Argentine: le débat sur l'IVG repart de plus belle avant l'arrivée du nouveau président

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Manifestantes pro-IVG à Buenos Aires, le 19 février 2019
Manifestantes pro-IVG à Buenos Aires, le 19 février 2019
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© AFP, Juan MABROMATA

, publié le samedi 23 novembre 2019 à 08h27

Après avoir monopolisé l'attention en 2018, les foulards verts des pro-IVG en Argentine sont à nouveau de sortie dans ce pays catholique où le débat repart de plus belle avant l'arrivée au pouvoir d'Alberto Fernandez, le président élu de centre gauche qui a promis de soutenir cette loi. 

C'est M. Fernandez lui-même qui a remis ce sujet hautement sensible sur le devant de la scène. "Je suis engagé en faveur de la dépénalisation de l'avortement (...) il va y avoir un projet de loi envoyé (au Parlement) par le président", a annoncé dans un entretien le président élu qui doit prendre ses fonctions le 10 décembre.

Mais un doute subsiste: il n'a pas précisé si son texte viserait à dépénaliser l'avortement ou à le légaliser, comme le réclament les mouvements féministes.

M. Fernandez s'est récemment rendu à la présentation du livre "Somos Belen" (Nous sommes Belen), qui raconte le calvaire d'une jeune femme emprisonnée durant 29 mois, accusé d'avoir pratiqué une IVG, alors qu'elle avait subi une fausse couche. 

A cette occasion, il a posé avec les militants pro-avortement et leurs foulards verts. Un signe clair de soutien, selon eux.

La romancière Claudia Piñeiro, une activiste féministe, estime que l'avortement "est revenu au centre du débat car Alberto Fernandez est disposé à le légaliser".

"Je pense qu'il faut dépénaliser et légaliser, mais pour cela il faut procéder par étapes: peut-être qu'il faudrait d'abord songer à la dépénalisation et ensuite à la légalisation. On ne peut pas se battre sur tous les fronts car, en face, il y a des forces très puissantes", prévient-elle.

Au pays du pape François, avorter est puni d'un à quatre ans de prison, sauf en cas de viol ou de risque pour la santé de la mère.

Et la prise de position du futur président a également soulevé l'indignation au sein des secteurs les plus conservateurs. 

"Si je pouvais parler avec Alberto, je lui demanderais si cela vaut la peine de débuter son mandat avec un sujet qui a tellement divisé les Argentins", a écrit dans une lettre ouverte l'archevêque de La Plata, Victor Manuel Fernandez.

- Verts contre bleu ciel - 

En 2018, une marée verte a inondé les rues du pays en exigeant la légalisation de l'avortement. Pour la première fois, un texte allant en ce sens a été débattu et adopté par les députés, avant d'être rejeté par les sénateurs.

L'annonce du président élu "est lamentable", déclare à l'AFP Rubén Proietti, responsable de l'Alliance chrétienne des Eglises évangéliques de la République d'Argentine (Aciera), qui a joué un rôle clé dans le débat à l'époque et fait descendre dans la rue plus d'un demi-million de personnes avec un foulard bleu ciel en faveur "des deux vies". 

M. Proietti promet de mobiliser "encore plus qu'avant" ses fidèles si la promesse du président se concrétise. 

En face, les collectifs féministes ne comptent pas baisser les bras.  "La stratégie est de continuer à mettre la pression, de poursuivre la campagne", a assuré à l'AFP Martha Rosenberg, une cheffe de file du mouvement pro-avortement argentin.

"Nous avons du pain sur la planche", a-t-elle ajouté. 

En Argentine, les ONG estiment que 370.000 à 520.000 avortements clandestins sont pratiqués chaque année, soit 1.233 par jour.

Kena fait partie de ces femmes qui se sont retrouvées "au bord de la mort" après un avortement "avec une sonde". "Je suis pauvre et j'avais déjà six enfants, je ne pouvais pas en avoir un septième", raconte-t-elle à l'AFP. 

"Mon compagnon me disait +s'il y en a pour six, il y en a pour sept+. Mais je lui répondais que ce n'était pas possible", ajoute-t-elle.

Cela s'est déroulé il y a plus de vingt ans et elle dit en avoir "beaucoup souffert". "Je milite pour que l'avortement soit légal. Je m'en suis sortie, mais il y a des milliers de femmes dont ce n'est pas le cas".

Selon la dernière enquête sur les croyances religieuses en Argentine, entre 2008 et 2019, la part de la population estimant que l'avortement est un droit a été multiplié par deux, passant de 14,1% à 27,3%. 

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