Au Venezuela, un "attentat" et de nombreuses questions

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Capture d'image de la télévision vénézuélienne montrant des militaires rompant les rangs dans un mouvement de panique, lors d'une tentative d'attentat contre le président vénézuélien Nicolas Maduro, le 4 août 2018 à Caracas
Capture d'image de la télévision vénézuélienne montrant des militaires rompant les rangs dans un mouvement de panique, lors d'une tentative d'attentat contre le président vénézuélien Nicolas Maduro, le 4 août 2018 à Caracas
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© AFP, HO, Télévision vénézuélienne

AFP, publié le mardi 07 août 2018 à 08h05

Véritable tentative d'assassinat? Opération destinée à montrer la vulnérabilité de Nicolas Maduro? Montage du camp au pouvoir? Les interrogations se multiplient après l'"attentat" commis avec des drones chargés d'explosif dont le président vénézuélien dit avoir été la cible. 

- Surprise ou pas? -

Le gouvernement socialiste vénézuélien, soutenu par le parquet général, assure que l'incident de samedi, durant lequel deux drones, chargés chacun d'un kilo de C4, un puissant explosif militaire, auraient explosé à proximité de la tribune présidentielle lors d'une cérémonie militaire, était un "attentat" ciblant le chef de l'Etat.

Certains analystes estiment que ces événements ont pris de court Nicolas Maduro et les militaires qui défilaient.

Sur les images de la télévision publique VTV, on peut voir comment, après une des explosions, des centaines de soldats parfaitement alignés au garde à vous rompent subitement les rangs et partent en courant dans la plus grande confusion.

"Le gouvernement pourrait avoir simulé un attentat pour justifier la répression, mais les militaires ont été vus en train de courir. Ce ne serait pas l'effet recherché", explique à l'AFP Carlos Delgado, directeur du centre de recherche sur la communication à l'université catholique Andrés Bello.

- Opportunisme du gouvernement? -

D'autres analystes jugent au contraire qu'il n'y a pas eu d'"attentat", mais une réaction du gouvernement face à une situation de crise. 

Fernando Ochoa Antich, ex-ministre de la Défense, assure avoir reçu des informations selon lesquelles il y aurait eu une explosion dans un appartement à proximité du défilé militaire, prenant par surprise le président et les siens.

"Tandis que cette explosion avait lieu, il y avait un drone de VTV qui filmait l'événement. Ce dernier a été visé par des tirs après la déflagration. Le bruit a alerté les francs-tireurs", a déclaré M. Ochoa à l'AFP.

Jorge Septien, expert en sécurité internationale et terrorisme, a déclaré lundi à CNN en espagnol qu'il était "prévisible" que la sécurité de M. Maduro fasse exploser le drone "avant qu'il ne parvienne à sa destination". 

"Les caméras ont filmé les militaires en train de courir et les gardes du corps en train de protéger Maduro (avec des boucliers pare-balles). Pour le gouvernement, cette image est terrible et il doit utiliser la thèse de l'attentat", fait valoir M. Ochoa.

"J'ai pu observer comment le drone qui filmait la cérémonie a explosé", a déclaré samedi soir le procureur général Tarek William Saab sur CNN en espagnol, contredisant le ministre de l'Intérieur Nestor Reverol, qui a affirmé que les deux engins étaient pilotés par des "terroristes".

- Le gouvernement vulnérable? -

Autre hypothèse: cette attaque supposée cherchait à montrer la vulnérabilité du président et des militaires qui l'entouraient.

"On dirait que cette action a été conçue non pas pour tuer, mais pour galvaniser la +rébellion+ (...) Si c'est le cas, elle a réussi à montrer la vulnérabilité du gouvernement", a déclaré à l'AFP une source politique sous couvert d'anonymat. 

Un mystérieux groupe rebelle, baptisé "Mouvement national des soldats en chemise", jusque là inconnu, a revendiqué l'action dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux.

- Un montage du pouvoir? -

D'autres enfin voient plutôt dans l'incident de samedi un "montage" du pouvoir pour détourner l'attention de la crise que traverse le pays. 

"Il n'y a pas eu d'attentat. La situation économique est en train d'échapper au gouvernement, ils ont recours à cette histoire pour détourner l'attention", croit savoir l'ancien sénateur et militaire à la retraite Carlos Guyon, qui souligne la ressemblance avec Cuba, où Fidel Castro "dénonçait en permanence des attentats".

M. Guyon assure que si un kilo d'explosif C4 avait explosé près de la tribune présidentielle "il y aurait eu de nombreux morts".

"Si le gouvernement pensait jouer les martyrs, le résultat est très mauvais: ce qu'on voit c'est un groupe très craintif", a estimé M. Septien.

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