Afghanistan: l'EI revendique l'assassinat de trois employées d'une chaîne de télévision

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Le corps de l'une des employées d'Enekaas TV tuées par balle transporté à l'hôpital de Jalalabad, le 2 mars 2021 en Afghanistan
Le corps de l'une des employées d'Enekaas TV tuées par balle transporté à l'hôpital de Jalalabad, le 2 mars 2021 en Afghanistan
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© AFP, NOORULLAH SHIRZADA

, publié le mercredi 03 mars 2021 à 08h56

Le groupe Etat Islamique (EI) a revendiqué l'assassinat par balles de trois employées d'une chaîne de télévision afghane à Jalalabad (est) mardi, moins de trois mois après le meurtre similaire d'une de ses présentatrices, a indiqué  l'agence américaine SITE, spécialisée dans la surveillance des groupes jihadistes.

"Cet après-midi, trois de nos collègues, des jeunes femmes âgées de 17 à 20 ans, ont été tuées par balles par des hommes armés dans la ville de Jalalabad", a déclaré à l'AFP Zalmai Latifi, le directeur de la chaîne Enekaas TV.

L'EI a revendiqué ces assassinats dans un communiqué relayé par l'agence SITE mardi soir.

"Les soldats du califat ont ciblé trois femmes journalistes travaillant pour l'un des médias loyaux au gouvernement afghan apostat", a déclaré le groupe jihadiste.

Kayhan Safi, chef du département de doublage à Enekaas TV, au sein duquel les trois victimes travaillaient, a précisé que les trois jeunes femmes, prénommées Shahnaz, Sadia et Mursal, ont été tuées alors qu'elles quittaient leur bureau pour rentrer chez elles à pied.

L'EI avait déjà revendiqué l'assassinat en décembre de Malalai Maiwand, une présentatrice de télévision et activiste travaillant pour Enekaas TV.

Elle avait été tuée par balles avec son chauffeur à Jalalabad en se rendant à son bureau.

Le groupe jihadiste, bien qu'affaibli ces dernières années, maintient une présence dans l'est du pays, et revendique parfois des attentats suicides et assassinats dans les grandes villes comme Kaboul.  

Selon la police, cependant, un assaillant appartenant aux talibans a été arrêté.


"Nous avons arrêté (un assaillant) alors qu'il tentait de s'échapper au volant d'un rickshaw. Son nom est Qari Basir et il a avoué avoir mené l'attaque. Il est membre des talibans", a indiqué Juma Gul Hemat, le chef de la police du Nangarhar, province où l'assassinat des trois jeunes femmes a eu lieu.

Un porte-parole des talibans a nié toute implication du groupe.

Zahir Adel, le porte-parole de l'hôpital du Nangarhar, a confirmé que les corps des trois employées avaient été amenés dans son établissement, ainsi que deux autres femmes qui ont été blessées. 

"Avec ces lâches attaques et en causant la terreur, les talibans ne peuvent pas faire taire les voix qui s'expriment avec force pour défendre la République et les réussites de ces deux dernières décennies", a réagi le président afghan, Ashraf Ghani.

Sept collaborateurs de médias ont été tués en 2020, selon le Comité pour la protection des journalistes afghans (AJSC). Un autre a également été assassiné au début 2021.

- "Enquêtes approfondies" -

"Ces assassinats ciblés doivent s'arrêter. Le gouvernement doit mener des enquêtes approfondies sur ces attaques contre des journalistes et membres des médias, et prendre toutes les mesures pour assurer (leur) sécurité", a estimé mardi l'AJSC.

Les assassinats ciblés de journalistes, juges, médecins, personnalités politiques ou religieuses et défenseurs des droits humains sont devenus de plus en plus fréquents ces derniers mois en Afghanistan.

De nombreux incidents ne sont pas revendiqués. 

Les talibans nient toute responsabilité dans les attentats ciblés mais le gouvernement afghan et les États-Unis continuent à leur en imputer la responsabilité.

Les violences n'ont fait qu'augmenter à travers le pays depuis quelques mois, malgré les pourparlers de paix en cours entre Kaboul et les talibans. Débutées en septembre à Doha, ces négociations sont pour l'instant au point mort.

Pas une journée en Afghanistan ne se passe sans l'explosion d'une bombe, des attaques contre les forces gouvernementales ou une tentative d'assassinat.

De son côté, l'administration du président américain Joe Biden a ordonné un réexamen de l'accord signé en février 2020 à Doha avec les talibans, qui conditionnait le retrait des forces étrangères d'Afghanistan d'ici mai 2021 à des garanties sécuritaires de la part des insurgés et à leur engagement à couper tout lien avec les organisations jihadistes comme Al-Qaïda.

Mais les talibans ont prévenu que si Washington devait revenir sur l'accord, ils reprendraient leurs attaques contre les forces américaines, suspendues depuis lors.

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