Allemagne: la justice reconnaît le génocide des Yazidis, une "victoire" pour Nadia Murad

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L'Irakien Taha Al-Jumailly (G), poursuivi pour génocide, crime contre l'humanité et crimes de guerre, dissimule son visage en parlant à ses avocats avant le verdict de la Haute cour régionale de Francfort, le 30 novembre 2021
L'Irakien Taha Al-Jumailly (G), poursuivi pour génocide, crime contre l'humanité et crimes de guerre, dissimule son visage en parlant à ses avocats avant le verdict de la Haute cour régionale de Francfort, le 30 novembre 2021
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© AFP, Frank Rumpenhorst, POOL

publié le mardi 30 novembre 2021 à 18h17

La justice allemande a condamné un jihadiste irakien pour "génocide" de la minorité yazidie, une première au monde saluée par la Prix Nobel de la Paix, Nadia Murad, comme "une victoire" pour la reconnaissance des exactions commises par l'organisation État islamique (EI).

C'est la première fois qu'un tribunal juge que ces massacres perpétrés contre la communauté kurdophone dans le nord-ouest de l'Irak relèvent du "génocide", déjà reconnu comme tel par des enquêteurs de l'ONU.

Les juges de la Haute Cour régionale de Francfort ont condamné à la perpétuité Taha Al-Jumailly, 29 ans, pour "génocide, crime contre l'humanité ayant entraîné la mort, crimes de guerre et complicité de crimes de guerre" notamment.

"Ce verdict est une victoire pour les survivants du génocide, les survivants de violences sexuelles et l'ensemble de la communauté yazidie", a affirmé Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle de l'EI, et figure mondialement connue des Yazidis.

La lecture du verdict a été brièvement interrompue après que le condamné, qui a suivi les débats avec un interprète, eut perdu connaissance.

Taha Al-Jumailly, 29 ans, qui avait rejoint les rangs de l'EI en 2013, a été reconnu coupable d'avoir durant l'été 2015 à Falloujah, en Irak, laissé mourir de soif une fillette yazidie de cinq ans qu'il avait avec sa mère réduit en esclavage.

Pour ce forfait, son ex-épouse Jennifer Wenisch, 30 ans, a déjà été condamnée à dix années de prison le mois dernier à Munich. 

- 'Jour historique ' - 

Nora B., la mère de la victime, qui bénéficie d'un programme de protection des témoins, s'est dite "soulagée", selon l'une de ses avocates Natalie von Wistinghausen, dans une déclaration à l'AFP.

"C'est dans les crimes commis contre elle et sa fille que se matérialise l'idéologie de l'EI dont l'un des objectifs était la destruction de la religion et de la communauté yazidie", a ajouté l'avocate.

Ce verdict était très attendu par la communauté aujourd'hui décimée. C'est "un jour historique pour l'humanité. Le génocide des Yazidis entre enfin dans l'histoire du droit pénal international", a également indiqué à l'AFP Natia Navrouzov, avocate et membre de l'ONG Yazda qui rassemble les preuves de ces crimes. 

L'avocate libano-britannique Amal Clooney, à la tête avec Nadia Murad d'une campagne pour faire reconnaître ces exactions comme un génocide, a également vu dans ce jugement "le moment que les Yazidis attendaient".

La mère de la petite fille a raconté à la barre le calvaire enduré par son enfant, "attachée à une fenêtre" à l'extérieur de la maison par des températures "allant jusqu'à 51° à l'ombre", selon le verdict.

Taha Al-Jumailly entendait punir la fillette pour avoir uriné sur un matelas.

- Multiples viols -

La mère a témoigné avoir été violée à de multiples reprises par des jihadistes de l'EI après qu'ils eurent envahi son village des monts Sinjar, dans le nord-ouest de l'Irak, en août 2014.

La minorité ethno-religieuse yazidie a été particulièrement persécutée par l'EI, qui a réduit ses femmes à l'esclavage sexuel et tué des hommes par centaines.

Pour juger cet Irakien, arrêté en Grèce en 2019, l'Allemagne applique le principe de la "compétence universelle" qui permet à un État de poursuivre les auteurs d'infractions les plus graves même quand elles ont été commises hors du territoire national.

Ce procès envoie donc "un message clair: peu importe où les crimes ont été commis et peu importe où se trouvent les auteurs, grâce à la compétence universelle, ils ne peuvent pas se cacher", souligne Natia Navrouzov.

L'Allemagne, où vit une importante diaspora yazidie, est l'un des rares pays à s'être saisi judiciairement des exactions commises par l'EI contre cette minorité.

La justice allemande a prononcé à ce jour six condamnations pour crimes contre l'humanité ou complicité de crimes contre l'humanité pour des faits en lien avec les Yazidis.

Fin janvier, une "revenante" de l'EI, partie en Syrie à l'âge de 15 ans, doit également comparaître en Allemagne pour notamment s'être rendue complice de "l'achat" d'une Yazidie.

Une équipe d'enquête spéciale de l'ONU avait annoncé en mai avoir recueilli la "preuve claire et convaincante" qu'un génocide a été commis par les jihadistes contre les Yazidis.

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