Birmanie: blessée lors de tirs croisés, une adolescente entre la vie et la mort

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Un manifestant lance une bombe à essence lors de confrontations avec les forces de l'ordre à Rangoun (Birmanie) le 16 mars 2021.
Un manifestant lance une bombe à essence lors de confrontations avec les forces de l'ordre à Rangoun (Birmanie) le 16 mars 2021.
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© AFP, STR

publié le mercredi 17 mars 2021 à 17h18

Une jeune fille de 16 ans se trouvait entre la vie et la mort mercredi, après s'être retrouvée au milieu de tirs croisés lors de la répression d'une manifestation contre le coup d'Etat militaire en Birmanie, ses parents ayant finalement dû la conduire dans un hôpital de l'armée pour y être soignée.

Plus de 200 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le coup d'Etat du 1er février contre Aung San Suu Kyi, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), alors que des dizaines de milliers de personnes sont sorties quotidiennement dans les rues pour réclamer le retour de la démocratie.

L'une des dernières victimes de cette répression meurtrière est cette jeune fille, connue sous le pseudonyme de Ngwe Oo, touchée à la tête mardi par une balle en caoutchouc à Wundwin (centre) alors qu'elle se rendait au marché.

"Elle allait acheter des légumes, mais les forces de sécurité lui ont tiré dessus, de loin", a raconté mercredi à l'AFP un médecin qui s'est occupé d'elle dans l'hôpital de la ville.

"Elle n'était même pas dans la manifestation", a-t-il poursuivi, se présentant comme le docteur La Min - lui aussi donne un nom d'emprunt, par crainte des représailles des autorités, a-t-il précisé.

Ses parents l'ont d'abord conduite jusqu'à une clinique gérée par une organisation caritative, qui lui a bandé la tête mais a déclaré que les blessures étaient trop sérieuses.

Plus tard, à l'hôpital de la ville, les médecins leur ont dit qu'ils n'étaient pas non plus en mesure de traiter Ngwe Oo, avant de les adresser à l'hôpital militaire le plus proche, à Pyin Oo Lwin, à trois heures de route.

- Crâne fracturé -

Les services de santé de l'armée sont ouverts aux civils, mais les parents de la jeune fille étaient terrifiés à l'idée de se rendre dans un établissement militaire, raconte à l'AFP le docteur La Min.

Ils craignaient aussi d'être arrêtés alors qu'il était plus de 20H00, l'heure du couvre-feu imposé par la junte.

C'est finalement le docteur lui-même qui conduit la jeune fille et ses parents à l'hôpital militaire. Ngwe Oo était consciente pendant tout ce temps, malgré sa blessure à la tête. "Elle demandait de l'eau à sa mère", relate le médecin.

Arrivée à l'hôpital militaire à 23H00, la jeune fille a subi un scanner montrant que des morceaux de son crâne fracturé s'étaient logés dans son cerveau, du côté droit. Puis elle a été opérée.

Vingt-quatre heures plus tard, la vie de Ngwe Oo, qui a perdu beaucoup de sang, est toujours suspendue à un fil. "Je suis incroyablement triste et inquiète pour elle", a simplement déclaré sa mère à l'AFP.

"Même en étant opérée, elle n'a que 50% de chances de s'en sortir", selon le docteur La Min, qui dit avoir conduit la jeune fille à l'hôpital militaire non par bravoure, mais simplement car il craignait pour elle. "Le plus important était qu'elle reste en vie."

"S'il vous plaît, ne tirez plus sur les gens", a-t-il exhorté les militaires, déplorant le nombre de vies perdues lors des manifestations contre le coup d'Etat.

Le 19 février, la répression du mouvement avait fait son premier mort : une jeune fille de 20 ans blessée par balle dix jours auparavant - la junte avait de son côté fait état précédemment du décès d'un policier.

Le système de santé birman, qui était déjà l'un des plus fragiles d'Asie du sud-est, est plongé dans une crise encore plus profonde depuis le coup d'Etat.

Des médecins et des infirmières ont été parmi les premiers à participer au mouvement de désobéissance civile, qui s'est depuis étendu à d'autres secteurs.

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