Après avoir dit oui à Trump en 2016, l'Iowa pourrait lui dire non en 2020

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Michelle Smith, une responsable démocrate, le 15 octobre 2020 à Newton, dans l'Iowa
Michelle Smith, une responsable démocrate, le 15 octobre 2020 à Newton, dans l'Iowa
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© AFP, Eleonore SENS

, publié le jeudi 22 octobre 2020 à 09h33

Michelle Smith a perdu son emploi quand l'usine de machine à laver Maytag a fermé à Newton il y a une quinzaine d'années, dans l'Iowa, laissant 2.000 salariés sur le carreau. Cette démocrate y voit l'explication du succès de Donald Trump en 2016: "Les gens se sont dit +ce n'est pas un politicien, c'est un homme d'affaires: donnons-lui une chance pour relancer l'économie".

Mme Smith, présidente de la section du parti du comté de Jasper est aujourd'hui employée dans un centre d'appel, mais sa situation n'est pas meilleure depuis que le milliardaire new-yorkais est au pouvoir.

"Je n'ai pas plus d'argent qu'il y a quatre ans, je peux vous dire que mon assurance santé coûte même plus cher", explique-t-elle.

- Etat en pleine "évolution" -

Dans cet Etat rural du Midwest américain, le comté de Jasper avait élu Barack Obama en 2008 et 2012 mais s'est laissé aisément convaincre par Donald Trump: il l'a emporté avec 18 points d'avance sur sa rivale Hillary Clinton. 

De récents sondages le montrent toutefois au coude-à-coude avec l'ancien vice-président Joe Biden, et l'Iowa a rejoint la liste des Etats-clés, susceptibles de basculer d'un côté ou de l'autre. 

A Newton, les électeurs se pressent pour aller voter à près de deux semaines de l'échéance du 3 novembre. Le vote par anticipation devrait y atteindre des records selon les autorités. 

Après avoir déposé son bulletin pour Joe Biden, Craig Elthof, un partisan de Bernie Sanders, espère une possible victoire démocrate. "Je pense que nous avons eu l'occasion de voir ce que donnent quatre années de Trump. Et son bilan n'est pas bon", dit-il. 

Côté républicain, le son de cloche est évidemment différent. "Le président Trump a fait du bon travail sur à peu près tout, comme l'économie. Il y a un petit problème avec le coronavirus, mais je ne pense pas que Biden aurait fait différemment", estime Keith Eckhart, un retraité venu voter par anticipation. 

Face à la crise du coronavirus, le président du parti républicain du comté de Jasper, Thad Nearmyer, prône la relance. 

"L'économie est une préoccupation énorme, énorme. Il faut rouvrir ce qui a été fermé à cause du virus", explique-t-il, même si le coronavirus "s'est un peu répandu ces derniers temps" dans l'Iowa.

M. Nearmyer, qui a lui-même contracté le Covid-19, pense qu'il faut désormais "aller de l'avant", un discours proche du président qui a annoncé être "immunisé" au Covid-19 après son rétablissement.

L'Iowa recense plus de 1.000 contaminations par jour pour trois millions d'habitants.

- Femmes des banlieues -

L'Iowa ne rapporte que six grands électeurs, sur les 270 nécessaires pour être élu, mais l'hôte de la Maison Blanche a fait le déplacement à Des Moines la semaine dernière pour tenter de remobiliser sa base. 

Face à ses fidèles, Donald Trump a tenté une opération séduction auprès d'un électorat qui le boude et pourrait faire la différence: les femmes des banlieues. "Elles veulent de la sécurité, elles ne veulent pas que la valeur de leur maison baisse", a-t-il lancé.

Selon un sondage réalisé en septembre, Joe Biden bénéficierait d'une avance de 20 points auprès des femmes dans l'Iowa.

L'Etat, à forte tendance républicaine ces dernières années, est devenu plus favorable aux démocrates en raison de changements démographiques, selon Karen Kedrowski, professeure de sciences politiques à l'Université de l'Iowa. 

"Toutes les zones qui connaissent la croissance la plus rapide se trouvent dans l'agglomération de Des Moines. Et c'est là que l'on constate que les femmes vivant en banlieue deviennent des voix décisives", explique-t-elle.

Une défaite de Donald Trump dans l'Iowa pourrait aussi avoir des conséquences au Sénat, renouvelé d'un tiers cette année et où les républicains n'ont que trois voix de majorité. 

La sénatrice républicaine Joni Ernst est ainsi devancée par sa rivale démocrate dans les sondages. 

"Je pense que son destin est lié à Donald Trump", analyse Robert Leonard, journaliste pour une radio locale. "Ce ne sont pas les républicains qui écarteront Joni Ernst. Ils aiment Joni Ernst. Ce sont les indépendants qui voteront selon leur opinion de M. Trump", souligne-t-il.

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