Afghanistan : fusillade meurtrière pendant une réunion avec le commandant de l'Otan

Afghanistan : fusillade meurtrière pendant une réunion avec le commandant de l'Otan
Le général Abdul Raziq, le défunt chef de la police de la ville afghane de Kandahar, photographié le 2 juin 2018

AFP, publié le jeudi 18 octobre 2018 à 19h33

Une fusillade revendiquée par les talibans à l'intérieur du gouvernorat de Kandahar, où se trouvait le commandant des forces de l'Otan en Afghanistan, a fait jeudi trois morts, dont un puissant responsable de la police afghane, et 13 blessés.

L'attaque, très aboutie, a vu un taliban infiltrer dans un bâtiment très protégé une réunion à laquelle assistaient des officiers de haut rang afghans et le chef de l'armée américaine en Afghanistan puis tirer sur eux.

Le général Scott Miller, qui participait à ces discussions sur la sécurité avant le scrutin législatif samedi en Afghanistan, est indemne, a écrit dans un communiqué un porte-parole de la mission de l'Otan, soulignant que c'était "un incident entre Afghans".

"Les principales cibles de l'attaque étaient le général Miller et le directeur de la sécurité de Kandahar (sud), le brutal général Abdul Raziq", ont toutefois clamé les talibans, d'après le centre américain de surveillance des sites internet jihadistes Site.

Mais selon un porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Kone Faulkner, "le général Miller n'était pas visé (...) seuls étaient ciblés "le général Raziq et/ou le gouverneur" Zalmai Wesa. Le chef des armées afghanes, le général Sharif Yaftali, a lui aussi assuré au cours d'une conférence de presse à Kaboul que "la cible était le général Raziq".

Dans une allocution télévisée, le président afghan Ashraf Ghani a confirmé la mort "du général Raziq et du chef provincial du NDS", les services de renseignement afghans. "Des unités de commandos ont été déployées afin de contrôler la situation" sur place, a-t-il ajouté.

Le chef de la police dans le sud de l'Afghanistan, Abdul Nabi Ilham, et le gouverneur de la province de Kandahar, Zalmai Wesa, ont également été blessés, a fait savoir le ministère de l'Intérieur.

"Le tireur était un des gardes du corps du gouverneur. Il a été abattu", a expliqué le général Sharif Yaftali, précisant que celui-ci avait ouvert le feu à l'issue de la réunion, au moment où les officiers supérieurs quittaient le gouvernorat.

Dans leur message de revendication, les talibans ont affirmé que l'auteur de la fusillade était "un infiltré".

Selon le centre de soutien aux médias en Afghanistan, le NAI, un journaliste a également été tué.

Six gardes du corps et deux membres des NDS ont été blessés. De même que deux Américains, un militaire et un civil, ainsi qu'un employé d'une société de sécurité privée dont la nationalité n'a pas été précisée.

- Une main de fer -

Considéré comme un pilier du régime face aux insurgés, auxquels il livrait un combat sans merci, dans la province disputée de Kandahar, le général Abdul Raziq avait jusqu'alors survécu à de nombreux attentats.

Il a longtemps contrôlé la province d'une main de fer et a été accusé de diriger des chambres de torture secrètes, une allégation qu'il a toujours démentie.

Abdul Raziq était "le commandant le plus compétent en Afghanistan", a déclaré à l'AFP John Walsh, de l'Institut américain pour la paix. Il était "largement perçu comme la principale raison pour laquelle les talibans ont eu des difficultés à Kandahar au cours des dernières années", a-t-il ajouté.

En parvenant à l'éliminer, ainsi que le chef des renseignements, les talibans ont frappé un grand coup, déstabilisant les forces de sécurité dans une région-clé de l'insurrection.

Le général Raziq était "une force stabilisatrice non seulement pour Kandahar, mais pour toute la région. Il avait construit des liens entre les tribus locales, avait réussi à repousser les talibans et à apporter une relative stabilité à Kandahar, le berceau des talibans", a estimé le général à la retraite et analyste militaire Atiqullah Amarkhail. "Sa mort sera très démoralisante pour les forces afghanes, en particulier dans le Sud".

Pour Michael Kugelman, un chercheur du groupe de réflexion américain Wilson Center, "cette attaque porte un coup dur à la contre-insurrection". "Les talibans ont démontré qu'ils avaient la capacité de frapper où et quand bon leur semble", a-t-il dit à l'AFP.

Selon lui, "l'apparent ciblage d'un gradé américain de haut rang est une troublante première. Personne n'est en sécurité, peu importe sa puissance et son niveau de sécurité".

L'attaque est survenue après la rencontre la semaine dernière au Qatar entre une délégation de talibans et l'émissaire américain pour la paix en Afghanistan, Zalmai Khalilzad.

De nouveaux attentats sont craints pour samedi, le jour des élections législatives. Les talibans et le groupe Etat islamique (EI) ont annoncé qu'ils mèneraient des attaques.

Mercredi, un ancien général de l'armée afghane qui avait combattu les talibans et qui était candidat aux législatives dans la province du Helmand (Sud) avait péri dans un attentat revendiqué par les talibans.

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