Berlin appelle à la "modération" après des heurts entre Turcs et Kurdes en Allemagne

Berlin appelle à la "modération" après des heurts entre Turcs et Kurdes en Allemagne
Vue d'un café aux volets roulants endommagés à Herne, dans l'ouest de l'Allemagne, après des heurts entre membres des communautés kurde et turque le 14 octobre 2019

AFP, publié le mardi 15 octobre 2019 à 19h30

Le gouvernement allemand a appelé à la "modération" mardi, après des heurts la veille entre membres des communautés kurde et turque en marge d'une manifestation contre l'offensive menée par Ankara en Syrie.

"Nous avons la responsabilité de faire en sorte que le conflit dans cette région ne devienne pas un conflit dans notre société et ne devienne pas une menace pour notre coexistence pacifique", a déclaré la commissaire à l'intégration du gouvernement Annette Widmann-Mauz, dans un entretien au groupe de médias Funke.

"C'est pourquoi j'attends de toutes les parties, en particulier des organisations de migrants et des communautés religieuses, qu'elles prennent leurs responsabilités et contribuent à la modération", a ajouté la responsable, au lendemain d'échauffourées à Herne, dans l'ouest.

Lundi vers 19H00, un cortège d'environ 350 manifestants kurdes qui défilait dans le centre de cette ville ouvrière est passé devant un café tenu par des commerçants turcs. 

Ils sont alors "provoqués par des gestes réalisés avec la main" par des personnes assises dans la buvette, a indiqué la police locale dans un communiqué. 

"De là, des manifestants ont attaqué le café, faisant deux blessés", a-t-elle ajouté. Le cortège a de nouveau été visé plus loin, par un jet de bouteille lancé depuis un autre commerce tenu par des Turcs.

L'atmosphère est devenue "surchauffée", selon la même source. Le commerce est alors pris d'assaut par les manifestants qui détruisent en partie la boutique. Un client est blessé ainsi qu'un policier. 

Au total cinq personnes, dont un policier, ont été légèrement blessées.

- "Ne vous laissez pas provoquer" -

La liberté de rassemblement est certes un droit fondamental, mais qui ne "justifie en aucun cas une telle disposition à la violence et à l'agressivité", a déclaré mardi le président de la police de la ville voisine de Bochum, Jörg Lukat.

A Berlin, un Turc de 30 ans portant une veste ornée du drapeau de son pays a été agressé par un groupe d'environ 15 personnes, a annoncé mardi la police. Ses assaillants ont parlé "en allemand et en arabe", selon la victime qui a été soignée à l'hôpital pour des blessures au visage.

Environ un million de Kurdes vivent en Allemagne, souvent originaires du territoire turc, sur les 2,5 millions de personnes de nationalité ou d'origine turque que compte le pays. 

Une montée des tensions entre ces deux communautés, qui serait ravivée par l'offensive turque en cours, est redoutée en Allemagne. 

La communauté kurde a appelé à une grande manifestation nationale samedi à Cologne, où plusieurs dizaines de milliers de participants sont attendus, selon les organisateurs.

Le président de la communauté des Kurdes d'Allemagne a toutefois lancé un appel au calme mardi soir. "Notre message est : +ne vous laissez pas provoquer. Ne réagissez pas aux provocations du côté nationaliste turc+", a mis en garde Ali Ertan Toprak, auprès de Funke. "Nous le rappelons tout le temps à nos membres et à toutes les associations kurdes : s'il y a des émeutes, cela nuira à notre cause", a-t-il fait valoir, ajoutant que les Kurdes n'avaient "aucun intérêt à ce que la violence s'installe dans les rues allemandes".

La Turquie a lancé mercredi dernier une offensive dans le nord-est de la Syrie contre une milice kurde soutenue par les Occidentaux dans la lutte antijihadiste mais qu'Ankara accuse de terrorisme.

Berlin a condamné cette offensive et annoncé samedi stopper ses livraisons à la Turquie d'armes susceptibles d'être utilisées en Syrie. 

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