Affaire Skripal : pas de preuve que l'agent innervant vient de Russie

Affaire Skripal : pas de preuve que l'agent innervant vient de Russie

La zone de Porton Down abrite le Defence Science and Technology Laboratory (Dstl) qui est l'un des établissements gouvernementaux les plus sensibles et secret du Royaume-Uni. (Illustration).

leparisien.fr, publié le mardi 03 avril 2018 à 21h33

Le laboratoire britannique de Porton Down n'exclut pas que l'agent neurotoxique ait pu être produit ailleurs qu'en Russie mais nie toute implication de Londres dans sa fabrication.

La Russie a toujours nié toute implication. Mais l'annonce faite ce mardi est-elle pour autant suffisante pour disculper Moscou ? Le chef du laboratoire militaire britannique de Porton Down, Gary Aitkenhead, a révélé ce mardi qu'il n'avait pas été capable de déterminer la provenance de l'agent innervant utilisé pour empoisonner l'ancien espion russe Sergueï Skripal, dans un entretien avec Sky News. A la demande de la Russie, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) doit se réunir à La Haye (Pays-Bas).

Un agent innervant de type militaire. «Nous avons été capables d'identifier qu'il s'agissait du Novitchok, d'identifier que c'était un agent innervant de type militaire», a déclaré ce chercheur d'un des sites les plus secrets du Royaume-Uni. Mais «nous n'avons pas identifié sa source exacte», a-t-il ajouté, précisant que le gouvernement britannique avait utilisé «un certain nombre d'autres sources pour aboutir à ses conclusions».

Il a cependant estimé que sa fabrication nécessitait «des méthodes extrêmement complexes, quelque chose seulement de la capacité d'un acteur étatique». Il a par ailleurs rejeté les accusations de Moscou selon lesquelles l'agent innervant pouvait provenir du laboratoire militaire britannique. «Il est absolument impossible que cela vienne de chez nous ou ait pu quitter nos murs».

Une crise diplomatique majeure.Londres a désigné la Russie comme responsable de l'attaque perpétrée début mars à Salisbury (sud-ouest de l'Angleterre) contre Sergueï Skripal, l'ex-agent double russe qui a travaillé pour les services secrets britanniques, affirmant que c'était la «seule explication plausible». Moscou a de son côté démenti ces accusations, qui ont conduit à la plus grave crise diplomatique est-ouest depuis la Guerre froide et conduit à l'expulsion de quelque 300 diplomates de part et d'autre.

«Notre travail est de fournir les preuves scientifiques pour identifier l'agent innervant en question [...] mais ce n'est pas notre travail de dire où il a été produit», a déclaré Gary Aitkenhead.

Poutine dénonce une «campagne antirusse». Lundi, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a déclaré que l'empoisonnement de Skripal «pouvait être dans l'intérêt du gouvernement britannique, qui s'est trouvé dans une position inconfortable en étant dans l'incapacité de remplir ses promesses faites aux électeurs sur les conditions du Brexit». Dénonçant une «campagne antirusse», le président Vladimir Poutine a dit espérer que la réunion de l'OIAC «permettra de mettre le point final » aux accusations visant Moscou.

Londres réplique. Le gouvernement britannique a rapidement répliqué en rappelant que les recherches menées à Porton Down ne constituaient «qu'une partie du renseignement» à sa disposition. «Nous savons que la Russie a cherché, pendant la dernière décennie, des moyens de produire des agents neurotoxiques à des fins d'assassinat, et a produit et stocké de petites quantités de Novitchok», a affirmé un porte-parole de l'exécutif dans un communiqué. Il a également mentionné les «assassinats parrainés par l'État russe» et le fait que les anciens espions russes soient devenus «des cibles» du Kremlin, éléments qui ont conduit Londres à juger la Russie responsable.

Moscou demande également des explications à Paris. La Russie a également demandé au gouvernement français des explications sur son éventuelle coopération avec Londres dans l'examen de l'agent innervant. L'ambassade russe à Paris a envoyé une liste de dix questions au ministère français des Affaires étrangères pour établir, entre autres, « les raisons pour lesquelles la France a été invitée à la coopération technique dans l'enquête menée » par le Royaume-Uni. Le Quai d'Orsay n'a pas confirmé ni infirmé cette coopération, indiquant seulement qu'il était «étroitement informé » de l'avancement de l' « enquête technique » britannique.

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