A Londres, une association répare des ordinateurs pour les écoliers confinés

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Le fondateur de CatBytes Damian Griffiths entrepose des ordinateurs à réparer, le 15 février 2021 à Londres
Le fondateur de CatBytes Damian Griffiths entrepose des ordinateurs à réparer, le 15 février 2021 à Londres
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© AFP, Tolga Akmen

, publié le jeudi 18 février 2021 à 14h39

"C'est beaucoup plus qu'un ordinateur": depuis le début de la pandémie, l'association londonienne CatBytes s'est reconvertie dans la réparation d'ordinateurs pour permettre aux enfants défavorisés de suivre l'école à la maison pendant le confinement. 

Les établissements anglais ont fermé leurs portes début janvier, face à une explosion des cas de Covid-19 due à un variant plus contagieux. 

En attendant la réouverture des classes, dont la date devrait être dévoilée par le gouvernement de Boris Johnson lundi prochain, de nombreuses familles défavorisées manquent de matériel adapté pour suivre les cours en ligne. 

"J'ai été surpris par le nombre de familles qui n'ont pas d'ordinateur à la maison", confie le fondateur de CatBytes Damian Griffiths. Depuis le début de la pandémie, "on parle principalement de l'insécurité alimentaire", mais le problème de la fracture numérique "est aussi en train d'émerger". 

Pour remédier à cette situation, les bénévoles de l'association, qui propose habituellement des ateliers liés au numérique aux personnes âgées ou vulnérables, réparent de vieux ordinateurs, qu'ils donnent ensuite aux écoles. 

A Lewisham, quartier du sud-est de Londres où est implantée l'association, "la demande est bien supérieure à ce que nous pouvons fournir", se désole M. Griffiths, même si son organisme est presque devenu "une vrai entreprise", avec une "chaîne de production" et "beaucoup de bénévoles".

- Lien social - 

Dans l'espace communautaire où œuvre l'association, Marz, un bénévole, explique mettre à profit "les temps morts" durant sa journée de télétravail pour réparer les ordinateurs hors d'usage. 

CatBytes récupère ces appareils électroniques usagés grâce à des dons de particuliers, qui remplissent un formulaire en ligne avant de les déposer au local. Une fois sur place, les appareils qui peuvent facilement être réparés sont traités en priorité. 

"Chaque enfant a besoin d'un ordinateur" pour lui seul désormais, explique Marz, sinon "ils n'ont pas le matériel approprié pour faire leurs devoirs".  

Selon le régulateur britannique des médias (Ofcom), entre 1,1 et 1,8 million de petits Britanniques - soit presque 10% d'entre eux- n'ont pas accès à un ordinateur portable ou une tablette à la maison. 

Dans le cadre d'un financement de 400 millions de livres (460 millions d'euros), le ministère de l'Éducation britannique a fourni plus d'un million d'ordinateurs portables et tablettes aux écoles. 

A Lewisham, l'école primaire Rushey Green a par exemple reçu 74 appareils du gouvernement, ainsi que des routeurs sans fil. "Mais il y a encore des enfants sans ordinateurs", se désole l'une de ses responsables, Stacey McIntosh, venu récupérer cinq ordinateurs auprès de CatBytes pour ses élèves. 

L'école fournit aux enfants sans appareils des versions papiers de documents pour travailler, mais rien ne peut être fait pour remplacer "les enseignements essentiels délivrés par leurs professeurs" lors des leçons en visioconférence, ajoute Mme McIntosh.

Les 30 ordinateurs que l'école a récupérés auprès de CatBytes depuis le début de l'année ont permis aussi, selon elle, aux enfants de garder un contact social primordial.

Pendant le confinement, "les enfants ont perdu leurs amis et leurs professeurs", explique-elle. "Pouvoir leur donner la possibilité de les voir virtuellement dans ces petites vignettes à l'écran, c'est important".

- Pas d'internet -

Aussi vitaux que soient les ordinateurs, le problème ne s'arrête pas là pour certains enfants, dont les familles ne peuvent pas non plus s'offrir une connexion internet suffisante, explique M. Griffiths. 

"Le principal problème que personne ne sait comment résoudre est celui des données", détaille-t-il. "On peut récupérer, réparer et redistribuer des ordinateurs, mais les données restent un coût incompressible".

Selon l'Ofcom, 7% des ménages ne peuvent accéder à internet autrement que par des routeurs portatifs, comme une clef USB ou une clé de sécurité. 

De nombreux opérateurs, comme Vodafone, BT Mobile ou O2, proposent depuis la fermeture des écoles d'augmenter gratuitement le volume de données d'un abonnement. Les écoles et les autorités locales en Angleterre peuvent en faire la demande au nom des enfants qui en ont besoin.  

Mais les utilisateurs doivent tout de même payer un montant minimum, se désole Damian Griffiths: "C'est un problème qui devrait être résolu à un plus haut niveau".

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