Au Venezuela, on prie "Saint Hugo Chavez" pour l'avenir de Maduro et la révolution

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Le portrait d'Hugo Chavez peint sur un mur à Caracas, le 29 janvier 2019
Le portrait d'Hugo Chavez peint sur un mur à Caracas, le 29 janvier 2019
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© AFP, Juan BARRETO

AFP, publié le lundi 04 février 2019 à 20h29

Teresa est formelle, elle l'a lu dans les coquillages: Maduro va rester au pouvoir. Comme cette prêtresse qui pratique la santeria, rite religieux afro-cubain, des Vénézuéliens vouent un culte à "Saint Hugo Chavez", le défunt dirigeant socialiste vénézuélien. 

"Ils ont mis en place un président parallèle, mais ça ne va pas marcher", assure Teresa Anzola, 65 ans, en référence à l'opposant Juan Guaido, président du Parlement, qui s'est déclaré président par intérim face au chef de l'Etat en place, Nicolas Maduro. 

Vingt ans après l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez (1999-2013), le Venezuela se débat avec la pire crise politique et économique de son histoire récente, entre hyperinflation et graves pénuries. Mais Teresa a foi en son "grand prêtre" comme elle appelle l'ex-président. 

"(Maduro) a Chavez en lui.... Il ne va pas tomber, il va continuer le chemin, tout ce qu'a fait Chavez, il va le poursuivre", dit-elle, en regardant des portraits du dirigeant socialiste.

Selon cette mère de cinq enfants, de nombreux prêtres de la santeria voient en Chavez un envoyé des "esprits" pour aider les pauvres comme elle. Après avoir perdu sa maison dévastée par les pluies, elle a reçu un logement du gouvernement. 

La Santeria est un rite aux racines africaines, subtil mélange de christianisme et de rites afro-cubains importés par les esclaves à l'époque coloniale dans les Caraïbes, et notamment à Cuba, allié principal du gouvernement de Nicolas Maduro.

La ferveur de Teresa, silhouette menue et cheveux courts teints en blond, a commencé bien avant la mort d'Hugo Chavez. Elle l'a rencontré à l'occasion d'une visite qu'il faisait à l'hôpital de Caracas où elle travaillait. 

"Les deux fois, je me suis évanouie en pleurant, je sentais que je voyais quelqu'un de supérieur, son énergie me dominait", raconte-t-elle avec émotion. 

- "Commandant éternel" -

La mort de l'ancien président, le 5 mars 2013, a renforcé le culte qui s'était forgé depuis son accession à la présidence le 2 février 1999.

Son corps repose dans un mausolée au sein d'une caserne militaire, dans le quartier 23 Janvier, un bastion chaviste dans l'ouest de la capitale. Une chapelle y a été improvisée où ses partisans viennent le vénérer. 

L'armée, qui soutient le gouvernement, a renforcé le mysticisme autour de l'ancien président en le proclamant "commandant suprême", au-dessus du commandant en chef Maduro. 

Cette vénération a surgi au moment même où sont apparues les faiblesses de son successeur comme commandant en chef, explique à l'AFP Rocio San Miguel, spécialiste des questions militaires. "De cette façon, la loyauté et la subordination sont manipulées", estime-t-il. 

D'immenses portraits d'Hugo Chavez sont visibles dans les aéroports, sur les bâtiments et avenues.

La phrase "Ici on ne dit pas du mal de Chavez" a été accrochée dans toutes les administrations. L'hymne national interprété par l'ex-président précède toutes les cérémonies chavistes. 

- Les coquillages se contredisent -

Dans une enceinte imprégnée de fumée de tabac et pleine d'images de saints, le "Frère Guayanés" porte un béret rouge semblable à celui porté par le chef révolutionnaire.

"Pour beaucoup de Vénézuéliens, Chavez est devenu une entité spirituelle et on lui demande des choses", raconte le prêtre de 54 ans.

Teresa lance une poignée de coquillage pour consulter les oracles sur le futur de la révolution, selon une pratique de la santeria. 

"J'interroge Chavez à travers les coquillages, ils me disent qu'on doit être patients, parce que cette révolution ne va pas s'arrêter", affirme-t-elle. 

Elle minimise les massives mobilisations en faveur de Guaido, reconnu par les Etats-Unis, plusieurs pays d'Amérique latine et d'Europe. "Un chien qui aboie ne mord pas", devise-t-elle. 

Mais dans un autre quartier de la capitale, la favela de Petare, Raquel, 70 ans, interroge également les coquillages et obtient un réponse différente : "Maduro va partir", assure-t-elle. 

Les catholiques, comme Alix Chinchilla, dont le fils fait partie des 2,3 millions de Vénézuéliens qui ont fui le pays depuis 2015 en raison de la crise économique, s'accroche aussi à sa foi. 

"Dieu nous a donné cette petite lumière, ce garçon (Guaido) est sorti de nulle part, comme s'il était tombé du ciel", dit-elle.

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