Affaire Gui Minhai: l'ex-ambassadrice de Suède à Pékin relaxée

Affaire Gui Minhai: l'ex-ambassadrice de Suède à Pékin relaxée
L'ex-ambassadrice suédoise Anna Lindstedt le 5 juin 2020, lors de son procès à Stockholm pour avoir outrepassé ses fonctions en essayant de faire libérer de Chine un éditeur suédo-chinois

, publié le vendredi 10 juillet 2020 à 11h45

L'ex-ambassadrice suédoise à Pékin Anna Lindstedt, jugée à Stockholm pour avoir outrepassé ses fonctions en essayant de faire libérer de Chine l'éditeur suédo-chinois Gui Minhai, a été acquittée vendredi au terme d'un procès inédit pour une diplomate.

Elle était jugée pour avoir organisé en janvier 2019 à l'hôtel Sheraton de Stockholm, et à l'insu de sa hiérarchie, une rencontre entre la fille de Gui Minhai et de mystérieux "hommes d'affaires" disant avoir des contacts avec le pouvoir chinois. C'est la première fois dans l'histoire moderne de la Suède qu'un ambassadeur était jugé, dans une affaire qui avait ému de nombreux anciens diplomates et poussé Mme Lindstedt à dénoncer un procès "kafkaïen".

La cour "a constaté que les conditions objectives requises pour le délit d'abus de négociations avec une puissance étrangère n'étaient en aucun cas remplies. Anna Lindstedt est donc relaxée", selon les termes du jugement, dont l'AFP a eu copie.

La diplomate, évincée du poste qu'elle occupait depuis 2016 à la suite de cette affaire, a été déclarée non coupable des trois conditions nécessaires à sa condamnation: avoir prétendu à tort représenter la Suède - or elle était réellement ambassadrice; mener de réelles négociations - ce qui n'a pas été réellement le cas selon le tribunal. Et enfin négocier avec des véritables représentants de la puissance étrangère - or les "hommes d'affaires" n'étaient pas des officiels chinois.

Durant son procès, Anna Lindstedt a nié toute responsabilité: "Au cours de mes 30 années en tant que diplomate, j'ai été indéfectiblement fidèle à la Suède et aux valeurs suédoises, y compris dans ce cas. C'est irréel, pour ne pas dire kafkaïen, d'être poursuivie pour des crimes contre la sécurité du royaume".

Gui Minhai, un Chinois naturalisé Suédois de 56 ans, publiait dans une maison d'édition de Hong Kong des livres au contenu salace sur les dirigeants chinois.

Condamné une première fois en 2015 en Chine pour une affaire de droit commun après avoir disparu mystérieusement lors de vacances en Thaïlande, il a été condamné en février à dix ans de prison par un tribunal de Ningbo, dans le nord-est de la Chine, pour avoir "illégalement diffusé à l'étranger des informations classées". 

Son entourage dénonce des poursuites politiques et demande la libération du dissident, que Pékin continue de considérer comme un citoyen chinois.

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