Après l'épreuve du séisme, les Haïtiennes encore plus vulnérables

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Jamsine Noel, 25 ans, dans un camp de réfugiés du séisme du 14 août aux Cayes, en Haïti, le 23 août 2021
Jamsine Noel, 25 ans, dans un camp de réfugiés du séisme du 14 août aux Cayes, en Haïti, le 23 août 2021
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© AFP, Richard Pierrin

publié le mercredi 25 août 2021 à 16h32

"On n'est pas en sécurité." Dans un camp de fortune qui lui sert de refuge depuis l'effondrement de sa maison, Vesta Guerrier exprime une peur commune à de nombreuses Haïtiennes, que le séisme du 14 août a rendues extrêmement vulnérables.

Sous un fragile assemblage de draps et de bâches en plastique, elle vit avec son mari et leurs trois enfants dans le dénuement le plus total sur la pelouse d'un stade de football appelé Gabions, dans la ville des Cayes.

Déjà traumatisée par la destruction de sa maison sous l'effet de la secousse de magnitude 7.2 qui a ébranlé ce pays pauvre des Caraïbes, elle ne se sent pas protégée.

"N'importe quoi peut nous arriver", lâche Vesta Guerrier, 48 ans. "Le soir surtout, n'importe quelle personne entre sur le terrain."

Plus que tout, elle craint d'être victime de violences sexuelles, terriblement fréquentes après le séisme de 2010 qui avait dévasté Haïti, et forcé des centaines de milliers de personnes à se réfugier dans des camps.

Dans les 150 jours ayant suivi le séisme, au moins 250 femmes avaient été violées dans les camps, selon un rapport d'Amnesty International publié en 2011.

Dans le camp Gabions, où 200 réfugiés doivent vivre dans la promiscuité, préserver son intimité relève de l'impossible.

Vesta Guerrier confie ne jamais se dénuder totalement pour se doucher, et toujours attendre que le soleil soit couché pour faire sa toilette.

Mais "il se peut qu'une lumière vienne se projeter sur moi et là je ne sais pas si la personne qui m'éclaire est quelqu'un qui vit ici avec nous ou si c'est quelqu'un de l'extérieur qui veut faire ce qu'il veut", témoigne-t-elle avec pudeur.

Alors que les quatre toilettes installées sont devenues inutilisables faute d'entretien, Vesta Guerrier dit "souffrir même si on veut uriner, parce que tout le monde nous regarde de tous les côtés".

"Seules les filles peuvent comprendre ce que je vous dis : nous les femmes et les petites qui sont sur le terrain, on souffre beaucoup", soupire-t-elle, les traits tirés.

- "Peur pour nos enfants" -

Ayant entendu des bribes de son témoignage, deux jeunes hommes se déclarant membres d'un comité d'organisation du camp s'empressent de déclarer que Vesta Guerrier ne comprend pas la situation.

Mais loin des oreilles de ces dirigeants auto-déclarés, d'autres sinistrées du camp Gabions témoignent elles aussi de leurs craintes.

"On a peur, on a vraiment peur pour nos enfants. On a besoin de tentes pour retourner vivre chez nous en famille", demande Francise Dorismond, enceinte de trois mois.

A quelques dizaines de mètres à vol d'oiseau du terrain de foot, un autre camp de fortune s'est formé, en réponse à ces risques de violence.

Le pasteur Milfort Roosevelt dit y avoir déplacé "les plus vulnérables".

"On protège les jeunes filles. Le soir, on a instauré une brigade de vigilance qui circule toute la nuit et veille à ce qu'aucun jeune garçon ne commette de violences sur les femmes", explique le religieux de 31 ans.

Dans les ruines d'une ancienne boîte de nuit détruite par le passage du cyclone Matthew en 2016, des dizaines de personnes tentent de s'organiser un quotidien entre des draps tirés par de simples ficelles attachées aux murs.

Au milieu de ce petit labyrinthe de tissus, une jeune mère essaie, avec une petite couverture, de rendre aussi confortable que possible l'endroit où allonger son bébé de 22 jours.

"Le soir du séisme, j'allais aller dormir sur le terrain de foot à côté mais on m'a dit qu'avec mon bébé, ça n'était pas correct donc on m'a accueillie ici", témoigne Jasmine Noël.  

"Certains cherchent toujours à profiter de pareils moments pour faire ce qu'il ne faut pas", se désole la jeune mère tout en faisant téter son nouveau-né.   

Depuis le séisme, elle assure n'avoir pas l'impression de "vivre vraiment". 

"Nos corps sont ici, oui, mais nos âmes ne sont pas là", confie Jasmine Noël en attendant le retour de sa mère, commerçante de rue, qui a peut-être réussi à gagner de quoi leur préparer un repas pour la journée.

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