Attentats djihadistes : Emmanuel Macron reproche aux médias américains de "légitimer les violences" contre la France

Attentats djihadistes : Emmanuel Macron reproche aux médias américains de "légitimer les violences" contre la France
Emmanuel Macron le 16 octobre 2020 à Bruxelles.

, publié le lundi 16 novembre 2020 à 12h00

Le chef de l'Etat accuse dans le New York Times les médias anglophones, et américains en particulier, de chercher "à imposer leurs propres valeurs à une société différente" et leur reproche de ne pas comprendre "la laïcité à la française".

Alors que la France a été dernièrement la cible de plusieurs attentats jihadistes, Emmanuel Macron regrette la relative timidité du soutien international. Dans un entretien publié lundi 16 novembre par la revue en ligne Le Grand Continent, le chef de l'Etat relève que, "il y a cinq ans, quand on a tué ceux qui faisaient des caricatures (dans l'hebdomadaire Charlie Hebdo, NDLR), le monde entier défilait à Paris et défendait ces droits".

"Là, nous avons eu un professeur égorgé, plusieurs personnes égorgées. Beaucoup de condoléances ont été pudiques", souligne-t-il, en faisant référence à la mort du professeur Samuel Paty le 16 octobre et de trois personnes à Nice le 29.




"Et, poursuit-il, on a eu, de manière structurée, des dirigeants politiques et religieux d'une partie du monde musulman  - qui a toutefois intimidé l'autre, je suis obligé de le reconnaître - disant: 'ils n'ont qu'à changer leur droit'. Ceci me choque (...) Je suis pour le respect des cultures, des civilisations, mais je ne vais pas changer mon droit parce qu'il choque ailleurs".

"The President VS the American Media"

Dans un article du New York Times publié dimanche soir sur leur site et intitulé "The President VS the American Media", le président français se plaint par ailleurs de la couverture par plusieurs médias de langue anglaise des attentats. "Lorsque la France avait été attaquée il y a cinq ans, toutes les nations du monde nous avaient soutenus. Et quand je vois, dans ce contexte, de nombreux journaux qui je pense viennent de pays qui partagent nos valeurs, qui écrivent dans un pays qui est l'enfant naturel des Lumières et de la Révolution française, et qui légitiment ces violences, qui disent que le coeur du problème, c'est que la France est raciste et islamophobe, je dis : les fondamentaux sont perdus", déplore Emmanuel Macron. 

"Légitimer la violence - c'est une des accusations les plus graves que l'on puisse formuler contre les médias, et le genre de choses que nous avons été plus habitués à entendre, et ignorer, de la part du président américain", souligne dans ce même article du quotidien américain le journaliste Ben Smith. Ce dernier écrit qu'Emmanuel Macron accuse les médias anglophones, et américains en particulier, de chercher "à imposer leurs propres valeurs à une société différente". Il leur reproche, toujours selon M. Smith, de ne pas comprendre "la laïcité à la française - une séparation active de l'Eglise et de l'Etat qui date du début du XXe siècle".



"Certains des griefs français à l'encontre des médias américains rappellent ceux des guerres culturelles américaines - des plaintes à l'encontre de titres d'articles restés brièvement en ligne et de tweets désinvoltes de journalistes. Mais leur principal argument est que, après les attentats, les médias anglais et américains se sont immédiatement concentrés sur les échecs de la politique française envers les musulmans, plutôt que sur la menace terroriste mondiale", souligne encore le journaliste.  

Ben Smith rapporte notamment qu'Emmanuel Macron était "particulièrement furieux" après la parution d'une tribune dans le Financial Times le 3 novembre intitulée "La guerre de Macron contre le séparatisme islamique ne fait qu'accroître les divisions en France". "L'article affirmait que M. Macron s'en prenait au 'séparatisme islamique' alors qu'il avait, en fait, utilisé le mot 'islamistes'", explique Ben Smith, en expliquant que le Financial Times avait ensuite retiré l'article de son site internet après "une série de plaintes de lecteurs et un appel furieux du bureau de M. Macron". 

"Je lui ai demandé si ses plaintes à l'encontre les médias américains n'étaient pas elles-mêmes un peu trumpiennes", écrit encore Ben Smith. Une comparaison rejetée par Emmanuel Macron : "Je lis vos journaux, je suis l'un de vos lecteurs", a-t-il assuré. "Mon message est le suivant : si vous avez des questions sur la France, appelez-moi", aurait-il également dit. "Accessoirement, il n'a jamais accordé d'interview au bureau parisien du New York Times, ce qui serait un bon début", précise le journaliste américain.
 

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