Avec l'évacuation de Douma, le sort de détenus et militants reste inconnu

Avec l'évacuation de Douma, le sort de détenus et militants reste inconnu
Des bus de combattants du groupe Jaich al-Islam et leurs familles en provenance du bastion rebelle de Douma arrivent au poste de contrôle d'Abu al-Zindeen près de la ville syrienne d'al-Bab, dans le nord du pays, le 12 avril 2018

AFP, publié le vendredi 13 avril 2018 à 12h00

En quittant leur dernier bastion de Douma dans la Ghouta orientale, les rebelles syriens de Jaich al-Islam ont relâché des prisonniers qu'ils détenaient mais plusieurs centaines d'entre eux manquent toujours à l'appel, dont quatre figures emblématiques de la révolte anti-Assad.

Les militants Razan Zeitouné, Waël Hamada, Samira Khalil et Nazem al-Hamadi ont été enlevés en décembre 2013 par des assaillants non identifiés, alors qu'ils se trouvaient dans les bureaux d'une organisation de défense des droits de l'Homme à Douma.

Surnommés depuis les "Quatre de Douma", ils avaient joué un rôle essentiel dans le soulèvement contre le régime de Bachar al-Assad, déclenché en 2011 avec des manifestations pro-démocratie. Ils documentaient également les exactions du groupe Jaich al-Islam dans la ville qui avait été prise en 2012 par les rebelles.

Ces derniers jours, les insurgés ont libéré quelque 200 détenus en vertu d'un accord d'évacuation imposé par le régime et son allié russe. Mais des centaines de prisonniers n'ont toujours pas réapparu. Les "Quatre de Douma" non plus.

"Actuellement, on ne sait pas où ils sont. Et maintenant que Jaich al-Islam a quasiment cédé Douma au régime et qu'on a toujours aucune nouvelle, nous avons encore plus peur", confie le frère de Waël Hamada, Bassel.

Après leur enlèvement, des habitants avaient pointé du doigt Jaich al-Islam qui avait nié toute implication.

"Il y a un sentiment d'impuissance. Nous envoyons des lettres à des pays, des ambassadeurs, des dirigeants, des rois", déplore Bassel Hamada.

- "Jamais les revoir" -

Morts, transférés ailleurs, livrés au régime en échange de prisonniers rebelles: des années durant, différentes rumeurs ont circulé sur le sort des quatre militants.

"Je m'attends à ne jamais les revoir. J'espère être démenti, qu'ils sont encore là et seront libérés. Mais ma raison me dit qu'ils ont été éliminés ou sont avec le régime", ajoute Bassel Hamada.

Des dizaines de milliers de personnes sont portées disparues en Syrie, ravagée par une guerre meurtrière qui oppose de multiples belligérants, tous accusés d'exactions: le régime, mais aussi les rebelles, ou encore les jihadistes du groupe État islamique (EI).

Pour des avocats syriens installés en Allemagne et qui ont suivi l'affaire des "Quatre de Douma", l'espoir est faible.

"Ce que je crains, c'est qu'ils aient été exécutés dès le début", confie le défenseur des droits de l'Homme Michel Shammas.

Un pessimisme partagé par l'avocat Anwar al-Bunni. "Il n'y a aucun espoir que nous entendions parler d'eux, où qu'ils soient".

"Daech (un acronyme en arabe de l'EI) est parti, mais nous n'avons toujours pas de nouvelles concernant le père Paolo", lâche-t-il en guise d'exemple, en référence au père jésuite Paolo Dall'Oglio, enlevé en juillet 2013.

A la faveur d'une offensive sanglante et dévastatrice lancée à la mi-février, mais aussi d'accords d'évacuation, le régime a pu reconquérir la Ghouta orientale.

Les rebelles retranchés à Douma ont été les derniers à plier face au déluge de feu du régime. Ils ont relâché des détenus qui ont pu retrouver leurs familles.

- "Espoirs envolés" -

Les rebelles avaient kidnappé des centaines de civils et de soldats en prenant en décembre 2013 la cité ouvrière d'Adra, au nord-est de Damas, qu'ils ont ensuite emmenés dans la Ghouta orientale.

M. Assad a rencontré des familles de disparus pour les assurer de son soutien. "Nous n'abandonnerons aucune des personnes disparues ou kidnappées. Si l'une d'entre elle est vivante, nous la libèrerons, quel que soit le prix".

Les associations de défense des droits de l'Homme ne cessent d'appeler à la libération de tous les détenus, y compris les "Quatre de Douma".

Interrogés par l'AFP, Amnesty International, le Comité international de la Croix-Rouge et Human Rights Watch (HRW) ont indiqué n'avoir aucune information sur les quatre disparus.

Selon Sara Kayyali, de HRW, leur sort n'a pas été évoqué lors des négociations concernant l'évacuation de Douma.

"Le fait que leur cas n'ait pas été évoqué durant ces discussions" ravive "des inquiétudes plus larges sur l'efficacité de ces accords incluant l'échange de détenus, pour résoudre la question récurrente des prisonniers en Syrie", souligne-t-elle.

Plusieurs ONG, dont le Centre de documentation des violations, où travaillaient les quatre militants au moment de leur rapt, ont lancé un appel commun la semaine dernière pour toute information, tout comme le mari de l'une des disparus, Samira Khalil.

"J'aurais préféré une dissolution de Jaich al-Islam, qui aurait débouché sur sa libération et celle de Razan, Waël et Nazem", a écrit Yassin al-Haj Saleh. "Mais ces espoirs se sont envolés".

Le service de gestion de commentaires évolue.

A compter du 29 mars, le Journal de Réactions et la publication de commentaires seront temporairement fermés.

Les discussions autour des sujets qui vous tiennent à cœur resteront prochainement possibles au travers d’un tout nouveau service vous permettant de réagir.