A La Mecque, des Saoudiens au service des pèlerins, en hommage à leur père mort du Covid

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Membres de la famille de Talaat Tounsi, un "moutaouaf", guide aidant les pèlerins lors du hajj, à La Mecque, le 18 juillet 2021
Membres de la famille de Talaat Tounsi, un "moutaouaf", guide aidant les pèlerins lors du hajj, à La Mecque, le 18 juillet 2021
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© AFP, Fayez Nureldine

publié le lundi 19 juillet 2021 à 13h09

A La Mecque, ville du grand pèlerinage musulman annuel du hajj en Arabie saoudite, les fils d'un guide mort du Covid-19 après 30 ans passés au service des pèlerins étrangers, ont décidé cette année de reprendre le flambeau, en hommage à leur père.

Talaat Tounsi était issu d'une des six familles de La Mecque ayant le monopole sur la profession de "moutaouaf", celui qui aide les pèlerins à accomplir les rites du hajj et la omra, le petit pèlerinage pouvant être réalisé toute l'année. 

Après avoir commencé comme simple "moutaouaf", il était devenu chef du comité des services du pèlerinage à la Mecque, un poste convoité. Egalement journaliste sportif, il est décédé en août 2020 à l'âge de 52 ans, laissant derrière lui six fils, deux filles et des petits-enfants.

"S'il m'arrive quelque chose, vous devrez toi et tes frères rester soudés et continuer mon travail", avait-il fait promettre avant sa mort, raconte aujourd'hui à l'AFP son fils Majed, médecin de 32 ans.

La tradition a commencé bien avant Talaat Tounsi au sein de cette famille: depuis 80 ans, ses membres travaillent comme "moutaouafs". Transport, nourriture, achats divers et visite des sites religieux historiques: femmes comme hommes de cette famille proposent plusieurs services aux pèlerins.

Mais, bien qu'ils l'accompagnaient parfois, ses enfants n'avaient pas pour l'instant repris le flambeau. Ils endossent seuls pour la première fois cet été le rôle de moutaouaf "pour honorer la mémoire de (leur) père", explique Majed.

Toute la famille était tombée malade en juillet 2020 après qu'une des deux filles, également médecin, avait été contaminée. M. Tounsi avait été admis à l'hôpital puis avait sombré dans le coma, avant de mourir, se souvient son fils.

Talaat "nous a quitté physiquement mais il est encore parmi nous avec sa bonté et son éthique", a estimé, dans une vidéo, le doyen des moutaouafs, Abdallah al-Maliki.

- "Honneur" -


L'Arabie saoudite, qui a officiellement enregistré environ 500.000 contaminations dont plus de 8.000 morts, a drastiquement limité le nombre de pèlerins en raison de la pandémie. De 2,5 millions en 2019, le quota est passé à une dizaine de milliers l'année suivante.

Les rites du hajj 2021 ont débuté dimanche avec au total cette année quelque 60.000 participants tous vaccinés et résidents du royaume, à l'exclusion des fidèles venus de l'étranger.

"Je sens que je poursuis la mission et le rôle de mon père", confie Majed, se remémorant des moments passés à ses côtés pendant son enfance lors du hajj et de la omra.

Accompagnés pour certains d'entre eux de leurs propres fils, les frères Tounsi se mobilisent pour guider les fidèles.

Les enfants ont pour mission de distribuer eau, café et dattes tandis que les plus âgés aident les pèlerins à compléter les démarches administratives, largement via des technologies mises en place par les autorités pour respecter la distanciation physique.

"Chaque année depuis que nous sommes petits, nous avons l'habitude de passer les journée lors du hajj dans les lieux saints avec mon père", raconte à l'AFP Jamal, un autre de ses fils.

"Il nous disait toujours que ce métier est un honneur que Dieu a fait aux habitants de La Mecque et qu'il ne faut pas l'abandonner", se souvient cet ingénieur de 23 ans.

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