Allemagne: les conservateurs se relancent dans la course à la succession de Merkel

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Annalena Baerbock, le 6 juin 2021 à Berlin
Annalena Baerbock, le 6 juin 2021 à Berlin
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© AFP, Markus Schreiber, POOL

publié le lundi 07 juin 2021 à 17h49

Revigorés par leur nette victoire contre l'extrême droite lors d'un scrutin régional test, les conservateurs allemands ont marqué des points dans la bataille pour la succession d'Angela Merkel que leur disputent les Verts, actuellement en perte de vitesse.

En quête d'un succès pour assoir sa légitimité, Armin Laschet, le chef de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), se retrouve lundi conforté dans son ambition de prendre le relais de la chancelière, qui se retirera après 16 ans de règne à l'issue du scrutin législatif du 26 septembre.

"C'est un bon jour pour la CDU et la démocratie en Allemagne", s'est-il réjoui lors d'une conférence de presse.

Dans la petite région de Saxe-Anhalt (centre), son parti a engrangé dimanche 37,1% des suffrages, selon les derniers pointages, améliorant de sept points son score d'il y a cinq ans et distançant l'extrême droite de Alternative pour l'Allemagne (AfD), son principal rival dans ce Land de l'ancienne RDA communiste.

Le parti anti-migrant, qui au vu des sondages s'était pris à croire à la victoire, recule de plus de trois points avec 20,8% des voix, mais reste toutefois - et de loin - la deuxième force politique de la région. "Un résultat fantastique", a estimé le co-président du parti Tino Chrupalla. 

- Un pas vers la chancellerie -

Si la droite "est unie, elle est pratiquement impossible à battre et sera en mesure de fournir le prochain chancelier", a déclaré le chef conservateur de Saxe-Anhalt, Reiner Haseloff, excluant toute alliance avec l'AfD.

Le résultat est une excellente nouvelle pour le chef de la CDU Armin Laschet, à trois mois et demi des élections générales.

Même s'il "n'est pas encore assuré d'accéder à la chancellerie (...) il s'en est nettement rapproché", estime le quotidien Süddeutsche Zeitung, tandis que Der Spiegel qualifie le vote de "cadeau pour Laschet".

Impopulaire, contesté jusque dans ses propres rangs, le chef de la CDU, un modéré comme la chancelière, avait besoin de cette réussite pour rassembler ses troupes, alors que certains plaident pour un net virage à droite à l'occasion du départ d'Angela Merkel, et que d'autres, notamment à l'Est, ont flirté avec l'idée de coopérer avec l'extrême droite.

"La ligne centriste ne sera pas modifié d'un seul millimètre", a-t-il mis au point lundi.

La CDU a traversé une grave crise de confiance, liée à la gestion gouvernementale de la troisième vague de l'épidémie de coronavirus, ratée selon certains, et aux scandales de corruption de ses députés. Elle fut un temps dépassée par les Verts dans les intentions de vote.

Elle a aussi souffert d'une lutte interne acharnée: la candidature de M. Laschet était contestée par le chef du parti bavarois CSU, Markus Söder, jugé par beaucoup plus apte à mener la campagne nationale.

- "Message" pour les Verts -

Même si la situation en Saxe-Anhalt, une des régions les plus pauvres du pays très marquée par l'industrie charbonnière, n'est pas transposable au niveau national, Reiner Haseloff partage de nombreux points communs avec Armin Laschet, note Die Zeit.

"Il est un homme du centre, un homme de compromis. Certainement pas doté d'un grand charisme non plus, mais quelqu'un qui garde son calme dans les moments difficiles", estime l'hebdomadaire.

La victoire de la droite intervient à un moment où les Verts, qui avaient connu un véritable engouement lors de la nomination de l'énergique Annalena Baerbock, 40 ans, comme candidate à la chancellerie, traversent une mauvaise passe. 

Une affaire de primes non déclarées, un plaidoyer pour les ventes d'armes à l'Ukraine et une demande d'augmenter plus rapidement les prix de l'essence ont refroidi l'enthousiasme des Allemands.

"Certaines dicussions n'ont certainement pas aidé", a reconnu lundi Robert Habeck, co-président du parti, reconnaissant quelques "petites erreurs" de communication.

Le parti, qui est traditionnellement faible dans les régions de l'ex-RDA, n'a décroché que 5,9% des suffrages en Saxe-Anhalt, en progrès mais bien moins que prédit par les sondages.

Il pourrait ainsi ne plus faire partie du gouvernement de Saxe-Anhalt, M. Haseloff disposant d'autres options avec les sociaux-démocrates et les libéraux du FDP, qui font leur retour au parlement régional et devancent même les écologistes avec plus de 6% des voix.

Le résultat doit servir d'avertissement aux écologistes, estime la Süddeutsche Zeitung, "comme un message (...) annonçant que les semaines à venir seront dures".

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