A Los Angeles, les Coréens-Américains entre espoir et prudence

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Des personnes célèbrant la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-Un le 11 juin à Koreatown à Los Angeles
Des personnes célèbrant la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-Un le 11 juin à Koreatown à Los Angeles
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© AFP, Robyn Beck

AFP, publié le mercredi 13 juin 2018 à 02h18

A Los Angeles, où vit la plus grande population coréenne hors d'Asie, l'espoir de voir se profiler la paix entre les deux Corées était palpable mardi mais beaucoup restaient méfiants après le sommet historique entre Donald Trump et Kim Jong Un.

"C'était une bonne rencontre, j'espère que c'est seulement le début", estime Yuri Kim, une mère au foyer de 30 ans, son garçonnet de deux ans dans les bras, devant le consulat dans le quartier de Koreatown.

Arrivée aux Etats-Unis il y a quatre ans, elle veut croire que Trump peut orchestrer une dénucléarisation nord-coréenne: "Il n'a pas d'expérience politique et n'a donc pas besoin de persuader son parti". Quant à Kim, elle estime depuis qu'il a rencontré le leader sud-coréen Moon Jae-in qu'il fait preuve de "cohérence".

"C'est leur première réunion, un premier pas (...). Tout ne pourra pas se faire d'un seul coup", renchérit Kwang Yoon, ingénieur de 59 ans, qui estime que "quand on ne se parle pas, il y a tant de malentendus".

Le tête-à-tête historique mardi entre Trump et Kim Jong Un, qualifié de "visite incroyable" par le président américain, a abouti à la signature d'une déclaration commune sans percée majeure sur la question cruciale de l'arsenal nucléaire nord-coréen.

"J'ai déjà eu des espoirs déçus, le président sud-coréen a déjà essayé de faire la paix", tempère Sean, 90 ans. Il remarque toutefois que le leader nord-coréen "est jeune et on dirait qu'il veut changer de position" par rapport à la rhétorique agressive des derniers mois. 

Soupçonneux, Sean refuse cependant de donner son nom de famille - "Vous ne connaissez pas ces gens", dit-il, sombre, à propos du régime autoritaire de Pyongyang.

- "Très douloureux" -

Assis dans le restaurant où il travaille avant l'arrivée des clients du déjeuner, Jeffrey Wang, cuisinier de 64 ans, juge lui aussi positive la rencontre Trump-Kim mais se montre également méfiant: "Je ne fais pas confiance aux Nord-Coréens, nous sommes en guerre".

La guerre de Corée (1950-1953), qui a entraîné la partition de la péninsule, s'est conclue par un armistice plutôt que par un traité de paix, si bien que le conflit n'est techniquement pas terminé. Toutes les communications transfrontalières sont interdites.

"C'est très douloureux de vivre comme ça. J'espère que les deux Corées pourront revivre ensemble. C'est la même langue, la même culture, le même peuple", insiste Kwang Yoon.

Des millions de personnes ont été séparées pendant l'affrontement et la majorité sont mortes sans avoir eu la possibilité de se revoir ou se parler.

Né en 1928 en Corée du Nord, Sean a fui vers le sud en 1947, avant la guerre, avec ses parents quand il avait 18 ans, avant d'émigrer aux Etats-Unis en 1978. Sa soeur aînée, qui avait six ans de plus que lui, est restée derrière.

"Elle est probablement morte", dit le nonagénaire, dans un anglais hésitant. A-t-il essayé de la contacter? "Il n'y a aucune communication possible, c'est impossible. (..) Ce n'est pas seulement moi et les miens, il y a tant de gens comme ça".

"C'est terrible ce qui se passe en Corée du Nord, ils n'ont pas de liberté, ils ne peuvent même pas se parler entre eux, se faire confiance. Je ne sais pas comment ils vont pouvoir changer leurs pratiques, éduquer les gens", se demande-t-il, portant beau, en blazer bleu marine et pantalon beige à pinces.

A Los Angeles, la plupart des membres de cette communauté ont émigré "soit avant la guerre soit juste après" et sont donc aujourd'hui âgés. "Mes enfants s'en fichent, ils avaient 8 ans quand nous sommes venus, ils ne suivent pas les nouvelles de Corée", conclut Sean.

Roy Lee, 18 ans et employé dans le restaurant de ses parents, avoue que ce sommet "n'est pas très important" pour lui.

Il raconte avoir déjà été en Corée du Sud rencontrer la famille de son père mais ne les a pas vus depuis des années. Il se soucie toutefois "de la sécurité de (sa) famille".

Comme presque tous à Koreatown, il souhaite une réunification, mais ne fait pas confiance au dirigeant nord-coréen. "Il n'a jamais parlé de réunir les deux Corées avant Trump, et je pense que si Trump se met en retrait, tout redeviendra comme avant".

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