Birmanie: des milliers de manifestants dans les rues, raid mortel

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Des manifestants pro-démocratie derrière une barricade, le 6 mars 2021 à Rangoun, en Birmanie
Des manifestants pro-démocratie derrière une barricade, le 6 mars 2021 à Rangoun, en Birmanie
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© AFP, STR

, publié le dimanche 07 mars 2021 à 10h01

La répression se poursuit dimanche en Birmanie contre les manifestants pro-démocratie descendus par milliers dans les rues malgré les raids de la veille, au cours desquels des membres du parti d'Aung San Suu Kyi ont été arrêtés et un battu à mort.

A Bagan (centre), célèbre pour ses pagodes centenaires, des détonations ont été entendues.

"Un adolescent de 18 ans a reçu une balle dans la mâchoire", d'après les secouristes, tandis qu'un média local fait état d'"au moins cinq personnes blessées".

A Rangoun, la police a de nouveau tiré pour disperser des rassemblements, les manifestants scandant: "Chassons le dictateur!", le chef de la junte Min Aung Hlaing.

Des raids ont eu lieu la nuit dernière dans la capitale économique visant des responsables de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d'Aung San Suu Kyi renversée le 1er février.

"On ne sait pas combien de personnes ont été interpellées", a indiqué Soe Win, membre du mouvement.

Un responsable local de la LND, Khin Maung Latt, 58 ans, a été tué. "Il a été battu puis emmené hors de son domicile. Il n'a apparemment pas survécu au dur interrogatoire qu'il a subi", a déploré Tun Kyi, ex-prisonnier politique.

Un avocat du parti d'Aung San Suu Kyi était aussi visé, mais les forces de sécurité ne l'ont pas trouvé. Son frère a été "torturé parce qu'il n'y avait personne à arrêter", selon un ex-député LND.

Les députés qui ne reconnaissent pas la légitimité du coup d'Etat et ont créé un comité pour représenter le gouvernement civil commettent "une haute trahison" passible de la peine de mort ou de 22 ans de détention, ont averti dimanche les médias d'Etat.

Des milliers de Birmans ont manifesté, répondant à l'appel à une mobilisation massive lancé par des leaders de la contestation.  

"Si nous appelons à la désobéissance civile et à la grève sans descendre dans les rues, ce n'est pas suffisant. Nous devons maintenir notre combat au plus haut niveau (...) Nous sommes prêts à mourir", a déclaré Maung Saungkha, une des têtes d'affiche de la contestation.

- Economie en souffrance -

Ces appels à la grève ont un impact important sur de nombreux secteurs de l'économie birmane déjà très fragile, avec des banques incapables de fonctionner, des hôpitaux fermés et des bureaux ministériels vides.

La peur est dans tous les esprits: plus de 50 personnes ont été tuées depuis le début de l'insurrection pacifique contre le coup d'Etat.

Des images largement diffusées ont montré les forces de sécurité en train de tirer à balles réelles sur des rassemblements et d'emporter les corps inanimés de manifestants.

Le Parti de l'union, de la solidarité et du développement (PUSD), soutenu par l'armée, participe aux attaques. 

Des membres du PUSD ont tué vendredi un représentant local de la LND et un adolescent de 17 ans, selon l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

Samedi, les forces de sécurité ont continué à tirer à balles réelles, d'après cette ONG birmane.

Les médias d'Etat nient pour leur part toute implication de la police et de l'armée dans les décès de manifestants.

Sollicitée, l'armée, qui conteste le résultat des élections de novembre remportées massivement par la LND, n'a pas répondu aux multiples requêtes de l'AFP.

Responsables locaux, hommes politiques, journalistes, militants, artistes: des centaines de personnes ont été interpellées depuis le 1er février.

Celles arrêtées à Rangoun sont souvent conduites dans la tristement célèbre prison d'Insein où de nombreux prisonniers politiques ont effectué de lourdes peines sous les dictatures précédentes.

Face a la détérioration de la situation, certains Birmans fuient le pays. 

Une cinquantaine, dont huit policiers qui refusaient de prendre part à la répression, ont gagné l'Inde voisine.


La Birmanie a exigé de l'Inde le rapatriement des huit policiers "afin de préserver les bonnes relations entre les deux pays" dans une lettre que l'AFP a pu consulter.

Une centaine de Birmans sont toujours massés à la frontière dans l'espoir d'être autorisés à gagner le pays.

- Nouvelles sanctions ? -

Les généraux font la sourde oreille au concert de protestations de la communauté internationale, divisée sur la réponse à apporter.

Le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas réussi vendredi à se mettre d'accord sur une déclaration commune. Des négociations doivent se poursuivre la semaine prochaine, d'après des sources diplomatiques.

Des mesures coercitives ont été annoncées par les Etats-Unis et l'Union européenne, mais des observateurs exhortent à aller plus loin avec un embargo international sur les livraisons d'armes, une décision qui nécessite l'accord de tous les membres du Conseil.

Or, Pékin et Moscou, alliés traditionnels de l'armée birmane et exportateurs d'armes dans le pays, considèrent cette crise comme une affaire intérieure au pays.

A Bangkok, des milliers de travailleurs birmans immigrés en Thaïlande ont manifesté dimanche devant la représentation de l'ONU, exhortant la communauté internationale à réagir plus fermement et demandant à la junte de libérer Aung San Suu Kyi, tenue au secret depuis son arrestation.

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