Magdalena Andersson, première femme à gouverner - très brièvement - la Suède

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L'ex-Première ministre suédoise Magdalena Andersson tient une conférence de presse au Parlement suédois à Stockholm, le 24 novembre 2021
L'ex-Première ministre suédoise Magdalena Andersson tient une conférence de presse au Parlement suédois à Stockholm, le 24 novembre 2021
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© AFP, Pontus LUNDAHL, TT NEWS AGENCY

publié le mercredi 24 novembre 2021 à 22h52

Elue mercredi première femme Premier ministre de Suède, la sociale-démocrate Magdalena Andersson, 54 ans, malgré sa réputation de "bulldozer", a été contrainte à la démission après moins de huit heures, sa coalition gouvernementale s'étant délitée.

"Il y a une pratique constitutionnelle voulant qu'un gouvernement de coalition démissionne lorsqu'un parti le quitte. Je ne veux pas diriger un gouvernement dont la légitimité est remise en cause", a-t-elle déclaré, après le départ de ses alliés écologistes du gouvernement.

Héritière du Premier ministre démissionnaire Stefan Löfven, dont elle fut la ministre des Finances pendant sept ans, cette diplômée de la plus grande école de commerce de Suède, qui se définit comme une "femme sympa et travailleuse" aimant décider, a tenu les commandes moins d'une journée.

Politiquement, elle a une réputation de femme à poigne, au ton direct, qui déstabilise souvent dans une Suède policée, soulignent les experts.

"Des gens ont même dit qu'ils avaient peur d'elle, ce qui est assez drôle quand cela vient de professeurs d'économie ou de politologues d'élite", avance Anders Lindberg, chef du service politique du quotidien Aftonbladet, proche des sociaux-démocrates.

La télévision publique SVT avait récemment intitulé "Le bulldozer" une émission à son sujet.

- "Frugaux" -

Son slogan? "La Suède peut mieux faire".

A Bruxelles, cette "radine" autoproclamée porte la ligne suédoise de modération budgétaire jusqu'à former l'an dernier avec l'Autriche, les Pays-Bas et le Danemark le petit club des "frugaux" opposés à un trop grand plan de relance européen.


"Elle a une façon d'argumenter qui rappelle un peu (la chancelière allemande) Angela Merkel: ce qu'elle veut dire n'est pas toujours complètement clair, mais elle finit par l'emporter (...) car elle maîtrise tous les détails", dépeint Anders Lindberg.

Jamais une femme n'avait été élue par le Parlement cheffe de gouvernement, dans une Suède pourtant championne de l'égalité des genres.

Elue après plusieurs jours de négociations délicates, elle a été la victime d'un douloureux jeu de domino politique.

Mardi soir, elle s'était assuré in extremis les soutiens nécessaires pour arriver au pouvoir, grâce à un accord de dernière heure avec le parti de Gauche. Mais un autre parti clé, le parti du Centre, mécontent des concessions faites à l'aile gauche, lui a retiré son soutien pour le budget.

Conséquence: le même Parlement qui l'avait élue le matin a rejeté son budget l'après-midi et adopté celui de l'opposition de droite, préparé pour la première fois avec l'extrême droite des Démocrates de Suède (SD).

Mme Andersson a dit pouvoir s'en accomoder. Mais son allié écologiste, jugeant inacceptable de gouverner avec un budget portant le sceau de l'extrême droite, a claqué la porte.

- "Bon petit soldat" -

Au soir de ce règne avorté, Mme Andersson a dit espérer être réélue à son poste lors d'un vote ultérieur, avec un gouvernement cette fois 100% social-démocrate, alors que son parti, usé par le pouvoir, est au plus bas dans les sondages et que l'extrême droite, qui grimpe depuis une décennie, se dit prête à gouverner.

Proche de son précédesseur, Magdalena Andersson a un parcours singulièrement différent. "Elle aime bien se présenter aujourd'hui comme un bon petit soldat qui a organisé les pauses café et beurré les sandwiches aux réunions de parti. Mais elle vient d'une élite intellectuelle", résume Jonas Hinnfors, professeur de sciences politiques à l'Université de Göteborg.

Née à Uppsala, capitale académique de Suède, cette fille unique d'un universitaire et d'une enseignante s'illustre d'abord dans les bassins, où elle se fait remarquer par sa détermination et finit championne de Suède junior de natation.

En parallèle de brillantes études - la "Handels" de Stockholm, équivalent suédois de HEC, complétée par un passage à Harvard (Etats-Unis) -, elle plonge dans le militantisme social-démocrate. Membre de la branche jeunesse depuis ses 16 ans, elle devient collaboratrice du Premier ministre Göran Persson en 1996 et alterne les postes de haut fonctionnaire et au sein du parti.

"C'est quelqu'un (...) qui vient de l'intérieur du système", selon Anders Lindberg.

Sous son style BCBG, la quinquagénaire, mariée à un professeur de "Handels" et mère de deux enfants, recèle quelques surprises. A l'image de sa chanson préférée: "B.Y.O.B" du groupe de heavy metal System of a Down.

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