Avec l'accumulation de vidéos incriminantes, la pression monte sur la police aux Etats-Unis

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Des manifestants tiennent des bougies et brandissent des pancartes devant le commissariat de Brooklyn Center, dans la banlieue de Minneapolis (Etats-Unis), le 15 avril 2021
Des manifestants tiennent des bougies et brandissent des pancartes devant le commissariat de Brooklyn Center, dans la banlieue de Minneapolis (Etats-Unis), le 15 avril 2021
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© AFP, Kerem Yucel
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publié le vendredi 16 avril 2021 à 20h46

Toujours plus d'images effroyables, toujours plus de personnes tuées par des policiers, et un procès pour meurtre qui touche à sa fin - aux Etats-Unis la confiance de la population envers les forces de l'ordre n'a peut-être jamais été à un niveau aussi bas.

L'accumulation récente de vidéos montrant des abus de policiers a ainsi enflammé le débat sur le rôle de la police à travers le pays.

"Je suis un homme noir, et je sais de ma propre expérience que les policiers n'ont pas une attitude professionnelle, et la manière dont ils sont dirigés n'est pas correcte", affirme Darnell Squire, 46 ans, qui vend des t-shirts et des casquettes de baseball dans la rue d'une banlieue de Minneapolis.

C'est dans cette grande métropole du nord des Etats-Unis que se déroule actuellement le procès de Derek Chauvin, ex-policier blanc accusé du meurtre de George Floyd l'an dernier.

"Ils ne sont pas là pour protéger les habitants, ou pour donner un sentiment de sécurité aux gens, qu'importe ce qu'ils disent... Ça a été clair pour moi depuis que je suis enfant", souligne M. Squire.

"Je ne fais pas confiance aux promesses du gouvernement comme quoi les choses vont changer, et je ne fais pas confiance au système ou aux tribunaux", ajoute-t-il.

Au procès de Derek Chauvin, le réquisitoire et la plaidoirie sont attendus en début de semaine prochaine, avant que le jury ne délibère et ne sorte de son huis-clos avec un verdict.

Tandis que les images du policier agenouillé sur le cou de George Floyd tournaient ad nauseam dans la salle du tribunal de Minneapolis, la multiplication de nouveaux exemples de morts causés par la police à travers les Etats-Unis a attisé la colère et fait descendre des milliers de personnes dans les rues.

A Brooklyn Center, dans la banlieue même de Minneapolis, Daunte Wright, un jeune homme noir, est mort après qu'une policière lui a tiré dessus, affirmant avoir confondu son pistolet avec son Taser. Sa mort a été documentée par les images de caméra-piéton de la policière.

A Chicago, la police a rendu publique jeudi les images choquantes d'un policier tirant sur Adam Toledo, 13 ans. L'adolescent a été tué dans une allée sombre le mois dernier, un policier le soupçonnant d'avoir laissé tomber un pistolet juste avant le drame.

- "Un long combat" -

"Je ressentirai la même chose, même si Chauvin est reconnu coupable - c'est un long combat", affirme Selena McKnight, une militante de 46 ans à Minneapolis qui participe régulièrement aux manifestations contre les manquements de la police.

"Le procès (de Derek Chauvin) ne représente qu'une seule affaire, et cette bataille n'est pas terminée tant que la justice n'est pas rendue partout", ajoute-t-elle.

Certains mettent en avant le contraste entre les affaires Floyd, Wright, et tant d'autres, et celles de policiers devant faire face à  des hommes blancs agressifs.

Mercredi dans une autre ville proche de Minneapolis, un policier a été attaqué avec un marteau et traîné à haute-vitesse par une voiture que conduisait un homme blanc de 61 ans, accusé d'avoir attaqué les employés d'un magasin qui lui demandaient de porter un masque contre le Covid-19.

Aucun coup de feu n'a été tiré, et l'homme a par la suite été arrêté.

"Est-ce qu'on lui a tiré dessus? Non, bien sûr que non. Ça vous montre tout ce que vous avez à savoir sur les préjugés de la police", selon Selena McKnight.

"On peut penser que toutes ces images vidéo peuvent faire la différence, mais ça montre simplement ce que nous savons qu'il se passe depuis longtemps", ajoute-t-elle.

Au moment où le verdict approche dans le procès de Derek Chauvin, les Etats-Unis se préparent à des manifestations potentiellement violentes en cas d'acquittement.

Le centre-ville de Minneapolis, déserté, a vu se multiplier les panneaux en bois pour protéger les commerces, tandis que des troupes de la Garde nationale patrouillent dans des véhicules blindés. 

"J'ai peur de la police, pas du Covid-19", lance Tesfaye Habte, un habitant de Minneapolis né en Ethiopie, qui estime que la situation a empiré ces dernières années.

"L'Amérique c'est la démocratie, la Constitution, et la liberté d'expression, mais la police est très agressive et inhumaine. Je suis ce procès de près, et je suis inquiet", affirme-t-il.

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