Après six mois de crise au Nicaragua, Ortega reste accroché au pouvoir

Chargement en cours
Le président du Nicaragua Daniel Ortega et sa femme, vice-présidente, Rosario Murillo, le 13 octobre 2018 à Managua
Le président du Nicaragua Daniel Ortega et sa femme, vice-présidente, Rosario Murillo, le 13 octobre 2018 à Managua
1/4
© AFP, INTI OCON

AFP, publié le jeudi 18 octobre 2018 à 13h16

Le président du Nicaragua Daniel Ortega reste fermement accroché au pouvoir à Managua, sans espoir en vue de le ramener à la table des négociations pour mettre fin à six mois d'une crise qui a fait plus de 320 morts et donné un sévère coup de frein à l'économie du pays.

Le 18 avril dernier, des protestations contre une réforme des retraites ensuite abandonnée ont donné le coup d'envoi d'un vaste mouvement pour réclamer le départ du président Ortega et de son épouse, la vice-présidente Rosario Murillo.

Les manifestations ont été durement réprimées par les autorités et depuis la destruction en juin dernier des dernières barricades érigées par des manifestants lors d'opérations meurtrières, le gouvernement de Daniel Ortega n'a de cesse de proclamer que la situation est revenue à la normale.

"Ortega vit dans un univers parallèle", estime le sociologue Oscar René Vargas. Pour lui, "seule une longue, dure et héroïque mobilisation populaire" peut contraindre le président nicaraguayen à la démission.

-Pas d'issue en vue-

"Nous vivons dans un état de terreur permanente", dénonce le sociologue dans une étude sur la crise "économique, sociale et politique" qui secoue son pays.

Le harcèlement et les arrestations de militants de l'opposition, emprisonnés sous l'accusation de délits de droit commun, voire de "terrorisme", ne peut "masquer le nombre écrasant de prisonniers politiques", selon lui.

"Il n'y a pas de solution en vue pour sortir de la crise", déplore pour sa part l'ancien diplomate et analyste politique Bosco Matamoros.

Si la légitimité du pouvoir est sérieusement compromise, le régime a encore l'usage de la force; de son côté, si l'opposition bénéficie du soutien d'une majorité de la population et du soutien international, elle "n'a pas la capacité d'amener le gouvernement à la table de négociations", explique Bosco Matamoros à l'AFP.

L'opposition, réunie sous la bannière d'une Alliance Citoyenne regroupant organismes sociaux, chefs d'entreprise et étudiants, "a sous-estimé la capacité de réaction du gouvernement" et manque de "créativité pour trouver les mécanismes capables d'obliger le gouvernement à reprendre le dialogue", juge le politologue.

Mis en difficulté, le président sandiniste, âgé de 72 ans, a réussi contre tous les pronostics à se maintenir au pouvoir en refusant d'avancer les élections prévues pour 2021. 

Depuis la suspension, le 15 juin dernier, du dialogue national sous les auspices de l'Eglise catholique, il rejette même toute tentative de conciliation.

"Il semble que le gouvernement est dans une phase d'autisme extrême, (il fait) comme si le monde n'existait pas. Tout ce qu'il a fait c'est durcir la répression, en mettant en place un état policier de terrorisme d'Etat", dénonce l'ancien diplomate Mauricio Díaz.

- L'économie, le talon d'Achille -

En juin dernier, le gouvernement a dû reconnaître les dégâts causés à l'économie dans le pays le plus pauvre d'Amérique centrale. Les prévisions de croissance du PIB ont été revues à la baisse de 4,9% à 1% pour l'année 2018. Les organismes internationaux, comme la Banque Mondiale ou le Fonds Monétaire International, de leur côté, prédisent une chute encore plus sévère de l'activité économique.

Après un taux de croissance de 4,9% en 2017, la Banque Mondiale table sur une contraction cette année de 3,8%. Une chute si brutale qu'elle devrait faire baisser de 0,4% la croissance de toute l'Amérique centrale, selon un rapport publié à Washington en septembre.

La situation pourrait encore empirer si les Etats-Unis adoptent des sanctions économiques contre le régime du président Ortega, met en garde Bosco Matamoros.

Le pays pourrait perdre l'accès au financement auprès des organismes internationaux et il y aurait une fuite des investissements étrangers directs, souligne l'ancien diplomate.

Vos réactions doivent respecter nos CGU.