Birmanie : des hackers ciblent la junte, appel international à rétablir la démocratie

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Un manifestant portant des menottes et un bâillon lors d'un rassemblement contre le coup d'Etat militaire à Rangoun le 18 février 2021
Un manifestant portant des menottes et un bâillon lors d'un rassemblement contre le coup d'Etat militaire à Rangoun le 18 février 2021
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© AFP, Ye Aung THU

, publié le jeudi 18 février 2021 à 17h51

Des pirates informatiques ont attaqué jeudi des sites internet gouvernementaux en Birmanie en réponse à un blocus nocturne du web imposé par la junte, tandis que plusieurs pays, dont les Etats-Unis, ont appelé au rétablissement de la démocratie.

Un groupe baptisé "Les Hackers de Birmanie" a ciblé la page de propagande de l'armée birmane, qui a pris le pouvoir le 1er février, ainsi que les sites internet de la chaîne de télévision d'Etat MRTV, de l'autorité portuaire ou de l'agence de sécurité sanitaire et alimentaire.

"Nous nous battons pour la justice en Birmanie", ont déclaré ces pirates informatiques sur leur page Facebook. 

Un journal proche de la junte a de son côté confirmé que des sites internet militaires avaient subi des cyberattaques.

Les principaux responsables de la diplomatie des Etats-Unis, de l'Inde, du Japon et de l'Australie ont déclaré jeudi souhaiter un retour "urgent" à la démocratie en Birmanie, au cours de discussions dans le cadre d'une alliance entre ces pays surnommée "Quad".

Le Royaume-Uni a quant à lui annoncé sanctionner pour "graves violations des droits humains" trois généraux birmans, le ministre de la Défense Mya Tun Oo, celui de l'Intérieur Soe Htut et son adjoint Than Hlaing, qui voient leurs actifs gelés sur le territoire britannique et y sont interdits de séjour.

Des manifestations ont encore eu lieu jeudi dans plusieurs villes birmanes, notamment à Rangoun, la plus grande d'entre elles, où des milliers de personnes ont fait le signe à trois doigts de la rébellion contre la junte qui a renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, mettant ainsi fin à une fragile transition démocratique de 10 ans, et qui n'a depuis cessé de durcir le ton.

Des automobilistes y ont en outre interrompu la circulation pour le deuxième jour consécutif afin de tenter d'empêcher les forces de sécurité de se déployer.

- Canons à eau -

Des bus et des voitures étaient arrêtés autour d'un pont du quartier de Dagon Nord, selon des images retransmises en direct, tandis que des manifestants criaient : "N'allez pas au bureau ! Rejoignez le mouvement de désobéissance civile !".

"Nous avons rassemblé cinq taxis et l'un d'entre nous a fait semblant d'être en panne et a bloqué la rue. Les autres l'entouraient. Mais nous ne sommes pas restés longtemps", a raconté à l'AFP un chauffeur de taxi de 30 ans.

Dans la capitale administrative Naypyidaw, la police a déployé des canons à eau face aux manifestants.

Les policiers "ont aussi pulvérisé de l'eau sur les maisons. Les toits ont été endommagés, des panneaux de signalisation sont tombés", a raconté un témoin à l'AFP. "C'est inhumain. Nous n'avions pas d'armes."

Tôt jeudi, 11 collaborateurs du ministère des Affaires étrangères ont été interpellés pour avoir participé au mouvement de protestation, a dit une source du ministère à l'AFP.

Sous le couvert de l'anonymat, un policier a fait état d'au moins cinquante fonctionnaires arrêtés au cours des quatre derniers jours.

L'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP),qui a son siège à à Rangoun, a recensé plus de 500 arrestations depuis le coup d'Etat.

- Désobéissance civile -

La Birmanie a subi des coupures d'internet pour la quatrième nuit consécutive, selon NetBlocks, un observatoire spécialisé installé au Royaume-Uni. Les connections ont été rétablies pendant la journée de jeudi.

La peur des représailles est dans tous les esprits dans un pays qui a déjà vécu près de 50 ans sous le joug des militaires depuis son indépendance en 1948.

Les forces de l'ordre ont tiré à plusieurs reprises depuis le début de la crise du gaz lacrymogène, des balles en caoutchouc ou avec des lance-pierres, faisant plusieurs blessés.

Une femme de 20 ans, qui a probablement été touchée par une balle réelle à la tête, la semaine dernière à Naypyidaw, est en état de mort cérébrale.

Un policier est décédé mardi après avoir été blessé au cours d'un rassemblement à Mandalay.

Malgré cela, les appels à la désobéissance civile se poursuivent, tandis qu'à Naypyidaw, l'ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, 75 ans, est assignée à résidence. 

Déjà poursuivie pour avoir enfreint une obscure règle commerciale en important "illégalement" des talkie-walkies, elle fait face à une nouvelle inculpation pour avoir violé "la loi sur la gestion des catastrophes naturelles", d'après son avocat qui n'a toujours pas pu entrer en contact avec elle. Une audience est prévue pour le 1er mars.


Les généraux font la sourde oreille face aux multiples condamnations et sanctions internationales. Ils disposent jusqu'à présent de deux soutiens de taille à l'ONU, ceux de la Chine et de la Russie, pour lesquelles la crise actuelle constitue "une affaire intérieure" birmane.

Le chef de la junte Min Aung Hlaing, paria au plan international depuis les exactions commises contre les musulmans rohingyas en 2017, a expliqué son coup d'Etat en faisant état de fraudes aux législatives de novembre, largement remportées par le parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie.

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