Arabie: avec le virus, des travailleurs illégaux espèrent une porte de sortie

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Hatem, un électricien soudanais de 45 ans dont le permis de séjour a expiré, vit dans la clandestinité pour éviter d'être arrêté dans la capitale saoudienne Ryad le 6 juin 2020
Hatem, un électricien soudanais de 45 ans dont le permis de séjour a expiré, vit dans la clandestinité pour éviter d'être arrêté dans la capitale saoudienne Ryad le 6 juin 2020
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© AFP, FAYEZ NURELDINE

, publié le mercredi 08 juillet 2020 à 09h42

Sans emploi et sans argent, Hatem, un électricien soudanais, est bloqué à Ryad comme d'innombrables autres travailleurs illégaux, mais il espère profiter de l'épidémie de Covid-19 pour pouvoir rentrer chez lui.

La présence de ces centaines de milliers de personnes complique la lutte contre le virus qui a mis à nu, selon des militants, la précarité de cette population.

Employeurs sans scrupules et impossibilité de recours sont le lot quotidien de ces illégaux, soulignent ces militants.

A l'origine de la vulnérabilité de ces travailleurs: la kafala, un système de parrainage décrit par ses détracteurs comme une forme d'esclavage moderne. En vigueur dans d'autres pays arabes, ce système les met à la merci de leurs employeurs, dont la permission est nécessaire pour entrer et sortir du royaume ainsi que changer d'emploi.

En retirant leur kafala, les employeurs ont aussi le pouvoir de les mettre dans une situation irrégulière, selon des militants et quatre travailleurs illégaux, dont Hatem, 45, ans qui vit caché à Ryad de peur d'être arrêté.

"Mes six enfants, ma mère et ma soeur vivent au Soudan dans une situation difficile, mais je vis dans des conditions bien pires", a déclaré Hatem à l'AFP dans un sordide appartement qu'il partage avec d'autres étrangers.

"Le système de parrainage est très injuste", a souligné ce travailleur arrivé dans le royaume en 2016 et qui vit aujourd'hui grâce à des dons.

- Appels à l'amnistie -

L'Arabie saoudite, qui compte environ 10 millions d'expatriés, a expulsé des centaines de milliers de travailleurs illégaux ces dernières années.

Mais beaucoup, comme Hatem, ne sont pas autorisés à partir avant d'avoir réglé les dettes contractées dans le royaume.

"Le gouvernement saoudien devrait offrir une amnistie aux migrants en situation irrégulière pour qu'ils régularisent leur situation ou retournent dans leur pays", a déclaré à l'AFP Annas Shaker, chargée de recherche au sein du groupe Migrant Rights.

Retenir ces travailleurs risque d'attiser la pandémie, a-t-il prévenu, alors que ceux-ci vivent souvent dans des logements surpeuplés.

Les autorités ont recensé plus de 200.000 cas d'infection et près de 2.000 décès dans le royaume. Selon des sources hospitalières, les unités de soins intensifs sont débordées.

Des nationalistes ont demandé l'expulsion des étrangers, jugés responsable de la diffusion du virus, l'un des chroniqueurs de la presse saoudienne n'hésitant pas de réclamer le "nettoyage" du royaume de ces travailleurs immigrés.

Ce pourrait être paradoxalement une aubaine pour Hatem, qui a imploré, en vain, l'ambassade du Soudan de lui obtenir un visa de sortie.

Un responsable d'un pays du sud-asiatique a déclaré à l'AFP qu'il avait reçu le même type de demandes de la part de travailleurs du sous-continent criblés de dettes.

Dans une annonce surprise en mars, Ryad a proposé de soigner gratuitement des travailleurs illégaux atteints du virus, promettant qu'ils ne seraient pas arrêtés.

Mais trois d'entre eux interrogés par l'AFP --deux Egyptiens et un Bangladeshi-- ont dit se méfier de cette proposition.

"Il n'y a aucune garantie que je ne serais pas arrêté", a dit l'un des Egyptiens, un père de deux enfants de 36 ans.

- "Extorsion" -

Les ennuis de Hatem ont commencé lorsque son parrain s'est mis à exiger une grosse partie de ses revenus en échange du renouvellement de son permis de séjour.

Beaucoup de travailleurs disent avoir été victimes de telles "extorsions".

M. Hatem a alors dû emprunter pour payer son parrain qui a quand même fini par le dénoncer pour "houroub", terme arabe désignant la fuite.

Il risque à tout moment d'être arrêté et il ne peut trouver un emploi.

"Pour des centaines de milliers de migrants, le fait de devenir illégal n'est pas un choix", estime M. Shaker.

On peut, selon lui, les dénoncer pour "houroub" sur Internet par "une simple pression sur un bouton" ou refuser de renouveler leurs papiers.

"Ils sont poussés à devenir illégaux en raison de politiques migratoires (...) inadéquates qui donnent aux employeurs une grande emprise sur eux".

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