Au Royaume-Uni, une campagne électorale à haut risque

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Fleurs et messages à Londres en mémoire de la députée britannique Jo Cox, assassinée par un sympathisant néo-nazi le 16 juin 2016, peu avant le référendum sur le Brexit
Fleurs et messages à Londres en mémoire de la députée britannique Jo Cox, assassinée par un sympathisant néo-nazi le 16 juin 2016, peu avant le référendum sur le Brexit
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© AFP, Daniel LEAL-OLIVAS

, publié le dimanche 08 décembre 2019 à 12h22

Quand un homme a menacé sur Facebook de lui faire la peau, le candidat Dominic Graham a immédiatement appelé la police qui l'a arrêté: un cas loin d'être isolé dans la campagne pour les législatives de jeudi au Royaume-Uni, enfiellée comme jamais par le Brexit.

"Je n'avais rien vu de comparable aux menaces que nous recevons dans cette campagne", témoigne auprès de l'AFP l'aspirant député libéral-démocrate, qui en est à sa troisième campagne électorale.

Quand il frappe, un midi de semaine, aux portes d'un quartier résidentiel de la petite ville de Braintree, à environ 80 kilomètres au nord-est de Londres, il a pris soin d'être accompagné par un militant, conformément aux consignes de sécurité du parti et de la police.

Depuis son entrée au Parlement en 2017, la Britannique d'origine allemande Wera Hobhouse, candidate lib-dem à sa réélection à Bath (sud-ouest), n'a elle cessé de recevoir des lettres anonymes.

Elle informe la police de ses rendez-vous électoraux et elle a en permanence un bouton d'alarme dans sa poche, explique-t-elle à l'AFP. Ces derniers jours, ses panneaux électoraux ont régulièrement été détruits par des inconnus, "avec une telle force que je me suis demandé ce qui se passerait si on se rencontrait".

- Effet Brexit -

En mai, la cheffe de Scotland Yard, Cressida Dick, évoquait une atmosphère toxique "sans précédent" devant une commission parlementaire, résultant d'une "opinion publique divisée" dans le sillage du référendum sur le Brexit, voté par 52% des Britanniques en 2016 mais repoussé trois fois depuis. Principales cibles, les femmes et personnes issues de minorités ethniques.

Les infractions signalées par des députés ont plus que doublé en 2018, à 342 contre 151 l'année précédente et la tendance s'est poursuivie cette année, selon Scotland Yard, qui s'attend à plus de 450 infractions sur 2019.

"Toutes les menaces que nous avons reçues sont liées au Brexit", confirme Dominic Graham, abrité de la bruine froide sous un parapluie aux couleurs jaune et noir de sa formation europhile. Il évolue en terrain hostile, dans une circonscription majoritairement acquise à la sortie de l'UE, où le chef de conservateurs James Cleverly fait figure de favori.

La hantise, c'est un nouveau drame comme l'assassinat de Jo Cox, députée travailliste pro-européenne tuée en 2016, une semaine avant le référendum sur le Brexit, par un sympathisant néo-nazi.

En novembre, un homme a été condamné à un an de prison pour avoir envoyé une lettre de menaces à Anna Soubry, députée indépendante du mouvement europhile Change UK, dans laquelle il affirmait "Cox était la première, tu es la prochaine".

Plusieurs députées, dont la ministre conservatrice Nicky Morgan et l'ex-ministre  Amber Rudd, ont renoncé à se représenter en raison notamment du harcèlement et des menaces dont elles font l'objet.

- "Dégénérer" -

La lib-dem Rhian O'Connor ne se sent pas particulièrement menacée lorsqu'elle fait du porte-à-porte à la nuit tombée à Greenwich, quartier très favorable au "Remain" du sud-est de Londres, malgré les consignes d'éviter de faire campagne dans le noir. Elle préfère tout de même être accompagnée.

Et pas question d'accepter les invitations à rentrer chez les gens. "C'est assurément plus agressif", relève-t-elle. De nombreux partisans du Brexit, frustrés, la voient comme quelqu'un qui "essaie de bloquer ce qu'ils voient comme le plus grand projet démocratique depuis des décennies", confie-t-elle à l'AFP, cocarde accrochée à son manteau.

Parmi les personnes proférant des menaces, "beaucoup sont issues de la droite plus extrême, très pro-Brexit, qui voient comme des traitres les responsables politiques" opposés au retrait ou "plutôt modérés", explique Alexandra Kellert, analyste au cabinet de consultants Control Risks.

Les réseaux sociaux sont souvent un vecteur de l'agressivité. "On peut commencer par écrire pourquoi on n'est pas d'accord avec eux sur Twitter ou Facebook. Et cela peut évoluer dans des sentiments plus forts et dégénérer".

"Les gens sont généralement polis à leur porte mais une fois rentrés chez eux, ils peuvent vous traiter de tous les noms sur Twitter", confirme Rhian O'Connor.

Dominic Graham abonde: "Le flot des messages injurieux est tel que (ma directrice de campagne) ne peut les supprimer assez vite".

Pas de quoi décourager ces candidats comme Wera Hobbhouse: "La démocratie ne fonctionne pas si chacun reste chez soi".

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