Bazoum devient président du Niger et accuse les jihadistes de "crimes de guerre"

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Le nouveau président du Niger Mohamed Bazoum (G) et son prédécesseur Mahamadou Issoufou, le 2 avril 2021 à Niamey
Le nouveau président du Niger Mohamed Bazoum (G) et son prédécesseur Mahamadou Issoufou, le 2 avril 2021 à Niamey
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© AFP, BOUREIMA HAMA

, publié le vendredi 02 avril 2021 à 19h53

Le nouveau président du Niger, Mohamed Bazoum, a prêté serment vendredi en pleine crise, deux jours après "une tentative de coup d'Etat" au moment où le pays subit les pires attaques jihadistes de ces dernières années, qu'il a qualifiées de "crimes de guerre".

Plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement d'Afrique de l'Ouest et centrale, dont le Tchadien Idriss Déby Itno, qui vient d'envoyer 1.200 soldats au Niger pour combattre les jihadistes, ont assisté à la prestation de serment dans le Centre international de conférences de Niamey pavoisé aux couleurs verte, blanche et orange du drapeau nigérien.

Partenaire privilégié dans la lutte contre le jihadisme au Sahel, la France était représentée par son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Le Niger est "confronté à l'existence de groupes terroristes dont la barbarie vient de dépasser toutes les bornes" et qui "se livrent à des massacres de civils innocents à grande échelle, commettant à l'occasion de vrais crimes de guerre", a déclaré dans son discours d'investiture M. Bazoum, très proche de son prédécesseur Mahamadou Issoufou.

Il a affirmé que les chefs de ces groupes venaient "d'autres pays. Jamais aucun chef terroriste n'a fait cas de griefs contre notre Etat, encore moins formulé la moindre revendication en sa direction".


Le Niger fait face dans le Sud-Est, frontalier du Nigeria, aux attaques du groupe jihadiste nigérian Boko Haram, et dans sa partie Ouest, proche du Mali, à celles de groupes affiliés à l'Etat islamique (EI) et à Al-Qaïda.

Les attaques contre des civils se sont multipliées depuis le début de l'année: plus de 300 personnes ont été tuées dans trois séries d'attaques contre des villages et des campements de l'ouest du Niger.

La dernière de ces attaques de grande ampleur, le 21 mars dans la région de Tahoua, a fait 141 morts dans trois villages touareg et des campements alentour.

- "Transition historique" -

Concernant le combat contre les groupes jihadistes au Mali, il "sera très difficile aussi longtemps que l'Etat malien n'aura pas exercé la plénitude de sa souveraineté" sur les régions de Gao ou Ménaka (Nord-Est), a jugé M. Bazoum.

"La situation actuelle du Mali a un impact direct sur la sécurité intérieure de notre pays", a-t-il insisté, ajoutant: "C'est pourquoi notre agenda diplomatique sera centré sur le Mali".

Le nouveau chef de l'Etat a promis d'engager "les actions qu'il faut pour mettre rapidement fin aux souffrances des populations" dans les régions frappées par les violences jihadistes.

Le passage de relais entre MM. Issoufou et Bazoum, a été le premier entre deux présidents démocratiquement élus. Saluant en son prédécesseur un "dirigeant exceptionnel", M. Bazoum a relevé qu'il avait "accepté de quitter le pouvoir de bonne grâce".

Le département d'Etat américain a salué dans un communiqué cette "transition du pouvoir historique" comme "une étape significative pour la démocratie au Niger".

M. Bazoum, 61 ans, a été élu à l'issue du second tour de la présidentielle du 21 février avec plus de 55% des voix face à un ancien président, Mahamane Ousmane, qui n'a pas reconnu sa défaite et a appelé à des "manifestations pacifiques".

Dans son discours, le nouveau président s'est déclaré "disposé à un dialogue constructif" avec son rival en vue de parvenir à "un climat politique apaisé".

- "Tentations putschistes" -

La cérémonie d'investiture s'est tenue peu après "une tentative de coup d'Etat", selon le gouvernement.

Dans la nuit de mardi à mercredi, des militaires en armes ont investi le quartier de la résidence et des bureaux de la présidence à Niamey, mais ont été repoussés par la Garde présidentielle après des échanges de tirs, notamment à l'arme lourde.

Cette tentative de putsch "est très révélatrice de l'état d'esprit de certains de nos compatriotes (...) prêts à compromettre l'avenir de notre pays", a estimé Mohamed Bazoum, espérant "la fin des tentations putschistes et insurrectionnelles".

Ce pays sahélien parmi les plus pauvres du monde a connu quatre coups d'Etat depuis l'indépendance en 1960 : le premier en avril 1974 contre le président Hamani Diori, le dernier en février 2010 qui a renversé le président Mamadou Tandja. Sans compter les tentatives de putsch, nombreuses.

Au même titre que la sécurité, Mohamed Bazoum a placé dans son discours l'éducation, en particulier "la scolarisation des jeunes filles", au coeur de ses priorités et promis qu'il se montrerait "implacable" envers la corruption qui gangrène son pays.

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