Afghanistan: "personne n'est plus en sécurité" après le triple meurtre de Jalalabad

Afghanistan: "personne n'est plus en sécurité" après le triple meurtre de Jalalabad
Des proches d'une des trois jeunes femmes assassinées en Afghanistan prennent part à ses funérailles à Jalalabad le 3 mars 2021

, publié le mercredi 03 mars 2021 à 11h33

L'indignation, la colère et l'effroi étaient une nouvelle fois largement partagés mercredi en Afghanistan, où ont eu lieu les funérailles de trois jeunes employées d'une chaîne de télévision, assassinées la veille à Jalalabad (est).

Les trois femmes, âgées de 17 à 21 ans, travaillaient au sein du service de doublage de la chaîne locale Enekaas TV. Elles ont été tuées par balles dans deux attaques séparées, alors qu'elles venaient de quitter leur bureau pour rentrer chez elles à pied.

"J'ai perdu ma sœur. Je l'enterre aujourd'hui avec tous ses rêves. Elle voulait aller à l'université, étudier le droit...", a déclaré à l'AFP Rohan Sadat, le frère de Sadia Sadat, l'une des victimes, lors de l'enterrement à Jalalabad.

"Je ne sais pas pourquoi les militants ciblent des jeunes femmes innocentes", a également réagi Mohammad Nazif, un cousin de Nadia Sadat.

A tout juste 18 ans, elle avait rejoint Enekaas TV "pour gagner de l'argent et soutenir sa famille" qui était "très contente qu'elle travaille à la télévision", a raconté M. Nazif à l'AFP.

Les assassinats ciblés de journalistes, juges, médecins, personnalités politiques ou religieuses, et défenseurs des droits, sont devenus de plus en plus fréquents ces derniers mois en Afghanistan.

Ces meurtres ont semé la terreur dans le pays et incité des membres de la société civile à se cacher ou s'exiler.

Les médias, Enekaas TV en particulier, ont payé un lourd tribut. Début décembre, une présentatrice de la chaîne, Malalai Maiwand, avait déjà été tuée par balles avec son chauffeur à Jalalabad, en se rendant à son bureau.

Au moins neuf employés de médias ont été assassinés depuis le début novembre, selon le Comité pour la protection des journalistes afghans (AJSC).

"Trois filles innocentes ont été tuées en plein jour dans le centre de la ville. Personne n'est plus sécurité", a déploré un de leurs collègues, sous couvert d'anonymat.

Cette vague de meurtres a coïncidé avec l'ouverture en septembre à Doha de négociations de paix entre les talibans et le gouvernement afghan, destinées à mettre fin à deux décennies de guerre.

Le groupe État Islamique (EI) a revendiqué la double attaque de mardi, comme d'autres auparavant. 

Mais le gouvernement afghan et les États-Unis continuent à imputer la responsabilité de ces assassinats ciblés aux talibans, même si ceux-ci rejettent fermement cette accusation.

Les services secrets afghans soupçonnent le réseau Haqqani, un groupe sanguinaire lié aux talibans et qui réalise leurs opérations les plus complexes, d'être derrière ces meurtres.

Ils estiment que les talibans se satisfont fort bien de voir l'EI, qui bien qu'affaibli ces dernières années maintient une présence dans l'est du pays, s'en attribuer le mérite.

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