Au Brésil, "Capitaine chloroquine" se présente aux municipales

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L'avocate Regina Bento Sequeira, candidate aux municipales, le 11 novembre 2020 à Rio de Janeiro, au Brésil
L'avocate Regina Bento Sequeira, candidate aux municipales, le 11 novembre 2020 à Rio de Janeiro, au Brésil
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© AFP, Carl DE SOUZA
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, publié le samedi 14 novembre 2020 à 09h37

A chaque scrutin, Regina Bento Sequeira a pris un nom d'héroïne pour avoir des super pouvoirs. Aux municipales de dimanche au Brésil, elle a choisi "Capitã Cloroquina" (Capitaine chloroquine) dans l'espoir d'être enfin élue, à sa neuvième tentative.

Rencontrée par l'AFP avant le premier tour de scrutin chez elle à Barra da Tijuca, quartier résidentiel de Rio de Janeiro, où elle brigue un siège de conseillère municipale, cette avocate de 59 ans ne croit guère en ses chances.

"Qui va gagner?" demande-t-elle en riant. "Toujours les mêmes!". 

Ne disposant ni de financements ni du soutien d'un parti politique, Regina est l'un de ces candidats qui optent pour un surnom susceptible de frapper les esprits, ou un personnage bizarre, dans l'espoir de recueillir des voix.

"Depuis que j'ai commencé à être candidate, en 2004, j'ai toujours cherché à attirer l'attention, parce que c'est le seul moyen d'avoir une visibilité", explique la quinquagénaire souriante aux longs cheveux bruns.

Elle n'est pas la seule.

"Punk Libertario" (Punk Libertaire), "Aspirina" (Aspirine), "Corinthians" (nom d'un club de football de Sao Paulo, ndlr) "Superman", "Batman", "Mulher Maravilha" (Wonder Woman), "Ben Laden", "Trump" ou "Obama" s'aligneront aussi sur la ligne de départ dimanche.

Ils figurent parmi les 576.000 candidats aux quelque 58.200 postes de conseillers municipaux et 5.500 mandats de maire en jeu dans le plus grand pays d'Amérique latine.

Avant eux, l'imagination était déjà au pouvoir, avec "Boca aberta" (Bouche ouverte), "Papai Chegou" (Papa est arrivé) ou même un candidat qui appelait à voter pour... Personne, adoptant le nom "Ninguém" en portugais.

"Ils recherchent des noms qui attirent l'attention en raison du nombre élevé de candidatures", explique Natalia Aguiar, politologue de l'Université fédérale du Minas Gerais (UFMG).

Ce phénomène "peut être vu comme le symptôme de la survalorisation des candidats aux dépens de la politique des partis, favorisant ainsi la personnalisation", dit-elle.

- Les 1.000 visages de Zefa -

Aux précédents scrutins de l'Assemblée législative de l'Etat de Rio ou du conseil municipal auxquels elle a été candidate, Regina déclinait son vrai surnom, Zefa, en fonction des occasions.

En 2016 elle fut "PokéZefa", en référence au jeu vidéo Pokemon. En 2010, ce fut "Zefa Neige", une Blanche neige qui lutterait contre les "Nains du Budget", surnom donné à un groupe de parlementaires corrompus.

Mais c'est en 2006, avec "Super Zefa", qu'elle a obtenu dans sa ville natale de Sao Joao de Meriti son record de voix: 5.713.

Pour l'heure, elle parcourt les rues dans une voiture jaune décapotable avec son surnom gravé sur la portière, coiffée d'une casquette de policier. Sur un photomontage qui circule sur les réseaux sociaux, elle reçoit un baiser du président d'extrême droite Jair Bolsonaro, qu'elle adule.

"La chloroquine, c'est le sujet dont on parle le plus en ce moment, explique-t-elle, "d'une manière négative ou positive. C'est ce que je voulais".

Bolsonaro est un ardent défenseur de ce traitement dont l'efficacité n'a jamais été scientifiquement prouvée contre le coronavirus, qui a fait plus de 163.000 morts au Brésil.

- Tradition -

Janaine Aires, spécialiste en communication politique, rappelle que les surnoms sont traditionnels dans la société brésilienne, et que la loi électorale les autorise.

"C'est une caractéristique de la culture brésilienne de tenter d'avoir une certaine proximité avec son interlocuteur", dit cette enseignante à l'Université fédérale de Rio Grande do Norte. 

Mais nombre d'analystes estiment que rien ne prouve que l'incarnation en super héros des candidats se traduise par une victoire dans les urnes, généralement plutôt assurée par des financements de campagne et les appareils de partis.

Mais Regina n'en démord pas: pour elle, c'est le seul moyen de faire barrage à la classe politique. "A chaque fois il y a davantage de malfrats qui gagnent des postes qui devraient revenir à des gens honnêtes". 

"Capitaine chloroquine", ce Don Quichote qui se bat contre des moulins à vent, assure qu'elle briguera un mandat politique tant qu'elle aura assez de forces pour faire campagne dans les rues.

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