Aquarius : le ton monte entre la France et l'Italie

Aquarius : le ton monte entre la France et l'Italie
Emmanuel Macron, le président français et Matteo Salvini, vice-Premier ministre italien et ministre de l'Intérieur.

Orange avec AFP, publié le mercredi 13 juin 2018 à 15h10

Emmanuel Macron s'est attiré les critiques du gouvernement italien après avoir critiqué publiquement la décision du pays de refuser d'accueillir le bateau de migrants.

La guerre des mots continue entre la France et l'Italie. Alors qu'Emmanuel Macron a dénoncé, mardi 12 juin, le "cynisme" et l'"irresponsabilité" de l'Italie qui a refusé d'accueillir l'Aquarius, le gouvernement italien a immédiatement répondu, expliquant qu'il refusait de recevoir des "leçons hypocrites" de pays comme la France "ayant préféré détourner la tête" sur la question migratoire.





Après le refus des autorités maltaises et italiennes, l'Espagne a proposé d'accueillir le navire humanitaire qui a secouru 629 migrants au large de la Libye. Emmanuel Macron, par la voix de Benjamin Grievaux, le porte-parole du gouvernement, a rappelé que "le droit maritime" indique "qu'en cas de détresse", c'est "la côte la plus proche qui assume la responsabilité de l'accueil". "Si un bateau avait la France pour rive la plus proche, il pourrait accoster" en France, car "c'est le respect du droit international", avait-il déclaré.

"Emmanuel, si tu as le cœur aussi gros que tu le dis, demain nous te donnerons les 9.000 migrants"

Avec cette déclaration, le chef de l'Etat français s'est attiré les foudres du gouvernement italien : "Les déclarations concernant Aquarius qui proviennent de la France sont surprenantes", peut-on lire dans une note de la présidence du Conseil italien, qui souligne que "l'Italie ne peut accepter de leçons hypocrites de pays ayant préféré détourner la tête en matière d'immigration". "Nous avons reçu un geste inédit de solidarité de la part de l'Espagne. Ce même geste n'est pas arrivé de la France", poursuit la note. "Il est embarrassant que des représentants de ces pays viennent faire la morale seulement parce que nous demandons à tous nos partenaires européens de partager avec l'Italie les droits, les devoirs et la solidarité", a répliqué Luigi Di Maio, le vice-Premier ministre italien.

L'homme fort du gouvernement italien et patron de la Ligue (extrême droite), Matteo Salvini, l'autre vice-Premier ministre italien et ministre de l'Intérieur, a lui aussi déploré les "leçons" françaises : "Au président français, je dis, 'Emmanuel', si tu as le cœur aussi gros que tu le dis, demain nous te donnerons les 9.000 migrants que tu t'étais engagé à prendre. Vu qu'ils nous donnent des leçons, que les Français se prennent aussi celle-là, de leçon", a-t-il lancé à l'adresse du chef de l'Etat français. Matteo Salvini a également demandé à Emmanuel Macron de "passer de la parole aux actes et à donner un signal de générosité" dans l'accueil des migrants, rappelant que la France s'était engagée à accueillir plus de 9.000 migrants arrivés ces dernières années en Italie mais qu'elle n'en avait accueilli que 640.

Il a réclamé des excuses et a fait planer également la menace d'une annulation de la rencontre entre M. Macron et le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, prévue vendredi dans la capitale française. Si les excuses officielles n'arrivent pas, le Premier ministre Conte fera une bonne chose en n'allant pas en France", a-t-il lancé.

De son côté, le ministère italien des Affaires étrangères a indiqué, mercredi 13 juin, avoir convoqué l'ambassadeur de France à Rome, Christian Masset.

Le ministre italien de l'Economie annule sa rencontre avec Le Maire

L'affaire s'est envenimée quelques heures plus tard. Le ministre italien de l'Economie, Giovanni Tria, a annulé sa rencontre avec son homologue français Bruno Le Maire, prévue à 17h30 ce mercredi à Paris.

M. Le Maire a regretté cette décision. "La visite a été annulée à la demande des Italiens et nous le regrettons", a-t-il déclaré, soulignant qu'il avait "beaucoup de sujets importants à discuter avec M. Tria en particulier dans la perspective" du sommet européen des 28 et 29 juin, où des propositions de réformes de la zone euro seront présentées. "Nous espérons que cette rencontre pourra avoir lieu très vite", a ajouté M. Le Maire dans une brève déclaration transmise à la presse par le ministère.

"On n'a pas de leçon à donner à un pays qu'on a laissé tomber"

"L'affaire de l'Aquarius" n'a pas manqué de faire réagir la classe politique française, y compris au sein même de la majorité. Et d'autres voix se sont élevées, mercredi 13 juin, pour dénoncer la réponse du gouvernement français, à l'image de Gérard Larcher, le président du Sénat : "Je n'ai aucune sympathie pour le gouvernement italien", a-t-il expliqué sur Europe 1, estimant cependant "qu'on n'a pas de leçon à donner à un pays qu'on a laissé tomber pendant 3 ans, toute l'Europe".

"Au fond, l'Europe a détourné les yeux de la réalité italienne. Aujourd'hui, l'Europe peut se déconstruire sur la question migratoire et celle du terrorisme", a rajouté le président du Sénat.

Marine Le Pen, quant à elle, a dénoncé des "ONG" qui "deviennent les complices objectifs des passeurs". "C'est de la traite d'être humains. C'est de la souffrance pour ceux qui risquent leur vie pour rejoindre l'Europe, et de la souffrance pour les peuples en Europe qui ne peuvent plus accueillir personne. Il faut les sauver, les ramener à leur port de départ, pour éviter que d'autres prennent d'autres bateaux", a-t-elle défendu, mercredi 13 juin, au micro de Jean-Jacques Bourdin, sur BFM TV.

"Je serais au pouvoir, je confisquerais les bateaux de ces ONG qui débarquent sur les côtes françaises", a rajouté la présidente du Rassemblement national (ex-FN).

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