Birmanie: de la peinture rouge déversée dans les rues en hommage aux "martyrs"

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Photo diffusée par Eindu Youths le 6 avril 2021 montrant des manifestants faisant le salut à trois doigts et déversant de la peinture rouge sur une route à Hpa-an, capitale de l'Etat Karen, dans le sud de la Birmanie
Photo diffusée par Eindu Youths le 6 avril 2021 montrant des manifestants faisant le salut à trois doigts et déversant de la peinture rouge sur une route à Hpa-an, capitale de l'Etat Karen, dans le sud de la Birmanie
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© AFP, Handout, Eindu Youths

publié le mardi 06 avril 2021 à 12h30

Des Birmans ont déversé mardi de la peinture rouge dans les rues pour protester contre la répression sanglante des forces de sécurité depuis le putsch militaire du 1er février qui a renversé Aung San Suu Kyi.

570 civils - dont une cinquantaine d'enfants et d'adolescents - ont été tués en un peu plus de deux mois, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Le bilan pourrait être beaucoup plus lourd: plus de 2.700 personnes ont été arrêtées. Beaucoup, sans accès à leurs proches ou à un avocat, sont portées disparues.

Malgré cela, la mobilisation pro-démocratie ne faiblit pas, avec des dizaines de milliers de salariés en grève et des secteurs entiers de l'économie paralysés.

Pour échapper aux représailles et continuer à être entendus, les contestataires trouvent chaque jour de nouvelles parades.

Mardi, ils ont demandé à la population de déverser de la peinture rouge pour évoquer le sang des "martyrs tombés sous les balles" de l'armée et de la police.

A Hpa-An, la capitale de l'Etat Karen (sud), des protestataires en ont répandu sur une route, avant de rendre hommage aux victimes et de saluer à trois doigts en signe de résistance.

"Ne tuez pas les civils pour un salaire aussi misérable que le prix de la nourriture pour chiens", a écrit en lettres rouge sang un protestataire sur un abribus de Rangoun.

D'autres ont imbibé des bouts de tissus de peinture avant de les jeter à un carrefour de la capitale économique. 

Ailleurs dans le pays, de petits groupes sont descendus dans les rues, notamment dans l'Etat Shan (nord-est) où un sit-in a été organisé sous la pluie, des manifestants se protégeant derrière des barricades de fortune érigées avec des panneaux publicitaires, des fils barbelés et du bambou.

A Tahan Ward (centre), les contestataires ont défilé sous des portraits d'Aung San Suu Kyi, mise au secret par l'armée depuis son arrestation le 1er février.

L'ancienne dirigeante de 75 ans est notamment accusée de corruption et d'avoir violé une loi sur les secrets d'État datant de l'époque coloniale.

La junte poursuit sans relâche sa traque judiciaire.

Des mandats d'arrêt ont été émis contre 60 célébrités birmanes - chanteurs, mannequins, influenceurs sur les réseaux sociaux - accusées d'avoir diffusé des informations susceptibles de provoquer des mutineries dans les forces armées.

Un autre célèbre satiriste et activiste, Zarganar, déjà emprisonné quatre fois sous les précédentes dictatures militaires, a été interpellé, selon le service birman de la BBC.

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