Après les élections, deux Bolivies s'affrontent dans la rue pour "défendre la démocratie"

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Partisans et opposants d'Evo Morales s'affrontent à Santa Cruz le 23 octobre 2019
Partisans et opposants d'Evo Morales s'affrontent à Santa Cruz le 23 octobre 2019
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© AFP, DANIEL WALKER

, publié le mercredi 23 octobre 2019 à 23h45

"La Bolivie, ce n'est pas le Venezuela": le graffiti a été inscrit sur un mur de Santa Cruz, bastion de l'opposition bolivienne, par des jeunes venus protester mercredi contre la "fraude" aux élections dans un quartier tenu par des partisans du socialiste Evo Morales.

La provocation ne passe pas. Les habitants de cette zone appelée Ciudadela Plan 3.000 se regroupent à leur tour, sous la chaleur de la plus grande ville du pays, scandent "Evo, amigo, el pueblo esta contigo!"("Evo, mon ami, le peuple est avec toi!"). 

Soudain, de violents affrontements éclatent entre les deux camps. Ils font deux blessés, touchés par des jets de pierres ou frappés par la foule, constate un journaliste de l'AFP.

"Nous avons besoin de démocratie et de liberté, pas d'un gouvernement dictatorial, sous lequel vous ne pouvez pas parler, vous ne pouvez pas dire certaines choses parce qu'on vous met en prison. Nous voulons la liberté pour toute la Bolivie", dit un peu à l'écart Sofia Chavez, femme de ménage de 39 ans.

Le tribunal électoral départemental de Santa Cruz, symbole de l'Etat incendié dans la nuit, est encore fumant. Des documents électoraux brûlés jonchent le sol, un clavier d'ordinateur fondu et des chaises sont encore à l'extérieur.

Les manifestants bloquent plusieurs artères de la ville à l'aide de pneus, de camions, de voitures et de rochers. Beaucoup portent le drapeau vert et blanc de Santa Cruz. Ils laissent passer les ambulances. Certains ont dressé des tables au milieu de la route avec des chaises, de la nourriture et des boissons froides pour tenir.

Quasiment au même moment à La Paz, plusieurs milliers de mineurs, indiens et travailleurs, sont réunis sur la place de San Francisco, avec l'église coloniale du même nom et les montagnes en toile de fond. Ce rassemblement  se veut une démonstration de force. 

Au milieu des pétards et des discours, ils agitent des wiphalas multicolore, le drapeau des ethnies des Andes, et des banderoles où on peut lire "Evo 2020-2025", les dates de son éventuel quatrième mandat. 

L'opposant Carlos "Mesa n'est pas pour nous. Nous n'allons pas laisser cela arriver, nous sommes la majorité (...) Ils parlent de fraude, mais ils sont racistes et nous discriminent. Avant, les soeurs (indigènes) ne pouvaient pas entrer dans les bureaux, aujourd'hui ce n'est plus le cas. On ne veut pas revenir au passé", confie Justina Loza, 43 ans, en chapeau et "pollera", une lourde robe traditionnelle.

- Locomotive économique -

La tension dans la région de Santa Cruz, s'explique car elle est la locomotive économique située sur les plaines fertiles au climat tropical, où les exploitations agricoles et les champs pétroliers modèlent le paysage.

C'est de là qu'est partie mardi soir la grève générale lancée par l'influent Comité Pro-Santa Cruz, une organisation de la société civile conservatrice qui regroupe représentants des quartiers, des commerces, des transports et des chefs d'entreprise. D'autres lobbys citoyens équivalents existent ailleurs en Bolivie, où la grève est plus ou moins suivie. 

Début octobre, ces comités ont occupé le devant de la scène politique en organisant de gigantesques "cabildos", ou assemblées générales populaires, massivement suivies dans plusieurs villes, pour protester contre la candidature de M. Morales à l'élection présidentielle, provoquant l'inquiétude du pouvoir à quelques jours du scrutin de dimanche. 

Les cabildos avaient alors appelé à un "vote sanction" contre M. Morales "pour ne pas avoir respecté le souhait des Boliviens le +21-F+", en référence au référendum du 21 février 2016 qui avait dit "non" à un nouveau mandat, et à "la résistance civile et à la rébellion" en cas de réélection.

Depuis les élections et leur dépouillement controversé, le pays est secoué par des manifestations. 

Après de premiers chiffres partiels, dimanche soir, laissant entrevoir un second tour inédit, de nouveaux résultats diffusés lundi par l'autorité électorale donnaient pratiquement la victoire au chef de l'Etat sortant, suscitant de la part de l'opposition et des observateurs internationaux des soupçons de fraudes. 

De son côté, le président Morales a dénoncé un "coup d'Etat" ourdi par la droite, l'accusant de provoquer des troubles pour mettre la pression sur les autorités électorales.

Les partisans des deux camps, qui ont appelé à la mobilisation pour "défendre la démocratie", sont dans la rue.

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