Au Mexique, la peur du Covid-19 avant la rentrée scolaire

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Paola, 12 ans, joue du violon chez elle à Veracruz, le 23 août 2021, après la mort de son père emporté par le Covid-19
Paola, 12 ans, joue du violon chez elle à Veracruz, le 23 août 2021, après la mort de son père emporté par le Covid-19
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© AFP, VICTORIA RAZO

publié le jeudi 26 août 2021 à 15h20

A quelques jours de la rentrée scolaire au Mexique, Andrea Montero, mère de trois enfants ébranlés par la mort brutale de leur père contaminé au covid-19, est formelle : sa progéniture n'ira pas à l'école.

"S'ils ne sortent pas pour participer à des fêtes ou aller dans des magasins, je ne vais pas les exposer au risque d'être contaminés à l'école", affirme Andrea, qui porte depuis juin 2020 le deuil de son mari César Fernández, 38 ans, ouvrier sur une plateforme pétrolière.

Les enfants de Mme Montero, qui vit à Veracruz (est), font partie des 131.325 enfants qui, selon la revue britannique The Lancet, ont perdu leur mère, leur père ou les deux à cause de la pandémie au Mexique, soit le nombre le plus élevé parmi les 21 pays analysés de mars 2020 à avril 2021.

Selon les estimations de cette publication scientifique, ce chiffre dépasserait même les 200.000 si l'on prend en compte les décès de grands-parents qui font parfois office de père et mère.

Des chiffres présentés au Sénat en avril font pour leur part état d'environ 195.000 enfants laissés orphelins par le covid au Mexique. 

Le chagrin et la peur d'être contaminé font du retour à l'école un défi pour des familles comme les Fernández Monteros, malgré l'appel du président Andrés Manuel López Obrador à retourner en classe le 30 août "qu'il pleuve ou qu'il vente".

Le président estime que l'absence prolongée d'école - qui a commencé en mars 2020 - a affecté les enfants physiquement, psychologiquement et émotionnellement, rendant préférable un retour en classe, même si la pandémie ne faiblit pas.

Selon les statistiques gouvernementales, la probabilité qu'un enfant de moins de 18 ans tombe gravement malade à cause du covid-19 est de 0,004%.

- "Papa vit sur la lune" -

Deux mois avant la mort de son père, en juin 2020, Paola, 12 ans, avait reçu un violon en cadeau. 

La musique est désormais le refuge qui l'aide à apaiser sa tristesse. 

"Elle gère son chagrin d'une manière différente, elle se concentre davantage sur la pratique de son instrument et a réussi à beaucoup progresser", explique Andrea Montero.

À la douleur s'ajoutent les difficultés économiques qui l'obligent à partager son temps entre la garde de ses autres enfants - César André, 5 ans, et Cédric, 2 ans - et son emploi.

"Cédric dit que son père vit sur la lune. Un jour, alors qu'il y avait un quartier décroissant, le garçon a pleuré parce qu'il disait que la lune s'était brisée", se souvient-elle.

Un drame similaire a été vécu par les trois enfants de Raúl Castillo, un employé public de l'État de Mexico (centre), décédé en janvier à l'âge de 45 ans.

Cynthia, Uriel et Julio, âgés respectivement de 12, 14 et 20 ans, n'ont jamais su que leur père était diabétique car, pour une raison inconnue, il avait décidé de le cacher à sa famille.

"La pandémie est venue l'achever car il était déjà en mauvaise santé", raconte en larmes María Elena Jiménez, sa veuve.

- Dépression et anxiété -

Andrea Montero dit avoir perçu une sorte d'indifférence de la part des enseignants de Paola et César après la mort de leur père.

Elle a donc décidé de leur faire suivre des cours virtuels.

"Les familles ont perdu leurs repères. Certains orphelins ne voulaient même pas regarder les programmes de télévision et passaient toute la journée en pyjama", explique Fernando Ruiz, un enseignant de 31 ans à Mexico.

La fermeture des salles de classe au Mexique a ainsi affecté quelque 37 millions d'élèves depuis mars 2020, date à laquelle le virus a commencé à se propager dans le pays, selon les chiffres de l'UNICEF.

Selon cette agence, le Mexique est le pays d'Amérique latine où les enfants ont été déscolarisés le plus longtemps.

"Il y a des enfants qui ont subi des pertes, mais aussi ceux qui ont vécu une année si particulière avec le confinement. Ils en sortent avec de l'anxiété, des peurs et des inquiétudes", explique Astrid Hollander, responsable du programme d'éducation de l'UNICEF-Mexique.

Le Mexique - qui compte plus de 126 millions d'habitants - se classe au quatrième rang mondial pour le nombre de décès dus au covid-19, avec près de 254.000 décès, derrière les États-Unis, le Brésil et l'Inde.

"Ma fille dit qu'elle est anxieuse depuis la mort de son père. Mais moi je lui explique que nous devons continuer à vivre", confie María Elena Jiménez qui compte sur le retour à l'école de ses enfants pour les aider à retrouver leur sourire.

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