Birmanie: Aung San Suu Kyi devant la justice au lendemain de la répression la plus meurtrière

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Des militaires attendent dans des camions à Rangoun (Birmanie) le 28 février 2021
Des militaires attendent dans des camions à Rangoun (Birmanie) le 28 février 2021
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© AFP, Ye Aung THU

, publié le lundi 01 mars 2021 à 05h28

La justice birmane se penche lundi sur le cas de l'ex-dirigeante Aung San Suu Kyi, accusée par la junte d'avoir enfreint d'obscures règles commerciales et sanitaires, tandis que le pays se réveille sous le choc au lendemain de la répression la plus meurtrière depuis le coup d'Etat.

Les Nations Unies disposent "d'informations crédibles" selon lesquelles au moins 18 personnes ont été tuées dimanche par les forces de sécurité qui ont ouvert le feu pour disperser des rassemblements pro-démocratie dans plusieurs villes du pays. 

L'AFP a pu confirmer à ce stade de source indépendante au moins huit morts, mais certains rapports mettent en avant un bilan encore plus lourd que celui annoncé par l'ONU. 

Malgré la peur des représailles, des habitants de Dawei, dans le sud de la Birmanie, sont descendus lundi matin dans les rues pour déposer des fleurs rouges et allumer des bougies devant les portraits des victimes.

Trois manifestants sont décédés dans la ville côtière après avoir été ciblés par "des tirs à balles réelles", selon un secouriste. 

A Rangoun, la capitale économique, un contestataire qui tentait de s'abriter derrière des poubelles et autres boucliers de fortune a été visé par un tir, selon des images filmées par l'AFP.

"L'armée birmane est une organisation terroriste", a réagi sur Facebook Thinzar Shunlei Yi, une militante de premier plan.

Sollicitée par l'AFP, l'armée n'a pas répondu aux requêtes de commentaires sur ces informations.

Mais les médias d'Etat ont averti dimanche que "des mesures sévères seront inévitablement prises" contre des "foules anarchiques".

On dénombre désormais une trentaine de morts dans les rangs des manifestants depuis le putsch du 1er février, d'après une ONG d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP). L'armée affirme pour sa part qu'un policier a péri en tentant de disperser un rassemblement.

- "Violence abominable" -

L'utilisation par la police et l'armée d'armes létales contre des manifestations largement pacifiques a suscité un nouveau concert de protestations internationales.

Le secrétaire d'État américain Antony Blinken a condamné sur Twitter "la violence abominable des forces de sécurité birmanes". "L'usage de forces létales (...) et les arrestations arbitraires sont inacceptables", a réagi de son côté le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres.

L'ambassadeur birman aux Nations unies, Kyaw Moe Tun, avait lui-même rompu quelques jours plus tôt de manière spectaculaire avec les généraux putschistes en appelant à "mettre fin au coup d'Etat militaire" et à "rendre le pouvoir de l'Etat au peuple". Il a été démis de ses fonctions par la junte.

Les nombreuses protestations internationales et l'annonce de sanctions par les Etats-Unis et l'Union européenne n'ont pour l'instant pas réussi à infléchir les militaires. 

"Le monde doit intensifier sa réponse. Les mots de condamnation sont les bienvenus mais sont insuffisants", a déploré le rapporteur spécial des Nations Unies l'ONU, Tom Andrews, ajoutant qu'il allait publier ce lundi une liste d'options à proposer au Conseil de sécurité.

- Obscures charges contre Suu Kyi -

De nombreuses voix continuent à demander la libération d'Aung San Suu Kyi.

Assignée à résidence dans la capitale Naypyidaw depuis son arrestation, l'ex-dirigeante de 75 ans est poursuivie pour avoir importé illégalement des talkies-walkies et violé des restrictions liées au coronavirus. 

L'audience prévue ce lundi doit durer toute la journée et se pencher principalement sur le calendrier du procès, a fait savoir à l'AFP son avocat Khin Maung Zaw qui n'a toujours pas été autorisé à rencontrer sa cliente et n'a pu préciser si cette dernière pourrait y assister par vidéoconférence. 

Les vagues d'arrestation se poursuivent.

Plus de 1.130 personnes ont été interpellées, inculpées ou condamnées depuis le coup d'Etat, dont 270 pour la seule journée de dimanche à Rangoun, selon l'AAPP.

Ces dernières ont été transportées dans la tristement célèbre prison d'Insein de la ville où de nombreux militants pro-démocratie ont purgé de longues peines de prison sous les dictatures précédentes.

Plusieurs journalistes ont été arrêtés ces derniers jours, dont un photographe de l'agence Associated Press.

Le pays est secoué par une vague de manifestations et une campagne de désobéissance civile depuis le putsch qui a renversé Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991.

Les derniers soulèvements populaires de 1988 et de 2007 ont été réprimés dans le sang par l'armée déjà au pouvoir pendant près de 50 ans depuis l'indépendance du pays en 1948.

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