Dutroux: il y a 25 ans, les Belges "sidérés" dans la rue pour une manifestation monstre

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Participante de la Marche blanche ayant réuni 275.000  à Bruxelles le 20 octobre 1996
Participante de la Marche blanche ayant réuni 275.000 à Bruxelles le 20 octobre 1996
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© AFP

publié le mercredi 20 octobre 2021 à 14h47

La Belgique a marqué mercredi le 25e anniversaire de la gigantesque manifestation organisée en soutien aux victimes de Marc Dutroux, quand l'opinion belge avait découvert avec effroi les crimes pédophiles de ce récidiviste et les défaillances des services d'enquête pour les prévenir.

Le 20 octobre 1996, une "Marche blanche" avait réuni à Bruxelles plus de 300.000 personnes venues de tout le pays, dans un impressionnant cortège silencieux où ballons et roses blanches remplaçaient slogans et banderoles.

Mercredi à la mi-journée, pour rappeler ce symbole de la mobilisation, des dizaines de roses blanches ont été déposées au pied d'une sculpture érigée en 1997 dans un parc de Bruxelles en mémoire des jeunes victimes de Dutroux et de tous les enfants disparus.

En présence de certains d'entre eux, le Premier ministre Alexander De Croo a rendu hommage à "la grandeur" des parents des victimes, "qui ont dû supporter le pire de ce qui peut arriver à des parents".

Au côté de la reine Mathilde, le dirigeant libéral flamand s'est souvenu de la "sidération" de l'opinion face à "l'horreur" des crimes de Dutroux. Il a rappelé la série de réformes engagées par l'Etat belge après ce "moment charnière parmi les plus marquants" de son histoire.

Condamné en 2004 à la prison à perpétuité, Marc Dutroux, qui aura 65 ans en novembre, a été reconnu coupable d'avoir enlevé, séquestré et violé six fillettes et jeunes femmes en 1995-96. Seules deux d'entre elles ont survécu, retrouvées emmurées dans une des maisons du récidiviste après ses aveux le 15 août 1996, au surlendemain de son arrestation.

- "Manque total d'efficacité" -

Dans les jours suivants, l'émotion ne cesse de grandir avec les découvertes successives des corps sans vie de Julie, Mélissa, An et Eefje, du casier judiciaire de leur bourreau et du défaut de surveillance dont il a profité après une première lourde condamnation pour des crimes sexuels sur des fillettes. Condamné en 1989 à 13 ans et demi de prison, il a bénéficié dès 1992 d'une libération anticipée.

"L'affaire a mis au jour un manque total d'efficacité des services d'enquête, ce fut un séisme pour le monde judiciaire", a dit à l'AFP Patricia van der Smissen, qui défend les parents de Mélissa Russo, retrouvée morte de faim après une séquestration de 14 mois. Elle avait 8 ans.

Pendant ces longs mois d'absence, les parents des disparues ont remué ciel et terre pour les retrouver, mais se sont sentis "complètement seuls", suggérant des pistes de recherches qui ont été ignorées, selon l'avocate.

Ce sentiment de mépris a généré un mouvement de solidarité qui a débouché sur la mobilisation historique du 20 octobre. Jamais ce pays de 11 millions d'habitants n'avait connu une telle manifestation depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le soir même de la Marche, le Premier ministre Jean-Luc Dehaene (1992-99) promet de créer en Belgique, sur le modèle américain, un organisme spécialement consacré aux enfants disparus.

- Promesse tenue -

La promesse sera tenue. L'association Child Focus voit le jour en 1998 pour faciliter l'échange d'informations entre parents, police et justice en cas de disparition d'un mineur.

"Je suis convaincue que la manifestation a vraiment poussé les politiques à prendre leurs responsabilités et à donner une réponse", a déclaré Heidi De Pauw, directrice de Child Focus.

Mercredi lors de la cérémonie officielle elle a insisté sur "l'indignation collective" suscitée par les crimes de Dutroux. Les Belges ont "compati en masse" avec les parents de Julie, Mélissa, An et Eefje, "projetant leurs peurs sur leurs propres enfants", a ajouté Mme De Pauw. 

Au chapitre des réformes, l'affaire a coûté son existence à la gendarmerie belge, dénoncée à l'époque comme "un Etat dans l'Etat" pour ne pas avoir transmis à la justice ce qu'elle savait sur le criminel de Charleroi. Elle disparaît définitivement en 2001 au profit d'une police réduite à deux entités, locale et fédérale, susceptibles de s'épauler dans les enquêtes.

Une justice plus attentive aux victimes --qui peuvent réclamer des actes d'enquête--, un accès restreint à la libération anticipée, une écoute plus grande des enfants: les changements de l'ère post-Dutroux sont multiples.

"Le parquet fédéral a été créé, tout comme les maisons de justice et des services d'aide aux victimes. Les victimes ont obtenu plus de droits", a fait valoir le Premier ministre.

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