Au Yémen, des déplacés fuient de nouveau avec l'escalade du conflit à Marib

Chargement en cours
Des enfants yéménites dans le camp de déplacés de Jaw al-Nassim, dans la province de Marib, le 18 février 2021
Des enfants yéménites dans le camp de déplacés de Jaw al-Nassim, dans la province de Marib, le 18 février 2021
1/6
© AFP, Nabil ALAWZARI

, publié le mercredi 24 février 2021 à 09h58

Entre échanges de tirs et raids ariens, Mahfouz Ahmed et sa famille ont dû fuir de nouveau et quitter un camp de déplacés à Marib, dans le nord du Yémen, où les rebelles Houthis ont repris leur offensive contre les forces loyalistes.

Plus de quatre ans après avoir échappé aux combat à Taëz, dans le sud du pays, la famille a dû quitter la semaine dernière le camp d'Al-Zour, situé à 30 kilomètres de Marib. Ils ont trouvé refuge à Jaw al-Nassim, un autre camp proche de la ville. 

"Nous étions environ 600 familles à Al-Zour, nous sommes maintenant dispersés", raconte Mahfouz Ahmed à l'AFP, assis dans une tente qu'il partage avec dix personnes. 

"Certains sont allés vivre avec des parents. Il y a plusieurs familles dans chaque tente ici, parfois jusqu'à sept", ajoute-t-il en montrant les abris de fortune qui l'entourent.

Soutenus par l'Iran, les rebelles tentent depuis un an d'arracher ce dernier bastion loyaliste du Nord aux forces du gouvernement, appuyées par l'aviation saoudienne.

Marib est située à environ 120 kilomètres à l'est de la capitale Sanaa, contrôlée par les rebelles depuis 2014.

Cette ville riche en pétrole avait été relativement épargnée par la guerre mais les Houthis ont lancé début février une nouvelle offensive, ayant fait des dizaines de morts dans les deux camps et forcé des centaines de familles à fuir.

La femme de Mahfouz Ahmed, Houria, craint surtout pour l'éducation de leurs enfants.

"Ils ont quitté l'école. Ça allait avant, ils étudiaient, mais ici nous n'avons pas trouvé d'école ni d'enseignants. Nous ne savons pas quoi faire", confie-t-elle à l'AFP.

- "Deux familles, une tente" -

"Nous sommes deux familles dans une tente, avec la salle de bain et la cuisine à l'intérieur", ajoute-t-elle, à côté de deux fillettes assises sur le sol pour regarder des dessins animés.

Marib a longtemps été un refuge pour les déplacés installés dans les 140 camps que compte le gouvernorat éponyme. Le conflit, qui a plongé le pays dans la pire crise humanitaire au monde selon l'ONU, a fait plus de 3,3 millions de déplacés.

La semaine dernière, l'émissaire de l'ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a appelé les rebelles à "cesser" leur offensive.

"Elle met en danger des millions de civils, en particulier avec les combats qui atteignent les camps de personnes déplacées", a-t-il déclaré lors d'une visioconférence du Conseil de sécurité consacrée au Yémen.

Après six ans d'un conflit qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes, le Yémen subit l'effondrement de son système de santé, de son économie ou encore de secteurs comme l'éducation. 

La famine et les épidémies de choléra menacent constamment la population, en particulier dans les camps. 

A Jaw al-Nassim, les familles commencent à s'installer, avec la peur d'une prolongation des combats, le camp n'étant pas équipé pour subvenir à leurs besoins les plus élémentaires, selon les déplacés et les organisations humanitaires.

"La situation est terrible. La plupart des familles ont un besoin urgent d'abris, de produits non alimentaires, d'accès à l'eau potable et aux services de santé ainsi que d'aide alimentaire", explique à l'AFP la porte-parole de l'Organisation internationale des migrations pour le Yémen, Olivia Headon.

Selon elle, 1.048 familles ont été déplacées de la seule région de Serwah, près de Marib, depuis le début de l'offensive.

Fuir n'est pas nouveau pour Ali al-Tohami. Il a d'abord quitté Hodeida (ouest), pour se rendre à Dhamar (centre), avant de finalement se retrouver à Marib.

"Mes enfants sont tombés malades à cause du froid. Nous n'avons pas de couvertures ou de réservoirs d'eau. Même les toilettes ne sont pas accessibles. On n'en peut plus", confie-t-il à l'AFP.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.