Au Pays basque, l'attente tendue de la dissolution à venir de l'ETA

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 Un graffiti représentant le symbole de l'ETA sur un mur de Bermeo, au Pays basque espagnol, en mars 2017

Un graffiti représentant le symbole de l'ETA sur un mur de Bermeo, au Pays basque espagnol, en mars 2017

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© AFP, ANDER GILLENEA

AFP, publié le samedi 07 avril 2018 à 16h48

Un an après son désarmement, la dissolution à venir de l'ETA entraîne paradoxalement des tensions au Pays basque où les proches de prisonniers évoquent déjà leur "réintégration" nécessaire et les victimes craignent un "show médiatique" douloureux de l'organisation séparatiste.

La dissolution se produira "avant l'été", voire dès le mois de mai selon une source proche du dossier, qui assure que l'ETA cherche des parrains internationaux pour marquer l'événement.

Elle est le fruit d'un débat au sein de l'ancien groupe armé créé en 1959 en pleine dictature de Francisco Franco, et à laquelle on attribue 829 morts, des enlèvements, des rackets, des milliers de blessés au nom de son combat indépendantiste. 

En 2011 l'ETA a renoncé à la violence. Il y a un an, le 8 avril 2017, elle a déposé les armes en remettant la liste de ses caches à la justice française.

La société basque s'est globalement apaisée. 

Mais la région de 2,2 millions d'habitants vit aussi en ces moments, "tous les dix jours", une sortie de prison d'anciens membres de l'ETA, de plus en plus nombreux à avoir purgé leur peine, explique Agus Hernan, dirigeant de l'association Foro social, en lien avec les proches de prisonniers.

Cela pose au quotidien le débat sur l'après-ETA.

Car une scène se répète régulièrement depuis des mois: un ancien de l'organisation est libéré et il est reçu dans son quartier avec la traditionnelle cérémonie de bienvenue basque, composée de chants et de danses.

Pour les proches des prisonniers -- qui rappellent qu'il y a aussi eu des violences contre les militants indépendantistes impliquant exécutions et tortures -- ce sont des "cérémonies normales" d'accueil de personnes jusque-là incarcérées dans des prisons très lointaines.

"On remet des bouquets de fleurs... à ceux qui ont assassiné ou aidé les assassins", s'insurge Maite Pagazaurtundia, députée européenne (UpyD, centre-droite) dont le frère policier avait été tué par l'ETA en 2003 à Andoain. 

En février, deux complices présumés de l'assassinat de son frère y ont été reçus avec un hommage similaire. Une insulte aux morts, selon les associations de victimes.

- Débat profond -

Agus Hernan, qui prône la réconciliation, admet que ces cérémonies peuvent déboucher sur une "re-victimisation" et devraient se faire plus discrètes.

Mais son association insiste aussi sur la nécessaire "réintégration", politique, économique et sociale des détenus.

Elle compare l'étape actuelle au classique processus onusien de "désarmement, démobilisation, réintégration" (DDR), des groupes armés, comme pour la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie).

Une expression inenvisageable pour les conservateurs au pouvoir en Espagne, qui martèlent qu'il n'y a pas eu au Pays basque "un conflit" entre deux parties mais seulement du "terrorisme". 

"Les termes, +démobilisation+ ou +dissolution+, nous importent peu, ce qui compte c'est qu'il soit clair que ce jour-là (jour de la dissolution, ndlr), l'ETA aura disparu", déclare pour sa part à l'AFP Jonan Fernandez, Secrétaire pour les droits de l'homme et la coexistence du gouvernement basque, dirigé par le Parti nationaliste basque (PNV, conservateur). 

Selon Agus Hernan, l'ETA compte environ 300 membres emprisonnés en France, en Espagne et au Portugal, 85 à 100 en fuite et une douzaine de personnes "expulsées par la France, sans papiers, vers l'Afrique ou l'Amérique latine". Plus un nombre indéterminé de clandestins.

Le volet "réintégration", passe selon lui en premier lieu par le rapprochement des détenus dans des prisons moins éloignées et certaines libérations conditionnelles. 

Les associations de victimes craignent elles que la dissolution s'accompagne de mises en scène qu'elles jugent humiliantes. 

"Surtout pas de show médiatique, par respect pour les victimes", plaide Maite Pagazaurtundia.

Elles exigent aussi que l'ETA "condamne l'histoire de la terreur", et livre les informations sur les crimes non résolus.

Un débat profond accompagne ces tensions autour de ce qui devra rester dans les livres d'histoire sur les années de violence.

"Il n'y a pas d'alternatives en termes de récit... les assassins sont ceux qui assassinent", a déclaré le ministre de l'Intérieur, Juan Ignacio Zoido début avril.

La gauche "abertzale" (indépendantiste), deuxième force politique basque, estime elle qu'il peut y avoir "plusieurs" visions, selon qui raconte cette histoire. 

De plus en plus de Basques (45%) seraient dans tous les cas favorables à des mesures de réinsertion sociale pour les anciens auteurs d'attentats qui regretteraient publiquement leurs actes, selon le baromètre Eukalbarometro. 

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