«Aquarius» : pourquoi le bateau est bloqué en Méditerranée

«Aquarius» : pourquoi le bateau est bloqué en Méditerranée
«L'Aquarius» est bloqué en Méditerranné après le refus des autorités maltaises et italiennes de l'accueillir.

leparisien.fr, publié le lundi 11 juin 2018 à 16h32

Face aux refus de l'Italie et de Malte d'accoster sur leurs terres, les 629 migrants à bord du bateau de l'ONG française sont coincés en Méditerranée. L'Espagne a annoncé qu'elle pouvait lui ouvrir son port.

La semaine dernière, Matteo Salvini demandait aux migrants présents en Italie de « faire les valises ». Cette fois, le nouveau ministre italien de l'Intérieur, issu du parti d'extrême-droite « la Ligue », va plus loin dans sa politique anti-immigration. Il a refusé dimanche qu'accoste en Italie «l'Aquarius», un bateau de l'ONG française SOS Méditerranée qui a recueilli 629 migrants (dont 123 mineurs) dans la nuit de samedi à dimanche, au large de Libye. « L'Italie relève la tête », se vante le ministre sur son compte Twitter, où il pose fièrement et l'air grave avec le slogan #chiudiamoiporti (« Nous fermons les ports »).

Sauf que le Traité de l'Union européenne oblige à « respecter le principe de non-refoulement » pour « tout ressortissant d'un pays tiers nécessitant une protection internationale ». « L'Italie est en pleine violation du droit de l'UE. À partir du moment où un navire arrive dans les eaux territoriales italiennes, Salvini ne peut pas l'empêcher d'accoster », analyse Patrick Martin-Genier, enseignant à Sciences Po et spécialiste des questions européennes.

D'autant que le droit international impose aussi de secourir toute personne en détresse en mer. « C'est un principe indérogeable, et il implique aussi de pouvoir débarquer dans un endroit sûr, c'est-à-dire sur une terre où il n'y pas de persécutions par exemple », indique Marie-Laure Basilien-Gainche, professeur de Droit public à l'Université Lyon 3.

Le bateau finalement accueilli en Espagne

Salvini avait aussi sommé Malte de « respecter les conventions internationales » et de faire accoster les réfugiés. Mais l'île, membre de l'UE, a refusé, mettant en avant le fait que le bateau dépendait du centre de coordination des secours en mer (MRCC) de Rome. «L'Aquarius» est en stand-by à mi-chemin des côtes italiennes et maltaises.

L'Espagne a annoncé, lundi, en début d'après-midi, qu'elle lui ouvrait son port de Valence. Mais les autorités italiennes n'avaient toujours pas donné son autorisation pour permettre au bateau de bouger. La directrice générale de SOS Méditerranée, Sophie Beau, montrait, elle, son pessimisme. « Il y a 1 300 kilomètres à parcourir, explique-t-elle à l'AFP. Demain, on n'aura plus de nourriture sauf des biscuits énergétiques. »

Ce casse-tête diplomatique -Berlin et l'UE ont appelé à autoriser un débarquement- s'accompagne d'un imbroglio interne à l'Italie. Car plusieurs maires, dont ceux de Naples, Palerme ou Tarente, faisant fi des menaces de Salvini, ont publiquement annoncé qu'ils étaient prêts à accueillir l' «Aquarius». Mais s'il veut accoster en Italie, le navire doit faire une demande au centre de coordination des secours en mer (MRCC) de Rome, qui dépend du gouvernement italien.

«C'est une dérive politique»

Si Matteo Salvini n'a donc pas lui-même le pouvoir de « fermer » un port, il peut peser sur la décision de l'État italien. « C'est une dérive politique, c'est comme si un ministre français demandait au port de Marseille ou d'Antibes de ne pas accueillir un navire de migrants qui risquent leur vie », s'alarme Patrick Martin-Genier.

« Il y a une triple fracture : entre le droit international et la politique de l'Italie, entre le gouvernement et les autorités locales, et même au sein du gouvernement car tous n'ont pas la position de Salvini », analyse de son côté Marie-Laure Basilien-Gainche.

Le navire a reçu le soutien de deux patrouilleurs italiens avec des médecins à leur bord, sur décision du Premier ministre Giuseppe Conte, plus modéré que Salvini. Selon Médecins sans Frontières, la situation médicale des 629 migrants à bord est « stable » mais l'attente rend « vulnérables » les plus fragiles, comme les 7 femmes enceintes.

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