Allemagne: un Syrien, accusé d'agression antisémite, s'excuse

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Des hommes coiffés d'une kippa participent à un rassemblement contre l'antisémitisme, le 14 mai 2018 à Berlin
Des hommes coiffés d'une kippa participent à un rassemblement contre l'antisémitisme, le 14 mai 2018 à Berlin
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© AFP, Boris Roessler, dpa

AFP, publié le mardi 19 juin 2018 à 21h39

Un Syrien, accusé d'avoir agressé à Berlin deux jeunes coiffés d'une kippa, a assuré mardi devant ses juges ne pas haïr les Juifs et présenté ses excuses après cette attaque qui a choqué une Allemagne inquiète de la résurgence de l'antisémitisme.

"Je suis vraiment désolé, c'était une erreur de ma part", a dit le jeune homme de 19 ans, qui a commencé par s'exprimer en allemand, devant le tribunal d'instance de Berlin-Tiergarten, qui le juge pour cette agression commise le 17 avril et filmée par sa victime avec son téléphone.

"Je ne hais ni les Juifs, ni les Chrétiens, ni personne d'autre", a martelé le jeune homme, qui se présente comme un Palestinien de Syrie, précisant: "Si je détestais vraiment les Juifs, je ne serais pas venu en Allemagne, je serais allé en Palestine".

Dans la vidéo tournée par la victime et largement diffusée sur internet, l'agresseur donne des coups de ceinture à sa victime et crie en arabe "Juif!".

"Je ne voulais pas le frapper, je voulais juste lui faire peur", a affirmé l'accusé dont l'identité n'a pas été communiquée, mais présenté par le quotidien populaire Bild comme étant Knaan al-S.. Il a expliqué avoir auparavant fumé plusieurs joints. "Ma tête était fatiguée", a-t-il affirmé en arabe, selon l'agence dpa.

Soupçonné d'avoir agi par antisémitisme, il a indiqué qu'il avait été le premier insulté par celui qui allait devenir sa victime.   

L'agresseur, qui vit en Allemagne depuis 2015 et était enregistré dans un foyer de demandeurs d'asile, est accusé de blessures graves et d'insultes. Il se trouve en détention préventive depuis le 19 avril.

Prévu pour ne durer qu'une journée, les débats se poursuivront finalement lundi. Un troisième jour d'audience pourrait même être décidé par le tribunal.

La victime des coups, Adam Armoush, un Arabe israélien de 21 ans qui portait ce jour-là pour la première fois une kippa, a présenté une toute autre version des faits qui se sont déroulés en plein jour dans un quartier branché et bobo de la capitale allemande.

Cet étudiant vétérinaire a indiqué que c'est son agresseur qui l'avait insulté en premier. Il a néanmoins précisé ne pas se souvenir exactement du début de l'attaque car il était à ce moment-là en train d'échanger des messages avec un ami sur son téléphone portable.

"Berlin a toujours été pour moi une ville de rêve dans laquelle on peut vivre en paix mais je ne crois pas que je porterai à nouveau la kippa quand je me déplace seul", a dit la victime.

L'agression avait soulevé une très vive indignation et un débat public.

- Indignation -

La victime, bien que non juive, avait expliqué après son agression avoir porté ce soir-là la kippa pour se prouver que cela ne présentait aucun risque à Berlin.

Dans une Allemagne hantée par son passé nazi, l'attaque avait soulevé l'indignation au point que la chancelière Angela Merkel avait pris la parole pour dénoncer un "incident terrible".

Ce fait divers a conduit à plusieurs actions de solidarité avec la communauté juive dans plusieurs villes.

Car depuis plusieurs mois, le débat monte en Allemagne sur la résurgence de la haine contre les juifs, notamment dans les cours d'école où fusent les insultes verbales.

- Valeurs européennes - 

L'inquiétude ne cesse donc de grandir au sein de la communauté juive allemande, forte d'environ 200.000 personnes. Le président du Conseil central des Juifs d'Allemagne, Joseph Schuster, a même suscité une controverse en appelant à ne pas porter de kippa dans les rues des grandes villes, une mesure de précaution selon lui.

Ces préoccupations sont également le résultat de l'afflux en 2015-2016 de centaines de milliers de demandeurs d'asile venus de pays arabes.

Des responsables politiques ont appelé dès lors les mosquées à prêcher le respect des juifs et d'Israël.

A ces craintes s'ajoutent les divers dérapages verbaux antisémites de membres du parti d'extrême  droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), entré à la chambre des députés après leur succès historique aux législatives du 24 septembre.

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