Au Népal, Maggie Doyne aide des enfants à trouver le chemin de l'école

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L'Américaine Maggie Doyne (dans la voiture) discute avec des enfants à Surkhet (Népal), le 10 septembre 2019
L'Américaine Maggie Doyne (dans la voiture) discute avec des enfants à Surkhet (Népal), le 10 septembre 2019
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© AFP, PRAKASH MATHEMA

, publié le mardi 06 octobre 2020 à 10h14

Maggie Doyne se souvient très bien de sa rencontre avec Hima, qui cassait des cailloux à six ans parmi d'autres enfants dans le lit d'une rivière à sec: la fillette est devenue la première des dizaines d'enfants au Népal qu'elle a aidés à aller à l'école.

Aujourd'hui, la Kopila Valley Children's Home, un foyer ouvert par Maggie en 2008 dans le district de Surkhet, à quelque 600 km à l'ouest de Katmandou, accueille 54 enfants, dont certains sont orphelins. L'école, lancée en 2010, a 450 élèves. A l'instar de Hima, ils n'avaient sinon guère de chances d'être scolarisés.

"Eduquer les enfants, c'est le seul moyen de vraiment mettre fin aux cycles de pauvreté et de violence", explique à l'AFP la jeune femme née aux Etats-Unis voilà 33 ans. Juste après le lycée, elle a découvert le Népal et décidé d'y rester.

La petite structure en bambou des débuts est aujourd'hui un complexe scolaire de 1,2 hectare, doté d'un terrain de sports et même d'une ferme.

Les élèves, choisis parmi les plus pauvres, vont à l'école gratuitement avec des repas chauds chaque jour. Au Népal, deux tiers à peine des habitants savent lire et écrire et seulement 57,4% des femmes, selon les derniers chiffres officiels.

"Vous feriez n'importe quoi pour donner à votre enfant la meilleure éducation, et ce n'est pas parce que ces enfants n'ont personne pour les défendre et qu'ils sont victimes de la pauvreté qu'ils ne méritent pas pareil", observe Maggie. "Ce que vous voyez là, c'est un endroit où vous voudriez que votre enfant aille".

- Fermée pour coronavirus -

Le coronavirus est venu compliquer les choses. En mars, alors qu'elle fêtait ses 10 ans, l'école a dû temporairement fermer à cause du confinement. Maggie est restée pour garder les élèves en sécurité, son mari et leur fille de deux ans ont été évacués au Canada.

Elle s'est retrouvée à coordonner de l'aide pour des milliers de familles de migrants népalais démunis revenant d'Inde. "Il n'y avait pas de transports, pas d'eau ni de nourriture, et personne ne pouvait rien acheter à cause du Covid".

Elle réclame de l'aide sur les réseaux sociaux et fournit en un mois avec son équipe  de l'eau, des repas chauds et des kits d'urgence à 35.000 migrants.

A présent, elle veut redoubler d'efforts pour l'éducation au Népal, où la pandémie a fermé nombre d'écoles et poussé davantage de familles dans la pauvreté.

Maggie a reçu en 2014 du dalaï lama un prix créé par une fondation américaine pour les "héros méconnus de la compassion". L'année suivante, elle a été choisie comme héroïne de l'année par la télévision américaine CNN.

Elle a découvert le Népal, où la guerre civile venait de s'achever, en 2007 après du bénévolat dans un orphelinat en Inde.

- "Acteurs du changement" -

C'est alors qu'elle rencontre Hima et d'autres enfants obligés à travailler dur. "Je voulais m'installer ici. Je sentais que faire quelque chose et essayer que ça s'arrange serait plus facile que de rentrer".

A 19 ans, plutôt que d'aller à l'université, elle décide d'aider des enfants à aller à l'école. Elle réunit toutes ses économies - 5.000 dollars -et ouvre, avec le cofondateur népalais Top Bahadur Malla, la Kopila Valley Children's Home, puis l'école.

Sa fondation BlinkNow finance des initiatives sociales, dont un centre de formation pour les femmes et une clinique.

Elle a subi des critiques, comme celles du groupe No White Saviors, basé en Ouganda, qui s'est publiquement demandé en 2018 si une jeune femme non diplômée et d'une autre culture était la mieux placée pour aider des enfants népalais.

Une première génération d'élèves a déjà achevé ses études et certains reviennent travailler dans l'école, comme intendant, professeur adjoint ou comptable.

Elle s'imagine "à l'avenir voir cet endroit dirigé par les enfants eux-mêmes" et "les voir tous devenir des acteurs du changement".

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