant 40 ou 50 ans. Nous devons gagner cette bataille."  

Malgré plusieurs demandes, il n'a toujours pas été autorisé à voir sa cliente avant son audience fixée au 1er mars. 

"Si je n'obtiens pas la permission de la rencontrer avant l'audience, je ferai savoir au monde entier que le procès n'est pas équitable", prévient-il. 

Il a également renforcé ses propres mesures de sécurité, en raison des "pressions indirectes".

"La nuit, je dois rester loin de chez moi et dormir chez des amis", raconte-t-il à l'AFP.

Khin est né en 1948 à Pyinmana, une ville aujourd'hui en périphérie de la capitale construite par les militaires de toute pièces au milieu de la jungle, Naypyidaw. 

Il se dit habitué aux menaces provenant d'un régime militaire. 

Il a été emprisonné pour la première fois à l'âge de 17 ans pour avoir manifesté contre la dictature de l'époque et avoir distribué sur son campus de Mandalay (centre) la Déclaration universelle des droits de l'homme. 

Il a été envoyé à la redoutée prison des îles Coco, à 400 kilomètres au large des côtes birmanes dans la mer d'Andaman, "l'équivalent d'un goulag", détruite depuis.

Libéré en 1972, il est de nouveau arrêté trois ans plus tard pour avoir rejoint des manifestations étudiantes. 

Il passera en tout neuf ans derrière les barreaux. 

"Je n'ai aucune raison d'avoir peur pour moi-même parce que je me suis soulevé contre toutes ces exécutions et ces répressions", déclare-t-il.

- L'armée "capable de tout" - 

Depuis le coup d'État du 1er février dernier, les autorités ont régulièrement intensifié leur recours à la force pour contenir la campagne massive de désobéissance civile qui traverse le pays. 

Khin Maung Zaw est étonné par le dynamisme des manifestants, mais il craint pour leur sécurité, alors que quatre d'entre eux ont déjà été tués depuis le début du mouvement.

"L'étincelle a pris feu et les flammes se sont propagées". Et "dans le passé, lorsque l'armée s'est sentie débordée, elle a été capable de tout", dit-il. 

Sa dernière affaire médiatisée remonte à la défense des journalistes de Reuters Wa Lone et Kyaw Soe Oo qu'il a assurée.

Les deux hommes ont passé près de 18 mois en prison pour avoir révélé des atrocités commises contre la minorité Rohingya. 

L'affaire l'a éloigné du gouvernement d'Aung San Suu Kyi, qui avait défendu les raids menés par l'armée, et avait même qualifié les journalistes de "traitres", selon un diplomate américain.

Mais Khin Maung Zaw dit laisser de côté les désaccords "personnels" dans cette ffaire, voyant les efforts constants de la prix Nobel de la paix pour éviter, sans succès, un retour au régime militaire.

"Je ne représente pas Aung San Suu Kyi en tant que personne - je représente une personne élue démocratiquement attaquée par les forces militaires", dit-il. 

"Tout cela, c'est pour la défense de la démocratie."

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