Affaire des sous-marins : l'Australie a été "franche, ouverte et honnête" avec la France, estime Canberra

Affaire des sous-marins : l'Australie a été "franche, ouverte et honnête" avec la France, estime Canberra
Le président Emmanuel Macron (2e/G) et le Premier ministre australien Malcolm Turnbull (2e/D) sur un sous-marin de l'armée australienne à Sydney, en mai 2018.

publié le dimanche 19 septembre 2021 à 09h30

Le gouvernement australien assure avoir fait part de ses préoccupations concernant l'accord d'achat de sous-marins français avant de déchirer le contrat.

Alors que le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a estimé samedi 18 septembre qu'"il y a eu mensonge, il y a eu duplicité, il y a eu rupture majeure de confiance, il y a eu mépris", en parlant du torpillage du mégacontrat de sous-marins français à Canberra, l'Australie s'est défendu dimanche. 



S'exprimant sur Sky News Australia, le ministre de la Défense Peter Dutton a ainsi déclaré que l'Australie avait été "franche, ouverte et honnête" avec la France au sujet de ses préoccupations concernant l'accord d'achat de sous-marins français, qui a dépassé le budget et pris des années de retard, avant de déchirer le contrat. 

Peter Dutton a également indiqué qu'il comprenait la "contrariété des Français", mais a ajouté que "les suggestions selon lesquelles le gouvernement australien n'a pas signalé ses inquiétudes défient, franchement, ce qui est dans le dossier public et certainement ce qui a été dit publiquement pendant une longue période". "Le gouvernement a eu ces problèmes, nous les avons exprimés, et nous voulons travailler très étroitement avec les Français et nous continuerons à le faire à l'avenir", a-t-il déclaré.

Le ministre a également assuré qu'il avait personnellement exprimé ces préoccupations à son homologue française, Florence Parly, et a souligné la "nécessité pour l'Australie d'agir dans son intérêt national", qui, selon lui, consiste à acquérir les sous-marins à propulsion nucléaire. "Et compte tenu de l'évolution des circonstances dans la région Indo-Pacifique, pas seulement maintenant mais dans les années à venir, nous devions prendre une décision qui était dans notre intérêt national et c'est exactement ce que nous avons fait", a-t-il ajouté. Selon Peter Dutton, Canberra n'était pas en mesure d'acheter des navires à propulsion nucléaire français car ils doivent être rechargés, contrairement aux sous-marins américains, ce qui fait que seuls ces derniers conviennent à l'Australie dénucléarisée.

Des propos appuyés quelques heures plus tard par le Premier ministre australien Scott Morrison qui a déclaré que le gouvernement français savait que Canberra avait de "profondes et graves réserves" concernant les sous-marins français, avant que l'accord d'achat ne soit rompu la semaine dernière. Le Premier ministre a ajouté qu'il comprenait la "déception" du gouvernement français, mais a indiqué qu'il avait soulevé les problèmes liés à l'accord "il y a quelques mois", comme d'autres ministres du gouvernement australien.

"Je pense qu'ils (les ministres français, ndlr) auraient eu toutes les raisons de savoir que nous avions de profondes et graves réserves quant au fait que les capacités du sous-marin de classe Attack ne répondaient pas à nos intérêts stratégiques et nous avions clairement indiqué que nous prendrions une décision basée sur notre intérêt stratégique national", a déclaré Scott Morrison lors d'une conférence de presse à Sydney.

Il a également indiqué qu'il aurait été "négligent" d'aller de l'avant avec ce contrat malgré les conseils des services australiens de renseignement et de la défense, qui estimaient que cela irait à l'encontre des intérêts stratégiques de l'Australie. "Je ne regrette pas la décision de faire passer l'intérêt national de l'Australie en premier. Je ne le regretterai jamais", a-t-il souligné.

De son côté, le ministre australien des Finances Simon Birmingham avait également assuré plus tôt dans la journée que son pays avait informé le gouvernement français "à la première occasion possible, avant que l'affaire ne devienne publique". Interrogé par la chaîne publique australienne ABC, il a souligné que la décision australienne de revenir sur le contrat conclu avec la France était évidemment très difficile. "Nous ne sous-estimons pas l'importance maintenant de nous assurer que nous serons en mesure de rétablir ces liens forts avec le gouvernement français et nos partenaires à long terme", a-t-il ajouté.

La France ne décolère pas depuis la décision de l'Australie de se retirer d'un contrat de 90 milliards de dollars australiens (56 milliards d'euros) pour l'achat de sous-marins français en faveur de navires américains à propulsion nucléaire. Elle a rappelé ses ambassadeurs à Canberra et Washington et accusé ses alliés de "mentir" sur leurs projets.
 

Vos réactions doivent respecter nos CGU.