Birmanie: exode des habitants de Rangoun face à la répression meurtrière de la junte

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Des protestataires birmans s'enfuient alors que les forces de sécurité répriment violemment une manifestation contre le coup d'Etat militaire à Rangoun, le 19 mars 2021
Des protestataires birmans s'enfuient alors que les forces de sécurité répriment violemment une manifestation contre le coup d'Etat militaire à Rangoun, le 19 mars 2021
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© AFP, STR

, publié le vendredi 19 mars 2021 à 19h15

Des habitants de Rangoun fuyaient en nombre vendredi la principale ville de Birmanie où la junte intensifie sa répression meurtrière, la Thaïlande voisine se préparant à un afflux de réfugiés.

Près de 230 civils ont été tués à travers le pays depuis le coup d'Etat militaire du 1er février qui a renversé Aung San Suu Kyi. Le bilan pourrait être beaucoup plus lourd, des centaines de personnes arrêtées ces dernières semaines étant portées disparues.

Deux des cinq millions d'habitants de Rangoun, la capitale économique, sont soumis à la loi martiale.

Et certains quartiers sont tombés dans le chaos, des manifestants lançant des projectiles et des cocktails Molotov sur l'armée et la police, qui tirent à balles réelles.

L'exode s'intensifie. Un des principaux axes pour sortir de la ville était totalement congestionné vendredi de véhicules plein à craquer, les habitants entassant leurs affaires jusque sur les toits, d'après des images diffusées par un média local.

"Je rentre chez moi dans l'Etat de Rakhine", dans l'ouest du pays, confie une jeune femme qui a décidé de prendre le bus. "Je ne dors plus la nuit. Dans mon quartier, les forces de sécurité ont enlevé des gens et les ont torturés".

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d'internautes encourageaient la population à partir car "la situation dans la ville est effrayante", mais certains les imploraient de rester par "solidarité".

- Deux journalistes "arrêtés" -

De l'autre côté de la frontière, les autorités thaïlandaises se préparent à recevoir un afflux de réfugiés.

"Nous sommes en mesure d'en accueillir de 30 à 50.000", a indiqué le gouverneur de la province de Tak, Pongrat Piromrat. 

Quelque 90.000 réfugiés birmans vivent déjà le long de la poreuse frontière de 1.800 kilomètres séparant les deux pays, après avoir fui des décennies de guerre civile entre l'armée et des factions rebelles. 

Des Birmans ont également gagné ces dernières semaines l'Inde voisine. 

Les forces de sécurité poursuivent sans relâche leur répression.

Vendredi, six manifestants ont été tués dans une petite ville du nord-est du pays, ont indiqué les médias d'Etat. 

Une autre personne a été tuée dans l'Etat de Kayah lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une manifestation, d'après un secouriste.

"Meurtres, tortures, destructions de maisons et autres biens privés, pillages": les tactiques déployées par l'armée sont de plus en plus violentes, déplore l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Les militaires "insufflent un climat de peur et de subordination", ajoute l'ONG qui fait un point quotidien sur la situation.

Des habitants sont aussi forcés, sous la menace d'armes à feu, de détruire les barricades de fortune érigées ces derniers temps par les manifestants contre les forces de sécurité, d'après plusieurs témoignages.

Sollicitée, la junte n'a pas répondu aux requêtes de l'AFP.

Et à Naypyidaw, la capitale, un journaliste birman du service local de la BBC a été "arrêté" après avoir été emmené par des hommes non identifiés, a annoncé la chaîne britannique, appelant les autorités "à nous aider à le localiser et à confirmer qu'il va bien".

Un média local, Mizzima, a annoncé qu'un de ses reporters, Than Htike Aung, avait été "arrêté" en même temps qu'Aung Thura.

Plus de 30 journalistes ont été arrêtés depuis le putsch.

La Birmanie se referme chaque jour davantage. Les connexions internet mobiles restent coupées et seuls les médias d'Etat couvrent désormais la crise.

Les arrestations s'enchaînent, avec plus de 2.200 personnes interpellées depuis le coup d'Etat, notamment au sein du parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). 

Dernières en date, celles de Kyi Toe, chargé de l'information, et d'un autre responsable du mouvement, a-t-on appris auprès d'un ex-député LND.

- "Haute trahison" -

Beaucoup de députés LND sont passés à la clandestinité, certains formant un parlement fantôme, le Comité représentant Pyidaungsu Hluttaw (CRPH) - l'organe législatif birman. Le vice-président du CRPH, Mahn Win Khaing Than, et son "envoyé spécial" auprès de l'ONU, Docteur SaSa, ont été inculpés pour "haute trahison", passible de 22 ans de détention.

L'étau judiciaire se resserre aussi sur Aung San Su Kyi, au secret depuis le 1er février. Déjà inculpée à plusieurs reprises, accusée d'avoir perçu des centaines de milliers de dollars de pots-de-vins, elle est visée par une énième enquête sur la Fondation Daw Khin Kyi, qu'elle a créée.

Si elle est reconnue coupable, la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 encourt de longues années de prison et pourrait être exclue de la vie politique. Une audience doit se tenir le 24 mars. 

Les généraux continuent de faire la sourde oreille aux multiples condamnations internationales et font fi des sanctions imposées par les Etats-Unis, l'Union européenne et le Royaume-Uni. 

L'UE doit d'ailleurs sanctionner lundi onze officiers birmans impliqués dans la répression et elle finalise des mesures contre les intérêts économiques des membres de la junte.

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